II. — LETTRE DE PASTEUR A TYNDALL f
I ermettez-moi de vous dire combien je suis charmé que vous apportiez dans la question de la génération spontanée la grande autorité de votre esprit philosophique et de votre rigueur expérimentale. C’est tout à la fois un honneur pour mes recherches et une vive satisfaction personnelle que les conclusions auxquelles vous êtes arrivé s’accordent si bien avec celles de mes propres travaux, malgré la différence des méthodes que nous avons suivies. Le tour piquant que vous avez su donner à vos expériences les lera penetrer plus avant que les miennes dans l’esprit de tout lecteur que n egarent pas les idées a priori.
n> n""- le “uméro du 5 février courant du British Medical Journal, le
V 1Jast1^ (-) accepte sans réserve l’exactitude de toutes les expériences de mon Mémoire de 1862 (3). 1
II accepte également, sans nul doute, les résultats de celles que j’ai publiées en 1863(4) et en 1872 (S) sur le sang, sur l’urine, sur le jus intérieur des grains de raisin, exposés dans l’état même où la vie a formé ces liquides complexes au contact de l’air pur, privé de ses poussières flottantes. Dès lors, je c ois appliquer au D1' Bastian ces paroles de mon Mémoire de 1862 pages /O et 71 (6) : « En présence de ces résultats (résultats que je viens de rappeler et qu’accepte le D1 Bastian), un partisan de la génération spontanée veut-il continuer à soutenir ses opinions? Il le peut encore; mais alors son raisonnement sera forcément celui-ci :
« Il y a dans l’air, dira-l-il, des particules solides, telles que carbonate de chaux, silice, suie brins de laine, de coton, fécule... et, à côté, des corpuscules organisés d une parfaite ressemblance avec les spores des mucé- < mees ou avec les kystes des infusoires. Eh bien, je préfère placer l’orioi„e des mucedinees et des infusoires dans les premiers de ces corpuscules, ceux qui sont amorphes, plutôt que dans les seconds ». L’inconséquence d’un
fesseu'r Tvndalf'k1'!^!6’ I?' 3?S°6: EetJ;re en réPonse à la Communication faite par le provolume. 7 ’ 6 18 JanV1CT 18/G’ a la Royal Society of London. Fo*r p. 310-311 du présent
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■i. Voir ce Mémoire, tome II des Œuvres de Pasteur, p. 210-294.
4 et o. T où\ tonie II des Œuvres de Pasteur n 1RR 171 • t?, i
gaz oxygène atmosphérique dans la destruction des matière71 ' E en ,du ,rô,Ie attribué au mort; et p. 367-417: Discussion avec MM Fremv et Trï i dnimales et vegetales après la ferments. emy et Trecul sur 1 origine et la nature des
6. Voir, lome II des Œuvres de Pasteur, p. 264. ( Notes de l'Édition.)
ÉTUDES SUR LA BIÈRE
pau il raisonnement ressort d elle-même, et le progrès de mes recherches consiste à y avoir acculé les partisans de l’hétérogénie. Lisez attentivement aiticle précité du l)1 Bastian et vous verrez qu’il se résume, en effet, dans le raisonnement que je viens de reproduire. Le D1 Bastian me permettra de placer dans sa bouche ces paroles : « C’est bien vrai, les expériences de M. 1 asteur et celles de M. Tyndall m’ont acculé, moi D1’ Bastian, partisan de la génération spontanée, dans cette déclaration. Oui, je préfère recourir, sans motif sérieux, à la croyance à une force résidant dans la partie amorphe des poussières en suspension' dans l’air plutôt que de la placer, cette force, dans la partie organisée formée de corpuscules identiques d’aspect à ceux des germes des organismes des infusions. » Parler ainsi, n’est-ce pas avouer sa défaite ? (4)
Quelles sont donc ces particules amorphes dont vous invoquez si gratuitement 1 influence et de quel droit leur attribuez-vous le primum movens de la vie . 1 ourquoi, si vous aviez raison, ne le trouverait-on pas, ce primum movens, dans les particules amorphes ou organisées qui existent à l’état naturel dans le sang frais, dans l’urine fraîche, dans le jus de raisin, quand on expose ces liquides dans l’air pur ? Voulez-vous que vos particules amorphes, douées du primum movens de la vie des infusions, sortent de matières déjà altérées, putrides, etc., mais pourquoi seraient-elles charriées par l’air sans être accompagnées des germes et des êtres vivants de ces infusions, et, s il en est ainsi, comment ne pas placer le primum movens de la vie dans ce qui est vivant, plutôt que dans ce qui n’a rien des caractères apparents de la
vie
Elle est inattaquable, cette conclusion que j’ai déjà formulée : dans V état actuel de la science, V hypothèse de la génération spontanée est une chimère.
Votre bien dévoué,