‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 143 sur 155 · COMPLAINTE POUR LE ROI HENRI · texte numérisé non relu

COMPLAINTE POUR LE ROI HENRI

ESTANT A FONTAUfEBLF.AU, LIEU DE SA NAlbSANCk

Lieux de moy tant aimes, si doux à ma naissance, Rochers, qui des saisons dédaignez l'inconstance,

Francs de tout changement; Klfroyables déserts, et vous, bois solitaires, Pour la dernière fois soyez les secrétaires

De mon dueil véhément.

Je ne suis plus celuy dont la grâce et la veuë Uendoit ceste contrée en tout tans si pourveuû

D'amours et de plaisirs ; <)ui donnoit à ces eaux un si plaisant munnuii*, Tant d'émail à ces prez, aux bois tant de verdure,

Aux cœurs tant de désirs.

Ma fortune amiable a tourné son visage. Mon air calme et serain n'est plus rien qu'un orage

D'ennuis et de malheurs ; Mes jours les plus luisans sont changez en ténèbres, Et mes chants de victoire en complaintes funèbres.

Mes plaisirs en douleurs.

Quand j'appro«he de vous, belles fleurs printanières Vostre teint se flestrist, les prochaines rivières '

Cherchent d'auti-es destours :

Je fay tarir l'humeur de ces fontaines claires, Qui craint que de mes yeux les sources mortuaire*

Ne profanent son cours.

IHeust au ciel, dont les loix me sont si rigoureu&es, Que je ftisse entre vous, ô grand's masses pierreuses !

Un rocher endurcy; On dit qu'une Thebainc y lut jadis chan^^ée; lié ! pourquoy ne fait donc mon angoisse enrugce

Que je le sois aussi !

Helas! je le suis bien : car se pourroit-il faire, Si j'avoy d'uu mortel la nature ordinaire.

Que je peusse porter Si long-tans les eflbrts des eunuys et des peines? ^on, je suis un rocher, dont on voit cent fonlaiiic»

INiiit et jour dégoûter.

^W ËPITAPHE8.

J'ay le cœur si comblé d'amertume et d'oppa-esse, Que, par contagion, je rens pleins de tristesse

Ceux qui parlent à moy; Et qui pense adoucir le regret qui m'entame, Sent en me consolant couler dedans son unie

La tristesse et l'esmoy.

De tous plaisans discours mon courage s'otfencc In mai tel que le mien estant sans espérance

Est aussi sans confort ; fin qui sonne plus doux à mes tristes oreilles, Ce sont cris de hibous, d'importunes corneiilei^

Et d'oiseaux die la mort.

La mort est seule propre au dueil qui me jiohsede ; Mon mal est venu d'elle, en elle est mon remedi*.

0 vous ! pleins d'amitié, *Jui plaignez mes douleurs, d'une main secourable Advancez mon trespas. Meurtrir un misérable

C'est acte de pitié.

Que n'accourt à mes mes cris quelque beste sauvage, Qui, d'excessive faim sentant croistre sa rage,

Me dévore les os?

Mourant, je beniroy sa cruauté meurtrière ; (lar l'beiire de ma Un sera l'heure première

De mon \àus doux repos. Nimphes de ces forests, mes fidelles nourrices, Tout ainsi qu'en naissant vous me fustes propices,

Ne m'abandonnez pas, <,Uiand j'achève le cours de ma triste advanture : Vous fistes mon berceau, faites ma sépulture

Et pleurez mon trespas.

AD PHILIPPUM PORT/ElfM

Versibvs nt lenlSt eomis sic moriùus idem r^ ; Si lego te video, si videoque lego.

Steph. Pasciiasiis '.

Elieniic Pasquier, qiie ses hil tes contre les jésuites el ses diters écrits on t^ndM célèbre, notamment ses Becberehesdela France.

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