‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 17 sur 155 · DIA!IE · texte numérisé non relu

DIA!IE

Quel bien, pour mon saint, piiis-je, helas ! degirer, Fors qu'elle ait sentiment du mal que j'ay pour ^le?

PLAINTE

Sus! sus! mon lut, d'un accort pitoyable. Plains le ilepart qui me rend misérable, Et sur le ton convenable aux douleurs.

Tristement doux, solemnisc mes pleurs ;

Et vous, mes yeux, coupables de mes peines, Débondez- vous, changez-vous en fontaines; Mais, pour pleurer des malheurs si nuisans, Les yeux d'Argus ne seroioit suffisans.

Il ne faut plus que j'aye aucune attente De voir jamais d'objet qui me contente. Retirez-vous, ô plaisirs peu constansf ~ Les desespoirs maintenant ont leur tans. .

Las! à quel bien faut-il plus que j'aspire? Mon beau soleil maintenant se retire, Et le flambeau qui souloit m'éclairer Trahist ma veuë et me laisse égarer.

Ces doux attraits, pleins de chaste rudesse. Ces vives fleurs d'une belle jeunesse, L'ceil de la cour, son printemps gracieux, 0 ciel cruel 1 se desrobe à mes yeux.

Maudit Amour, aveugle à ma souffrance.

As-tu donc fait que j'aie eu connoissance De ses beautez, pour rendre, en m'en privant, Mon cœur aux maux plus sensible et vivant?

Toute rigueur m'estoit douce auprès d'elle : De ce seul trait la plaie cstoit mort^le. Je ne crains plus Jupiter courroucé.

Le ciel sur moy tout son pis a versé.

Le triste jour qu'elle me fut ravie.

Il falloit bien que je fusse sans vie, Et que ce coup m'eust d'esprit dénué, Car autrement la douleur m'eust tué.

Las I ne vivant qu'en des nuicts solitaires, A quoy, mes yeux, m'estes-vous nécessaires? Et, n'oyant plus un langage si doux.

Oreilles, las! de quoy me servez-vous?

Heureux oiseau dont l'Inde est renommée, L'œil au soleil ta vie est consommée : Pourquoy du ciel n'eus-je un destin pareil. Mourant aux raiz de mon divin scrfeiî?

LIVRR I. 47

COMPLAINTE

Pnis que le ciel cruel, trop ferme en mes malheurs, S'obstine à rae poursuivre et jamais n*a de cesse. Donnons à sa rigueur des sanglots et des pleurs, Les pleurs et les sanglots sont fleurs de la tristesse.

Pnis que j'esprouve tant de divers changemens, Et qu'un seul à mes maux n'apparoist favorable, Ponrquoy veux-je languir d'avantag£ aux tôurmens? Il vaut mieux n'estre point que d'estre misérable.

Puis que mon clair soleil sur moy plus ne reluit, Et que de ses rayons la France est despourveuê, Fermons nos tristes yeux en l'etemelie nuit : « A qui ne veut rien voir inutile est la veuë. »

Puis que mes vrais soupirs n'ont jamais sçeu mouvoir Les cieux à divertir cette cruelle absance, Las! croiray-je qu'Amour dans le ciel ait pouvoir, Et qu'il range les Dieux sous son obéissance?

En vain deçà delà je vay tournant mes pas, Mon œil ne choisist rien qu'objets qui le tourmentent; Je me cherche en moy-mesme«t ne me trouve pas. Et plus je vay avant, plus mes malheurs s'augmentent.

Gomme celui qui voit, au printans émaillé, Un jardin bigarré de diverse peinture, Ne le recognoist plus quand il est despoûillé. Par l'hyver ra^l plaisant, de grâce et de verdure;

De mesme, en ne voyant, ainsi que je soulois. Tant de douces beautez de ma chère maistresse, Je ne recognois plus tous ces lieux où je vois, Et m'égare en resvant sans voie et sans addresse.

J'erre seul, tout pensif, ignorant que je suis; Ma face, estrange à voir, d'eaux est toujours couverte ; Tous les jeux de la cour me sont autant d'ennuis, Servans de refraichir ma douleur et ma perte.

Quand je voy ces combats dressez pompeusement, A l'espée, à la hache, à la picque, à la lance. Las ! ce dy-je, qu'Amour me bat bien autrement I D'un mortel contre un dieu foible est la résistance.

Tout ce qui s'offre à moy ne me fait qu'offenser Et redoubler l'ennuy dont mon ame est atteinte; Seulement je me plais, me mettant à penser Que jusqu'à ton oreille Amour porte ma plainte.

0 Dieu I s'il est ainsi comme je croy qu'il est. Que j'estime ma peine un repos agréable I

Que mon soucy in*est doux, que mon trespas me plaist ! La mort, en bien aimant, est tousjours honorable. Chanson, cesse ta plainte et sors d'avecque moy Pour trouver la beauté dont je pleure l'absance ; Dy-luy que le malheur ne peut rien sur ma foy, Et que fat plus d'amour, quand j*ay moins d'espérance.

