‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 115 sur 155 · VILLANELLE · texte numérisé non relu

VILLANELLE

Rozette, pour un peu d's^bsence, Vostre cœur vous avez changé, ' Et moy, sçachant cette inconstance,

Le mien autre part j'ay rangé ; Jamais plus beauté si légère Sur moy tant de pouvoir n'aura :

Nous verrons, volage bergère, Qui premier s*en repentira.

Tandis qu'en pleurs je me consume, Maudissant cet esloignement, Vous, qui n'aimez que par coustume, Caressiez un nouvel amant.

Jamais légère girouette Au vent si tost ne se vira ; Nous verrons, bergère Rozette, Qui premier s'en repentira.

Où sont tant de promesses sainte.^, Tant de pleurs versez en partant ?

Est-il vray que ces tristes plaintos Sortissent d'un cœur inconstant?

Dieux, que vous estes mensongère !

Maudit soit qui plus vous croira !

Nous verrons, volage bergère, Qui premier s'en repentira.

Celuy qui a gaigné ma place.

Ne vous peut aimer tant que moy ; Et celle que j'aime vous passe De beauté, d'amour et de foy. Gardez bien vostre amitié neuve,

Ln mipnnfi plus ne varira,

Et puis nous verrons à l'esprouvo

Qui premier s'en repentira.

VU

Bien-heureux le destin qui de moy fut vainqueur, Ordonnant que pour vous bassement je soupire ; Bien-heureux mes yeux bruns, dont vous tenez l'ompirc, A tous autres sujets pleins d'extrême rigueur.

Ma jeune gayeté n'est que morne langueur Quand je suis loin de vous, mon désiré martire ; C'est vostre seule amour qui m'anime et m'inspire, Vous me servez de sang, d'esprit, d'ame et de cœur.

Dieux! si vous estes dieux, versez, je vous en prie, Tous vos courroux sur moy plustost que je varie, Et me faites souffrir mille morts pour le moins.

— Ainsi disoit Florelle; et, pour plus d'efficace, Elle escrivit ces mots tout dessus de la glace : Presens les vents marin^ qui servoient de témoins.

COMPLAINTE

Je suis las de lasser les hommes et les dieux, Je suis las de verser tant de pleurs de mes yeux,

Non pas yeux, mais fontaines; Je suis las de passer tant de fascheux destours, Je suis las d'appeller la mort à mon secours,

Pour la fin de mes paines.

Ces monts, ces prez, ces eaux, ces rochers et ces bois Sont lassez de respondre aux accens de ma voix

Enrouée et cassée. Ahl cieux trop inhumains, pourquoy donc seulement La douleur qui me suit, croissant incessamment.

N'est-elle point lassée ?

Un voit changer les jours, les mois et les saisons. Le soleil se remué en ses douze maisons.

Toute chose se change, Rien n'est dessous le ciel qui soit ferme et constant, Sinon l'aspre regret qui me va tourmentant

D'une fureur estrange !

Que maudit soit Amour, ses traits et son carquoi , Que maudit soit le jour que je snivy ses loix

Pleines de tromperie !

Jamais Venus la douce aux flancs ne l'a porté,

AXHt BERCKUIES.

II est fils de Cerbère, et jeune il a teté

Le sang d'une Furie.

De libre que j'estois il m'a mis en prison, II a diassé bien loin la divine raison,

Qui conduisoit mon ame; 11 a rendu mes yeux ennemis de mon cœur; J'estois homme de chair, et or' par sa rigueur

Je suis homme de flame.

Ah! prez où je prenois tant de contentement, Je sens en tous voyant, dans mon entendement,

Mille nouvelles bresches !

Las! vous me soûliez plaire et vous me tourmentez ; Vostre verd m'est obscur et vos douces heautoz

Me semblent toutes sèches.

0 vie heureuse et libre ! ô mon plaisir passé ! Hé! pourquoy si soudain m'avez-vous delaiss*'*

D'une fuite inconnue?

Et vous, che(^ désolez de ma calamité, Dites, mes tristes yeux, où est ma liberté?

Qu'est-elle devenue?

Or' mon pauvre troupeau gist maigre et languissant, Sans boire et sans manger, bellant et gémissant

Pour l'ennuy que je porte; Mon chalumeau n'est plus dans ces bois entendu, Et mon triste rebec est demeuré pendu

A ceste branche morte.

Las ! ils ne sont pas seuls qui plaignent mon malheur : l^es rochers l'ont pleuré, les oyseaux de douleur

En ont fait mille plaintes; Pan mesme en a gemy, ayant la larme à l'œil. Et les nymphes des bois en ont porté le dueil,

De tristesse contraintes.

Mais qui me fait rentrer en ce dur souvenir, Qui rafiraichit ma playe et sert d'entretenir

Mon rigoureux martire?

(Juoyl mon cœur, d'endurer n'es-tu donc pas lasi^t'r Et loy, mon triste esprit, l'ennuy que j'ay passé

Te doit-il pas suffire?

CARTELS ET MASQUARADES

POUR LES CilEVALlERS^U PHENIX

Page 1