DIA^E
Ce iiiesiue liail dont vous m'aviez louché, Dans mon esprit gfava vostre figure.
Vous n'avez rien de rare et de caché, De beau, de saint, du ciel et de nature, Qu'Amour subtil n'ait partout recherché.
Pour fiiire en moy vostre vive peinture.
Bref, mon esprit, ardant d'affections.
Est un miroir de vos perfections.
Où vous pouvez vous voir toute dépeinte.
Si ma foy donc ne vous peut enflamer, A tout le jonoins, vous me devez aimer Pour le respect de vostre image sainte.
XXYl
Mon Dieu ! mon Dieu ! que j'aime ma défasse Et de son chef les trésors précieux !
Mon Dieu I moo Dieu ! que j'aime ses beaux yeux, Dont l'un m'est doux, l'autre plein de rudesse!
Mon Dieu ! mon Dieu ! que j'aime la sagesse De ses discours, qui raviroient les Dieux, Et la douceur de son ris gracieux, Et de son port la royale hautesse!
■ Mon Dieu ! que j'aime à me ressouvenir Du tans qu'Amour me ftst serf devenir I Toujours depuis j'adore mon servage.
Mon mal me plaist plus il est violant; Un feu si beau m'égaye en me brûlant, Et la rigueur est douce en son visage.
EHe pleuroit, toute patie de crainie, Lors que la Mort sa moitié menaçoit.
Et tellement l'air de cris rempUssoitr Que la Mort rofsme à pleurer eust couiraiiite;-
Helas! mon Dieu, que sa grâce étoit sainte! Que beau son teint, qui les lys efXiaçoitI I^e trait d'Amour cependant me blessoit. Et dans mon ame eogravoit sa complainte.
L'air, en pleurant, sa douleur témoigna, Le beau soleil de pitié s'éloigna, Les vensesmeus relenoieiit leurs lialeines;
Et sur la terre où tombèrent les pleurs De ses beaux yeux, amouréuseâ fontaines, Tout s'émailla de verdure et de fleurs.
Je ne me plains de vostre cruauté A mes désirs injustement contraire; Je ne me plains que tout me désespère, Ny que le tans cède à ma loyauté.
Je ne me plains du vol que j'ay tenté, Jeune Dédale, aux périls téméraire; Quoy qu'il en soit, j'auray de quoi me plaire, Fondant aux rais d'une telle beauté.
Je ne me plains que l'effort des jaloux De moy me prive en me privant de vous; Je ne me plains que tout me fasse craindre;
Mais, en souffrant tant de punitions.
De desespoirs, de morts, d'aniictions, Las I je me plains que je ne m'ose plaindre'
Si c'est aimer que porter bas la vue.
Que parler bas, que soupirer souvant, Que s'égarer solitaire en rêvant, Brûlé d'un feu qui point ne diminue;
Si c'est aimer que de peindre en la nue, Semer «iir l'eau, jetter ses cris au vant, Chercher la nuict par le soleil levant, Et le soleil quant la nuict est venue;
Si c'est aimer que de ne s'aimer pas.
Haïr sa vie, embrasser son trespas, Tous les amours sont campez en mon ame ;
Hais nonobstant, si me puis-je louer Qu'il n'est prison, ny torture, ny flame, Qui mes désirs me sçcust fair avouer.
Las ! que me sert, quand la douleur me blesse. Et que mon feu me cuit plus vivement, Que je proteste et jure incessamment De jamais plus ne revoir ma princesse !
Si chaud désir m'aiguillonne et me presse. Quittant ses yeux, trop beaux pour mon tourment, <)u'oubliant tout, et douleurs et serment, Je coui's au lieu que jamais je ne laisse.
Des jeunes cœufBr Tenchaiiteiir daogereux
Y tient caché quelque channc amoureux Qui m'ensorcelle et rend mon ame folle. Je veux tousjours la suivre et l'adorer. Et, sans rien voir qui me face espérer, Mon œil s'y tourne et mon penser y voUq.
Je le confesse, Amour, je te suis redevable, N'ayant fait aujourd'huy de tant d'heur jouyssant; Et si tu m'as trouvé ferme en t' obéissant, J'en suis recompensé d'un heur incomparable.
Sur la plus grand' chaleur de ce jour désirable, La beauté qui me blesse et me tient languissant, Nonchalamment sus moy son beau chef abaissant, S*est laissée assoupir d'un sommeil agréable.
Ah! Dieu! que de clartcz sur son front reluisoicnl! Que les lys blanchissans de son sein me plaisoieiit ! Que de fleurs, que d'œillets, que de roses vermeilles I
Que de cœurs prisonniers dans ses dorez cheveux ! Tu devois faire. Amour, favorable à mes vœux. Que je fusse tout œil pour voir tant de merveilles.
Varchands, qui recherchez tout le rivage more Bu froid septentrion, et qui, sans reposer, A œnt mille dangers vous allez exposer, Pour un gain incertain, qui vos esprits Ucvore,
Venez seulement voir la beauté que j'adore, Et par quelle richesse elle a sçeu m' attiser : Et je suis seur qu'après vous ne pourrez priser Le plus rare trésor dont l'Afrique se dore.
Voyez les filets d'or de ce chef blondissant. L'éclat de ces rubis, ce coral rougissant, Ce cristal, cet ebene, et ces grâces divines,
Cet argent, cet yvoire ; et ne vous contentez Qu'on ne vous montre encor mille autres rarelcz, Mille beaux diamans et mille perles fines*