‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 87 sur 166 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

note SUR L’ENSEIGNEMENT PROFESSIONNEL (*)

10 novembre 1863.

Une idée essentiellement fausse a été mêlée aux discussions nombreuses soulevées par la création d’un enseignement secondaire professionnel; c’est qu’il existe des sciences appliquées. Il n’y a pas de

1. Adressée par Pasteur, le 10 novembre 1863. à M. Victor Duruy, ministre de l’Instruction

publique. Trouvée dans les papiers de Pasteur.

Cette note a été rédigée en réponse à la lettre suivante de M. Duruy au directeur de École

Normale.

Taris, le 9 novembre 1863.

Monsieur le Directeur,

Si vous lisez l 'Enseignement professionnel du 1er novembre et la Revue de Hachette du 5 vous verrez qu’il ne serait peut-être pas inopportun de faire savoir dans le public que 1 Université dédaigne beaucoup moins qu’on ne le dit les manipulations et les sciences appliquées et par exemple qu’il existe à l’École autre chose que de la quintessence de theone, qu o . $££%£ de beaux e, vaste, laboratoires, ot, les élève, s'exerce»^ où a. b—, de Paris viennent faire des études, d’où sont sorties les belles decouvertes de Ma .

sciences appliquées. L’union même de ces mots est choquante. Mais il y a des applications de la science, ce qui est bien différent. Puis, à côté des applications de la science, il y a le métier représenté par l’ouvrier plus ou moins habile. L’enseignement du métier a un nom dans toutes les langues. Dans la nôtre, il s’appelle l’apprentissage, que rien au monde ne peut remplacer.

S’il n’y a que des applications de la science, la voie à suivre paraît indiquée. Il faut placer l’enseignement professionnel entre les mains de professeurs qui auront une connaissance aussi parfaite qu’on pourra la leur donner de la science pure, de la théorie, des principes et des méthodes, mais auxquels on demandera, en outre, de témoigner qu’ils ont porté une attention sérieuse du côté des applications de la science. Est-il possible de former promptement de tels professeurs et sans recourir a des innovations dispendieuses et d’un succès problématique ? Oui, sans doute, parce que l’étude des applications d’une science quelconque est facile pour toute personne qui en possède la théorie, à moins d une inaptitude toute particulière que je ne suppose pas exister.

Quel est le professeur de physique qui, après avoir passé par 1 Ecole Normale actuelle, où la science est, en effet, présentée de préférence au point de vue des principes et des lois générales, ne puisse facilement acquérir le complément de connaissances exigé par un enseignement des applications de la physique? Ayant un bon fond d études mathématiques et sachant très bien les propriétés des vapeurs et les principes de la mécanique, quel embarras éprouvera-t-il, par exemple, à se mettre en état de consacrer, si les programmes de son

et Sainte-Glaire Deville, où il s’en prépare d’autres, où l’Empereur de Russie faisait récemment construire à ses frais un fourneau pour des expériences dont il profitera et la science avec lui.

Il seiait bon de dire aux fanatiques d’empirisme que nos savants sont aussi des hommes pratiques ; que si l'on n’a pas cru devoir donner suite au projet de créer une École Normale spéciale pour les sciences appliquées aux arts et à l’industrie, c’est que les sciences pures ne régnent point seules dans le séminaire du professorat, et que depuis de longues années Jniversité répand sur la France entière plus d’hommes véritablement pratiques et spéciaux,

quoique instruits, qu’il ne s’en forme, en dehors d’elle, par le métier , sans principes et sans méthodes.

Il est de notre honneur de combattre hautement ce préjugé de boutique : la science nuit à la pratique; la recette, le procédé suffisent à l’industrie.

, ^üà, mon cher Monsieur, ce que l’École est en mesure d’attester avec autorité; mais, en vente, t Ecole est trop modeste; elle se contente do faire le bien et souffre qu’on l'ignore ou qu on 1 accuse sottement de n'être bonne qu’à former d’inutiles pédants.

M. Pasteur pourrait préparer, sur le thème ci-dessus indiqué, un article dont la-propos serait lourni par ma visite de l’autre jour.

Votre tout dévoué,

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