‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 152 sur 155 · DOMINE DECS SALUTIS HE/C, ETC · texte numérisé non relu

DOMINE DECS SALUTIS HE/C, ETC

Je crie à toy de jour, je crie à toy de nuit, Seigneur, Dieu de ma délivrance; Oy ma prière, helasi qu'elle entre en ta présence, Ten l'oreille à mon cry, voy le mal qui me nuit. De douleur et d'ennuis ma pauvre ame est soûlée; Ma vie a touché le trespas.

On me conte entre ceux qui descendent là-bas ; Ma vigueur tout à coup de raoy s'est escoulée. Délivre» entre les morts qu'un long somme a touchez, Sans aucun soin l'on m'abandonne, Comme les corps meurtris que la tombe environne, Loin de ton souvenir de ta main retranchez. En la fosse plus basse aux ténèbres profondes, Ombres de mort, tu m'as jette; X*effort de ton courroux sur moy s'est arresté, J'ay senti dessus moy tous les flots de tes ondes. Ceux qui me cognoissoyent, tu les as esloignez; A tous je leur suis détestable.

Je ne sors du tout point, prisonnier misérable; La tristesse affoiblist mes yeux tousjours baignez. De clameurs, ô Seigneur ! j'ay comblé tes oreilles. Tout le jour mes mains t'elevant. t

Vas-tu donc pour les morts tes hauts faits reservant? Se releveront-ils pour chanter tes merveilles? Ta clémence au tombeau se dira-t-elle mieux Et tes veritez en la perte?

Luiront mieux tes hauts faits en l'horreur plus couverte Et tes jugemens droits au séjour oublieux? Las! dés le poinct du jour. Seigneur, je crie à toy, Je te préviens par ma prière.

Qui te fait rejetter ma pauvre ame en arrière? Pourquoy destournes-tu ton visage de moy? Moy, pauvre et languissant dés mon âge plus tendre, Les travaux me vont consumant ; Quelquefois élevé, mais aussi prontemant, Bas et confus d'esprit, ta main me fait descendre. Sur moy de tes courroux le desbord est passé, Je Suis emporté de tes craintes, *

Qui , commeun long coursd'eau , m'environnent d'encein tes; Je me voy tout autour ce delbge amassé.

5*i ŒUVRES r.flRRSTIENNES.

Mes plus chers compagnons, mes amis plus fidelles, Tu les as tirez de ces lieux; Un seul de mes prochains n'apparoist à mes yeux, Tous deviennent pour moy des ténèbres cruelles.

PRIERE DE UOYSE

PSAL. XC. — DOMINE, REFDGIUM PACTDS ES NOBIS^ ETC.

Seigneur, de race en race et de toute durée Tu t'es faict voir des tiens la retraite asseurée;

Avant qu'en aucun lieu Le haut orgueil des monts s'avançast de paroistre, Que la terre print forme et que le monde eust estre, Du siècle jusqu'au siècle à jamais tu es Dieu.

Tu tournes le mortel jusqu'à le voir dissoudre, Et dis : < Enfans d'Adam, retournez en la poudre

Où tout homme est réduit. »

Car mille ans devant toy sont comme la journée Qui ftit hier finie, ou l'espace ordonnée ^

Pour une sentinelle en sa garde de miit.

Tu les fais découler comme l'eau d'un ravage; Us ne sont rien qu'un somme. 11 croist comme l'herbage

Atissi-tost retranché :

Au matin il fleurist riche en couleur diverse, Le soir n'est pas venu que foible il se renverse; On le fauche à l'instant et devient tout seiche.

Ta fureur nous estonne, et ton ire enflammée Rend de nos plus beaux jours la vigueur consommée;

Car, las ! tu vas posant Tant de transgressions de nos âmes tachées Devant tes yeux si clairs, et nos fautes cachées Au jour de ton visage en ténèbres luisant.

Nos jours sont défaillis sous ta main courroucée. Et nos ans plus soudains que la voix prononcée

Se sont veus consumez; Car à la fin. Seigneur, sept dizaines d'années Rendent des jours humains les bornes terminées; Ce sont de nos travaux les cours accoustumez.

Quelques plus vigoureux et qui mieux semaintiennent, Jusqu'à quatre-vingts ans aucunes fois parviennent;

Encor ceste vigueur Et' le mieux de leur tans n'est rien que fascherie, Car nostre âge s'envole, et ceste humaine vie Est tout soudain passée et n'a point de longuesr.

lEUTRBS CnneSTIElINBS.

Mais qui cognoist assez Teffort de ta colère, Et qui, l'appréhendant autant qu'elle est severe,

Ifa peur de Virriter?

De ta dextre, ô Seigneur I admirable en puissance, Et de nos jours si courts donne-nous cognoissance, A fin que la sagesse en nous puisse habiter.

Retoume-toy, Seigneur, soit ton ame appaisée. Jusqu'à quand ces rigueurs et ceste ire embrasée

Sur tes pauvres s<»>vans ?

