Mémoire sur l'alcool amylique
MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES
remarquables sur l’organisation et l’embryogénie de quelques animaux invertébrés.
La réputation et la valeur d’une Faculté de sciences doivent s’établir sur des bases multiples. A côté d’un enseignement oral très soigné auquel chacun apportera toute son intelligence et tous ses efforts, le nouvel enseignement pratique, destiné à un si brillant développement, doit réclamer la plus vive sollicitude. Nous pouvons avoir la plus salutaire influence sur l’éducation intellectuelle et morale de nos élèves dans cette communion d’idées nécessitée par les travaux pratiques des laboratoires et dont la durée dépassera plusieurs heures, chaque jour, avec les différents maîtres. A coup sûr, nous ne formerons jamais ainsi des physiciens, des chimistes ou des naturalistes, mais combien de notions saines, de sages habitudes d’observation, combien de prudence dans les inductions à tirer des faits qu’ils étudient, ne pouvonsnous pas inculquer dans ces jeunes esprits dont les impressions sont si vives ? Aussi bien, pour que cet enseignement porte tous ses fruits, faut-il que les maîtres aient développé en eux-mêmes et porté à une grande hauteur, par le travail patient du laboratoire dans des études originales, toutes les qualités que je viens de signaler.
J’ai l’espérance de voir la Faculté de Lille asseoir sa réputation, dans un pays qui offre tant de ressources, sur cette triple autorité d’un bon enseignement oral, d’un enseignement pratique dévoué, et de travaux distingués de la part de ses maîtres.
Avant de terminer, messieurs, la Faculté des sciences de Lille a une dette de reconnaissance à acquitter. Je vous parlais tout à l’heure de son auditoire nombreux et sympathique, du succès qui avait accueilli ses premiers pas. Elle le doit à son zèle, au dévouement dont elle a fait preuve. Mais la plus grande part revient aux hommes éminents qui, dans cette ville, ont préparé les voies à l’enseignement supérieur. La plus grande part revient aux savants professeurs de vos cours municipaux. Je vous entends nommer, avant moi, MM. Delezenne, Kuhlmann, Lestiboudois.
A mesure que l’on étudie davantage, messieurs, les éléments de prospérité et d’avenir de votre riche cité, on est frappé de plus en plus d’un contraste qu’aucune ville de France n’offrirait peut-être au même degré. A côté de l’industrie la plus florissante et qui paraîtrait devoir absorber toutes les intelligences, le culte de la science dans sa plus pure beauté a eu de tout temps à Lille les représentants les plus dignes. Vous passez volontiers pour une ville exclusivement commerciale et industrielle, et cependant votre Société impériale des sciences, qui réunit des hommes tels que MM. Macquart, Desmazières, Le
Glay et tant d autres, est placée, non seulement par la renommée publique, mais jusque dans les documents officiels, au premier rang des Sociétés savantes de province. Et, lorsque les premières cités de b rance confiaient ces chaires modestes des cours municipaux à des hommes estimables sans doute, mais que rien n’illustre, la ville de Lille trouvait dans ses murs un membre de l’Institut pour y enseig'ner la chimie, un membre de l’Institut pour y enseigner la physique, un membre de l’Institut encore pour y enseigner l’histoire naturelle. Soyez-en convaincus, messieurs, c’est là pour votre pays de Flandre le témoignage d’une vigueur peu commune.
Mais vous, jeunes gens qui m’écoutez, ne vous méprenez pas sur la portée de mes paroles. Vous pouvez être fiers d’appartenir à une génération qui compte de tels chefs : Que votre fierté s’arrête là ! « Noblesse oblige », tel est le cri qui doit sortir de votre cœur. A vous, aujourd hui, les labeurs et les veilles. Montrez-vous les dignes fils de tels pères. Je voudrais pouvoir écrire sur votre bannière ces paroles que 1 une des grandes gloires de notre Patrie, et qui, pour ainsi dire, appartient à ce département, adressait à la jeunesse d’une ville de Fiance, sœur de celle-ci par la prospérité : « Et vous, Lyonnais, leur disait-il, en présence des efforts de 1 Angleterre et de l’Allemagne, 'ous qui êtes une part si large de la gloire du pays, vous vous rappellerez cette maxime des âmes généreuses : Quand on est le troisième, il faut devenir le second ; quand on est le second, il faut devenir le premier ; quand on est le premier, il faut rester le premier ; quand on [est Lyon, il faut rester Lyon. »
Quand on est Lille, il faut rester Lille !