XX IV
A l'exemple de luy, qui doit estre sutvy. Tout homme qui se trouve en ses laqs asservy. Doit par mille plaisirs alléger son martire, Aimer en tous endroits sans esclaver son cœur, Et chasser loin de luy toute jalouse peur : Plus un homme est jaloux, plus sa femme on désire.
0 supplice infernal ! en la terre transmis Pour gesner les humains, gesne mes ennemis ! Qu'ils soient chargez de fers, de tourmens et de flames ! Mais fùy de ma maison, n'approche point de rooy. Je hay plus que la mort ta rigoureuse loy. Aimant mieux espouser nn tornbeàu qu'une femipp.
Hat je vous entens bien, ces propos gracieux, Ces regards desrobez, cet aimable sou-rire,
Sans me les déchiffrer je sçay qu'ils veulent dire. C'est qu'à mes ducatons vous faites les douY yeux.
Quand je conte mes ans, Tithon n'est pas si vieux, Je ne suis désormais qu'une mort qui respire; Toutesfois vostre cœur de mon amour soupire. Vous en faites la triste et vous plaignez des deux.
Le peintre estoit un sot dont l'ignorant caprice Nous peignit Cupidon un enfant sans malice, Garni d'arc et de traits, mais nu d'accoustremens.
Il falloit pour carquois une bourse luy pendre, L'abiller de clinquans et luy faire respandre Rubis à pleines mains, perles et diamans.
Ciarice aux blonds cheveux, qui sembloit estre née Pour ravir les autels et la gloire à Cypris, Chère prison des cceurs, doux brasier des esprits, Est nouvelle Angélique à l'ourque * abandonnée.
Ce sont de tes beaux jeux, ô meschant hymenée/ Qui remplis les amans de sanglots et de cris ! Le mérite et l'amour par luy sont à mespris, Et la volonté libre en triomphe est menéie.
Que de pleurs sans profit, que de dieux invoquez, Que de desseins rompus, que d'amours sufToquez ! ' Elle, en ce desespoir, est un marbre immobile,
Reprochant sans parler au ciel sa cruauté, Et débat en son cœur : — Ha ! maudite beauté, Tu m'es bien de nature un présent inutile î
ADIEU A LA POLOIGNE
Adieu, Pploigne, adieu, plaines désertes, Tousjours de neige et ^e glace couvertes, Adieu, pays, d'un étemel adieu!
Ton air, tes mœurs, m'ont si fort sçeu desplaire, Qu'il faudra bien que tout me soit contraire, Si jamais plus je retourne en ce lieu.
Adieu, maisons d'admirable structure, Poisles, adieu, qui dans vostre closture . Mille animaux pesle-mesie entassez, Filles, garçons, veaux et bœufs tout ensemble I
' Monstre marin, dragon, tarasque ; des mots italiens orcû et orca, qui ont tous les deux le même sens, à peu de chose près.
DIVERSES AMOUllS. 425
Un tel mesnage à l'âge d'or ressemble, Tant regratté par les siècles passez.
Quoy qu'on me dist de vos mœurs inciviles, De vos habits, de vos meschantes villes, De vos esprits pleins de légèreté, Sarmates fiers, je n'en voulois rien croire, Ny ne pensoy que vous peussiez tant boire ; L'eussé-je creu sans y avoir esté?
Barbare peuple, arrogant et volage, j
Vanteur, causeur, n'ayant rien que langage, ' Qui, jour et nuict dans un poisie eiifermé, Pour tout plaisir se joué avec un verre. Ronfle à la table ou s'endort sur la terre. Puis comme un Mars veut estre renommé.
Ce ne sont pas vos grand's lances creusées * , Vos peaux de loup, vos armes desguisées, Où maint plumage et mainte aile s'estend, Vos bras charnus ny vos traits redoutables, Lourds Polonnois. qui vous font indomlables ; La pauvreté seulement vous defTend.
Si vostre terre estoit mieux cultivée, Que l'air fust doux, qu'elle fust abreuvée De clairs ruisseaux, riche en bonnes citez, En marchandise, en profondes rivières.
Qu'elle eust des vins, des ports et des minières, Vous ne seriez si long-tans indomtez.
Les Othomans, dont l'ame est si hardie, Aiment mieux Gypre ou la belle Candie, Que vos déserts presque tousjours glacez; Et l'Alemand, qui les gueires demande, Vous dédaignant, court la terre Flamande, Oii ses labeurs sont mieux recompensez.
Neuf mois entiers pour complaire à mon maistre, Le grand Henry, que le ciel a fait naistre, Ck)mme un bel astre aux humains flamboyant. Pour ce désert j'ay la France laissée, Y consumant ma pauvre ame blessée.
Sans nul confort, sinon qu'en le voyant. Fasse le ciel que ce valeureux prince Soit bien-tost roy de quelque autre province, Biche de gens, de citez et d'avoir; Que quelque jour à l'empire il parvienae, Kt que jamais icy je no revienne, Bien que mon cœur soit brûlant de le voir.
' Striées, cannelées.
416 DIVERSES ANODRS.
nu PORTRAIT DU SIEUR DE VANDES
MBDBCIN DU HOY