‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 39 sur 155 · PRIERE · texte numérisé non relu

PRIERE

' Grand Dieu d'Amour, enfant de Gytherée, Au dos ailé, à la tresse dorée.

Qui peux l'enfer et la terre esraouvoir, Vainqueur des Dieux, écoute la prière D'un de tes serfs, dont l'ame prisonnière, Tremblant de crainte, adore ton pouvoir.

Las 1 s'il est vray, comme j'ay connoissanee, Que je retourne en ton obéissance.

Et derechef tu me vueilles ravir; Je le veux bien, mon cœur je t'abandonne, Encor un coup, libre je m'emprisonne :

A plus grand Dieu je ne puis m'asservir.

Je ne veux point à tes loix contredire ; Sans résister, j'accours sous ton empire : L'homme mortel doit obeïr aux Dieux ; Qui te méprise, il c(Hifond la nature, Son estomach est d'une roche dure, Voire à regret lui esctairent les deux.

Icy je jure à ta delté sainte.

Qui connoist bien que je parle sans fainle, Qu'à tout jamais je veux persévérer Ton prestre saint, qui i'xifSre en sacrifice Mon cœur brûlé pour te rendre propice, Et mon esprit pour tousjours t' adorer.

0 grand Amour 1 cl« puissance invmctl4e, Cruel et doux, gracieux et terrible, Qui fais marcher en triomphe les rois, Des jeunes cœurs le seigneur et le maistre, Puis que pour tel je te veux reconnoistre, Escoule, ô Dieu, ma prière et ma voix.

Si tous tes traits en mon cœur je retire, Si sans crier je languis en martire, Si j'ay lavé tes ailes de mes pleurs, Si mes soupirs entretiemient ta flame, Et si tu fais des cheveux de ma dame Les forts liens qui retiennent les cœurs.

Chasse, 6 grand Dieu 1 cette crainte nouvelle, Qui me poursuit, qui me serre et me gelle ; Banny bien loin le triste desespmr, Aux crins retors, à la couleur sanglante, Qui de regars mon esprit espouvanle, Et qui me fait tant de peurs recevoir.

Mon cœur en tremble, et mon ame estonnée A la frayeur s*est toute abandonnée, Tant cette nuict il m'a fait endurer I Fay l'un des deux, ou luy donne la chasse Loin de mon oceur, ou lui quitte la place : Vous ne pouvez ensemble demeurer.

CHANSON

Douce liberté désirée, Déesse, où t'es-tu retirée.

Me laissant en captivité ?

Helas ! de moy ne te détourne, Retourne, ô Liberté ! retourne, Retourne, ô douce Liberté !

Ton départ m'a trop fait connoistre Le bon heur oùôe soulois estre.

Quand douce tu m'allois guidant, Et que, sans languir davantage, Je devois, si j'eusse esté sage, Perdre la vie en te perdant.

Depuis que tu t'es éloignée, Ma pauvre ame est accompagnée De mille épineuses douleurs :

Un feu s'est espris en mes veines, Et mes yeux changez en fontaines Versent du sang au lieu de pleurs.

Un soin caché dans mon courage

1» LES AMOURS d'hIPPOI.YTK.

S€|»lit sur mon triste visage, Mon teint plus palle est devenu ; Je suis courbé comme une soucJ|>e, Et, sans que j'ose ouvrir la bouche, Je meurs d'un supplice inconnu.

Le repos, les jeux, la liesse, Le peu de soin d'une jeunesse, Et tous les plaisirs m'ont laissé ; Maintenant rien ne me peut plaire.

Sinon, devôt et solitaire, Adorer l'œil qui m'a blessé.

D'autre sujet je ne compose.

Ma main n'écrit plus d'autre chose, Là tout mon service est rendu, Je ne puis suivre une autre voye, Et le peu de tans que j'employe Ailleurs, je l'estime perdu.

Quel charme ou quel Dieu plein d'envie A changé ma première vie, La comblant d'infelicité?

Et toy. Liberté désirée. Déesse, où t'es-tu retirée?

Retourne, ô douce Ljberté!

Les traits d'une jeune guerrière.

Un port céleste, une lumière, Un esprit de gloire animé, Hauts discours, divines pensées, Et mille vertus amassées Sont les sorciers qui m'ont charmé.

Las ! donc sans profit je t'appelle, Liberté précieuse et belle 1 Mon cœur est trop fort arresté :

En vain après toy je soupire, Et croy que je te puis bien dire, . Pour jamais, adieu, Liberté !

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