H onstre-toy consolé, sois-leur doux et propice ; Fay que dés le matin ta bonté nous remplisse. Et nous te chanterons tant que serons vivans.

Vueille nous resjouir au prix de nos tristesses, Pour les ans de nos maux donne-nous des liesses;

Qu'on voye, ô Tout-Puissant!

Ton œuvre en tes servans, ta splendeur sur leur race, Soit sur nous du Seigneur la lumière et la grâce; Qu'il conduise nos mains, qu'il les aille adressant.

PSAL. GXXXIX

OOSIINE PROIASTI 11 B

Seigneur, tu m'as sondé, tu m'as veu sans cesser; lion lever, ma séance à tes yeux n'est secrette; Tu sçais bien loing devant quel sera mon penser, Tu descouvres. Seigneur, mon giste et ma retraicte, Et prévois tous les pas que mon pied doit presser.

Mon propos t'est présent qu'il n'est pas prononcé; Tu connois toute chose et passée et nouvelle, (l'est toy qui m'as formé, tes mains m'ont compassé, Monstrant en moy. Seigneur, une science telle. Que, quand j'y veux monter, mon esprit est lassé.

Où fuiray-je? ô Seigneur! où m'en pourray-je aller. Évitant ton esprit et l'aspect de ta face? Tu remplis tous les cieux, si j'y pense voler, Et tout au mesme instant, si je change de place. Je te trouve aux enfers, quand je veux dévaler.

Si j'attache à mon dos le plumage divers De l'aurore embausmée, et recelle ma IViite Jusqu'aux bouts plus perdus des plus lointaines mers. Ta main par tout m'attrape, ardante à ma poursuite. Et t(m bras ne me perd en l'obscur des déserts.

Quand j'ay dict : « Pour le moins les ténèbres du soir Couvriront mes plaisirs,» faulse est mon espérance;

.'YSU

I ŒITVRBS CARRSTIBNNRS.

Car la nuict à Ttnistant prend des yeux pour me voir : Les ténèbres, Seigneur, sont jour en ta présence, Et le jour se fait nuict, s'il plaist à ton pouvoir.

Tu possèdes mes reins, tout chaud tu m'as reçu Du ventre de ma mère : ô Dieu ! je le confesse, Que l'art est merveilleux dont tes doigts m'ont (issu, Merveilleux sont tes faits d'admirable hautesso, Et mon ame, ô Seigneur, l'a trop bien apperceu.

Un seul de tous mes os à ton œil curieux Ne dérobe sa forme en secret compassée; Ha substance, ô Seigneur ! tu l'as faite aux bas lieux. Et de mon imparfaict l'œuvre à peine tracée. Matière encore informe, est visible à tes yeux.

Tout se voit «n ton livre. Ils y sont imprimez Qu'encore un seul des jours n'esclairoit cest espace; 0 qu'ils sont honorez tes esleus bien aimez. Que leur foiblesse est forte et qu'ils sont en ta grâce, Qu'on les voit en tous lieux abondamment semez t

Dieu, que leur nombre croist ! je les pense conter, Ils surpassent l'arcne au rivage amassée; J'ay dormi sur tes faicts, aspre à les méditer, Je me suis re veillé sur la mesme pensée, Et je m'y trouve encore et ne m'en puis oster.

0 Dieu ! si ton courroux meurtrissoit le pervers ! Mais vous, hommes de sang, Loin, loin de mon visage. Qui lascliez contre luy maints propos de travers, Qui blasphémez sa gloire, et d'un méchant langage Dites que ses citez ne nous tiendront couverts.

Seigneur, n'ay-je abhorré, ceux qui t'avoient fasclié? • D'inimitié contre eux n'ai-je eu l'ame remplie? L'œil de tes ennemis ne m'a-t-il desséché? Je les poursuivois tous d'une haine accomplie; Aussi tout leur couitoux dessus moy s'est lasché.

Esprouve-moy, Seigneur, sonde-moy bien avant; Voy mon cœur, voy mes pas, reconnais mon addresse. Si je suis des pécheurs les deslours poursuivant; Voy si l'iniquité de mon ame est maistresse. Et me guide en ta voye, ô Dieu toujours vivant!

sm LES ŒUVRES CHRESTIENNES

DE

MONSIEUR DESPOKTES

Des-Porles n'ayant plus les vci-s en révérence Du prorane Apollon, plein de net jugement, Tu vas ornant les tiens d'un si bel ornement, Qu'ils auront à la fin sur tous la préférence.

Quant au siège d'Amour tu fis la compai*encc, Jeune «igle regardant le soleil fermement, Au ciel, d'un beau visage, en ce ravissement, Tu chantois d'un Dieu feint une feinté apparence. •

Mais, de la vray-serablance aux cieux estant porté, Tu vois ore de Dieu l'essence en vérité ; El r'animapt tes vers de son ame éternelle,

Tu auras pour loyer toute immortalité; Car Dieu donne toujours, par la postérité. In loyer inimoi'tel pour une œuvre immortelle.

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