COMPLAINTE

Or* ' que je suis absent des beaux yeux de ma dame, Or* que je vy sans cœur, sans esprit et sans ame. Et que les plus clairs jours me sont obscures nuits, Afin que tout le monde étonné la révère, Jusqu'au moindre arbrisseau de ce bois solitaire. Je veux chanter sa gloire et pleurer mes ennuis.

Q sommets orgueilleux des montagnes cornues ! Portez, portez son nom jusqu'au plus haut des nues : Mais il est toutesfois assez cognu aux cieux ; Car, dés l'éternité, les troupes immortelles La firent au patron des Grâces les plus belles. Afin qu'elle embellist ce monde vicieux.

Le Dieu qui dans le ciel a fondé son empire Ne voit par tout là-haut, lorsque Phœbus retire Ses chevaux du labeur, un astre si divin : Hardy, je l'en defle» et ne crain qu'il y mette Celle qui changea d'ourse en luisante planette. Et sert aux mariniers de guide en leur chemin.

Qu'on vante, du soleil la chevelure blonde. De ce qu'elle esjouit tout l'enclos de ce monde Et l'enflame an dedans de désir et d'amour ; Je dy que ce n'est rien, si la nuict coustumiere Empesche les effets de sa belle lumière Et la moitié du tans luy dérobe le jour.

Où ma dame tousjours, tousjours dure en sa gloire; Soit que le jour se monstre, ou la nuict la plus noire. Le feu de ses beaux yeux heureusement reluit; Elle nedisparoist pour une obscure nué; Ains peut, en se jouant d'un seul trait de sa veué. Allumer un beau jour au plus fort de la nuit.

Quelque part qu'elle arrive, il y croist des fleurettes. Et de ses doux regars naissent les amourettes Qui, de leurs aiguillons, peuvent tout esmouvoir; La terre sons ses pieds s'émaille de vnrdure,

Yaintoinnt.

LIVAS I. 49

Le ciel se plaist en elle, et, loûanl la nature, I.es mortels bien-heureux s'égayent de l'avoir.

Si tost que je la vey si divine et si belle, Mon ame incontinant rScogneulTStaft èni eTTe Le parfait qu'autre-fois elle avoit veu aux deux ; C'est pourquoy du depuis saintement je l'adore Pour la divinité qui la suit et l'honore, Et croy qu'en l'adorant je fay honneur aux Dieux.

On dit que nous avons une estoille pour guide, Qui, forte, nous arreste ou nous lasche la bride. Et qui tient de nos jours le terme limité; Mais ma déesse seule est mon astre prospère ; Ccst la loy de ma vie, et ne pourroy rien faire, Ny ne voudrois aussi, contre sa volonté.

Tous les astres divins qui dans le ciel ont place Sont nourris des vapeurs de ceste terre basse. Et de là puis après ils causent nos humeurs ; Cest tout ainsi de moy : car ma belle planette Se repaist des soupirs et des pleurs que je jette, Puis m'inspire au dessus tant d'ardantes chaleurs.

Et quand aucunesfois sa clarté se retire De dessus moy, chetif, rien plus je ne voy luire ; Une ombre espesse et noire obstinément me suit, Mes yeux, comme aveuglez, demeiurent sans conduite; Je n'ay rien que tristesse et malheur à ma suitte. Et si je fay un pas, toute chose me nuit.

Je me pers bien souvent, pensant perdre ma paine, De rocher en rocher, de fontaine en fontaine, Comme il plaist au destin qui me rend malheureux; ' Mais je pers seulement mes pas et mon estude. Car, parmy le silence et par la solitude, J'ay tousjours à l'oreille un chaos amoureux.

Si je suis par les champs, je reçoy fascherie; Si je suis par les prez, je hay l'herbe fleurie; Si je suis dans un bois, je n'y puis demeurer. Et sa belle verdeur accroist ma doleance; Car on dit que le verd est couleur d'espertince. Et, loin de mon espoir, que sçaurois-je espérer?

En hyver, que je voy les montagnes désertes, Blanchissantes par tout et de neiges couvertes : Las! ce dy-je, ma dame a le teint tout pareil. Mais que mon noir destin à la neige est contraire Car la neige se fond quand le soleil éclaire. Et je me fonds si tost que je pers mon soleil.

Quand je voy les toiTens qui des roches de«çandrnl, Et d'un cours furieux à boAillons se respandent.

Ils me font souvenir de mes j^leuH abondahs; Et dis en soupirant : Toutes ces eaux ensemble, Ny tout ce que la mer de rivières assemble, PTéteindroient pas le feu qui m'embrase au dedans.

J'ay mille autres pensers, et mille et mille et milk , Qui font qu'incessamment mon esprit se distile. Mais. cesse, ô ma chanson! vainement tu pretans : Conte pins tost, la nui(ît, les troupes estoilées. Le gravier et les flots des campagnes salées, Les fniitages d'automne et les fleurs du printans.

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