C. Bouglé
MELANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES
un cyanure humide et moi un cyanure très sec; et sans la présence de l’eau, il eût été difficile que la découverte du cyanogène pût lui échapper ».
Devrait-il donc être permis de parler avec détail du cyanogène sans insister sur 1 utilité de là dessiccation du prussiate de mercure pour préparer ce gaz? N’est-ce pas là un fait classique au premier chef dans l’histoire de ce produit, puisque Gay-Lussac nous dit que c’est à cette précaution que nous devons sa découverte? Il faudrait proclamer le fait, quand ce ne serait que pour aider la mémoire.
Aussi bien est-ce un salutaire exemple que de montrer à de jeunes esprits que les plus belles œuvres ont souvent les plus humbles origines et que 1 attention portée sur les faits jugés de la plus minime importance peut conduire aux plus grandes découvertes. C’est beaucoup que de pénétrer par là leur esprit de l’immutabilité des lois de la nature physique d’où il résulte que dans la pomme qui tombe, aussi bien que dans la terre qui se meut dans son orbite, se trouve comprise la loi de l’attraction universelle.
En résumé, Monsieur l’Inspecteur général, car il serait superflu de développer davantage ma pensée, je crois que l’on ne saurait trop habituer nos élèves par l’exemple, autant que par les conseils, à se persuader que, dans l’ensemble des théories et des faits relatifs à un sujet déterminé, il y a deux parts à établir, celle des faits classiques et celle des faits qui ne le sont pas, du moins présentement. Il faut qu’ils se préoccupent des premiers, qu’ils abandonnent les seconds à d’autres enseignements et qu’aidés des avis de leurs maîtres, ils sachent que le plus sûr moyen de rester classique est de s’attacher à tout ce qui n’a point vieilli outre mesure dans les œuvres des inventeurs.
Veuillez agréer, Monsieur l’Inspecteur général, l’expression de mon respectueux dévouement.