‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 113 sur 155 · QUELQUES EPIGRAMMES · texte numérisé non relu

QUELQUES EPIGRAMMES

Je voulu baiser ma rebelle.

Riant, elle m'a refusé ; Puis soudain, sans penser à elle, Toute en pleurs elle m'a baisé :

De son dueil vint ma jouyssance, Son ris me rendit malheureux; Voilà que c'est, un amoureux A du bien quand moins il y pens^.

AUTRE

Si dessus vos lèvres de roses Je voy mes liesses decloses.

Mon esprit, ma vie et mon bien, Vous ne pouvez me les deffendre :

U faut que cliacun ait le sien ; Par tout le mien je puis reprendre.

AUTRE

Blanche aux yeux verds, femme du vieux Tityre, Autant de fois que sa vache elle tire. Dit bassement d'un courage marry :

« Je ne voy point que ma tâche finisse. Car toute nuict je fay mesme exercice.

Tirant le bout qui pend à mon mary. »

AUTRE

Tant de rapports fascheux indignes de notre ire, Ne sortent que d'esprits jaloux ou malcontans,

iU BERGERIES.

Je suis d'advis de faire et de les laisser dire, Ils en auront la paine ot nous 1c passetans.

AUTRE

raiinois un peu Phillis, mais lorsqu'elle m'aima Dans mon san^^ l'chauffé du soulphre elle semn : Mes yeux auparavant la jugeoient assez belle. Et depuis je la trouve une Venus nouvelle. PhylUs, continuez, aimez tousjours ainsi, Mes feux et vos beautez continueront aussi; Mais, en ne poursuivant les amours commencées, Vons rendez vos beautez et mes flammes passms.

AUTRE

Hier, Parthenie, entre cent damoiselles Sans y panser hautement soupira :

Hetas ! Amour, que n'avois-je des ailes, Pour découvrir où ce soupir tira?

AtTRK

Je t'apporte, ô sommeil ! du vin de quatre année;;, Du lâict, des pavots noirs aux testes couronnées, Vueilles tes ailerons en ce lieu desployer, Tantqu'Alison, la vieille accroupie au foyer, Qui, d'un poulce retors et d'une dent mouillée, Sa quenouille chargée a quasi desponillée, Laisse choir le fuseau, cesse de babiller, Kt de toute la nuict ne se puisse éveiller; Afln qu'à mon plaisir j'embrasse ma rebelle, L'amoureuse Ysabeau, qui soupire auprès d'elle.

AUTRE

Quand par les rochers montagneux Pasiphœ, de fureur contrainte, Suivoit son amant dédaigneux, On dit qu'elle fit cette plainte :

« 0 Venus, fille de la mer I Qui causes ma flamme enragée, Puis qu'un bœuf tu me fais aimer.

Qu'en vache ne m'as-tu changée ? »

STANCES

Jupiter, s*il est vray que tu fusse amoureux , Quand ton poil de toreau deceut une puceiie, Que tu pouvois te dire à bon droit bien-heureux, Portant dessus le dos une charge si belle !

Dans l'eau que tu fendois d'un pied souple el ïe^ev, L'heur si prest d'arriver t'enflammoit la pens(>o; Et l'Amour te faisoit oublier de nagrr I our voir ce que monstroit sa cotte retroussée.

Mais quel heur de ce dieu me pourroit égaler, Si lasl en quelque forme ou vraye ou contrefaite, Par la faveur d'Amour je vous pouvois voler, «

Vous qui trop plus qu'Europe estes belle et parfaite?

Ah ! non, je ne voudroy vers vous me déguiser. Et rendre en vous trompant ma grand' llame amurliel Or ne vous faschez donc si j'ose vous baiser, Fl si, troublé d'Amour, je pers la modestie *.

ODR

Quand tu ne sentirois aucun feu d'amitié, Quand tu ne connoistrois ny devoir ny pitié, Quand tu serois conceuê aux flancs d'ime lyonne, Quand t4i aurois le cœur d'une froide colonne, Tu ne pourrois souffrir de me voir en ce point

Transir de grand' froidure ; Car, l'ayant veu venir, je n'ay pris qu'un pourpoint

Pour toute couverture.

Ifois-tu les aquilons soufllans horriblement, Qui font par leur effort mouvoir ce tremblement?. N'entens-tu point Gaurus qui donne à la traverse. Et sens dessus dessous toute chose renverse? Les forests en font bruit, où superbe il combat

Ck>ntre les souches fortes.

N'ois-tu pas bien aussi le terrible débat

Des fenestres et portes?

La neige couvre tout, tout est pavé de blanc; L'excessive froideur m'a tout gelé le sang, Je ne puis plus parler tant la glace me seire;

* Ces sljnces sont imilùes ou Iraduiles d'un morce: u de rop»*i.i, qui débute p«r ce vers :

Chinmar hralo è dio lien si polen. elr.

Mes nerfs sont tous retraits, mes dents se font la guerre D'un choc continuel, et toute ma chaleur

Au coeur est dévalée, Et commence desjà, comme aussi fait mon cœur,

A se faire gelée.

Helas! aveugle Amour, où est ton grand pouvoir? Où est ce feu divin qui peut tout esmouvoir, Qui des plus puissans dieux fait bouillir la poitrine, Qui brûle les enfers, la terre et la manne? J'estimoy que ton feu feroit à ma froideur

Abandonner la place ; Mais ce i^oid au contraire a changé ton ardeur

Et tous tes traits en glace.

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