TOUT EN NE SUIVANT PAS LES COURS DE LA SORBONNE
La suppression de la fréquentation des cours de la Sorbonne exigerait une légère modification aux règlements sur la licence. Aujourd hui, « pour obtenir le grade de licencié ès sciences, il faut justifier qu on a suivi deux cours au moins de la Faculté, pour chacun desquels on a pris quatre inscriptions ». Les élèves de l’École Normale devraient être admis à la licence sans avoir à produire cette justification.
MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES
Quant à la mesure qui consisterait à supprimer les examens devant la Faculté, pour les remplacer par des examens intérieurs, je la crois dangereuse. L’épreuve de la licence a une gravité qui n’échappe à personne. L’élève qui ne la surmonte pas ne peut prolonger son séjour à l’École. Néanmoins, sur la proposition du directeur, M. le Ministre peut accorder à l’élève malheureux de subir l’épreuve une seconde fois. C’est une garantie contre un abus possible, s’il arrivait que l’élève fût victime d’une mauvaise chance d’examen. N’est-il pas à craindre que l’administration de l’École, si elle restait seule juge du renvoi d’un élève, n’eut jamais assez de fermeté pour exercer ce droit à l’égard d’un sujet laborieux dont elle aurait suivi les efforts consciencieux pendant une ou deux années, et qui néanmoins n’aurait pu acquérir les connaissances nécessaires pour triompher des difficultés de l’examen? Et alors n’arriverait-il pas fréquemment que le public verrait des justices inégales dans ces deux épreuves correspondantes, des examens devant la Faculté, et des examens devant l’École, rendues par des commissions diversement composées?
L’université ne se priverait-elle pas, d’ailleurs, de l’avantage qui résulte de la présence dans les concours d’élèves soumis à une discipline de travail et de conduite telle que celle de l’École Normale?
L’École en deviendrait-elle plus populaire? Son recrutement en serait-il amélioré? Je ne puis le croire, à moins de supposer que les examens de l’intérieur de l’École (car il en faudra toujours) ne soient regardés comme plus faciles que ceux du dehors. S’ils sont plus élevés, et la dignité de l’École le voudra ainsi, la mesure sera plutôt de nature à éloigner les candidats qui trouveront les abords de la carrière de l’enseignement plus accessibles, en ne passant pas par l’École Normale.
Que si l’on voulait enfin accorder le grade de licencié à tout eleve de l’École à la fin de la 2e année, et que les examens intérieurs ne fissent qu’établir une liste par ordre de mérite, on perdrait ce stimulant efficace de l’examen qui confère un grade, et dont il faut sortir
victorieux sous peine d’exclusion.
J’accepterais avec empressement, pour l’élève de l’Ecole Norma e, tout privilège d’emploi, de position, d’avantages pécuniaires... C’est là seulement, en définitive, le genre d’utilité qu’offrent aux familles les écoles spéciales de l’État; mais je crois qu’il faut repousser tout privilège qui s’appliquerait à une preuve de talent et de connaissances acquises. Ce n’est point ainsi que l’École Normale doit appeler 1 attention sur elle.