‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 48 sur 155 · C.LEOMICR. im · texte numérisé non relu

C.LEOMICR. im

Les célestes beautés d'une heureuse jeunesse, Un orgueil plein d'attraits, une honneste rigueur, En silence un parler qui découvre le cœur. Un modeste dédain, le port d'une déesse ;

Dessous des cheveux blonds une meure sagesse, Un œil comblant l'esprit d'amoureuse langueur, Qui de tout ce qu'il voit est monarque et vainqueur, Qui gelé et fait brûler, qui guarist et qui blesse;

Un esprit tout divin, le ciel mesme estonnant. Un propos qui les cœurs â son gré va tournant, Neige, ébene, coral, lis et roses vermeilles.

Et mille autres thresors de nature et des cieux, De l'œil et de l'esprit la gloire et les merveilles, Sont de ma liberté les tyrans gracieux.

Pourquoy ne l'aimeroy-je? elle est toute parl^ite. C'est un portrait vivant des beautez de Cypris; II n'auroit point de cœur qui n'en seroit épris. Et qui ne beniroit le jour de sa desfaite.

Dien que pour un mortel le ciel ne l'ait pas faite, Et que j'advouë assez d'avoir trop entrepris. Je me plais en ma faute, et plus je me sens pris, Et plus je tiens ma vie heureusement sujette.

Mon Dieu I qu'elle est divine et que je suis heureux D'en avoir connoissance, et de n'estre amoureux De rien tant que des yeux dont j'ay l'ame blessée!

Moins j'y connoy d'espoir, mieux je la vay servant; Ce qui deust me geler rend mon feu plus vivant, Et le mal qui me tué est vie à ma pensée.

Un yroire vivant, une neige animée.

Fait que mon œil ravy ne s'en peut retirer. 0 main victcHrieuse, apprise à bien tirer, Que tu m'as de beaux traits la poitrine entamée !

Aux célestes beautez mon ame accoustumée Ne trouve olyet que toy qui la puisse attirer. Et croit qu'elle te peut sans offense adorer, Tant elle est de ta glace à toute heure enflamée.

Le jour dont si souvent j'aime à me souvenir,

186 CLEOmCE.

Jour qu'il te pleut mes yeux et mon cœur retenir, Et de leur servitude embellir ta victoire, Tu rompis tant de nœuds qui m'avoient sçeu lier, i Et me fiaisant deslors toute chose oublier,

, Tu fus mon seul penser, mon ame et ma mémoire»

Le sculpteur excellent desseignant pour ouvrage Une plante, un lion, un homme, un élément, Si la main obeyt et suit l'entendement. Trouve en un marbre seul toute sorte d'image.

Ainsi rare beauté, sujet de mon courage, Se trouve en vous le bien et le mal d'un amant, Mais, faute de sçavoir, d'art et de jugemant. Voulant choisir le bien, je me prens au dommage.

Ce n'est donc lé destin par qui tout est forcé. Ce ne sont vos rigueurs, ny le sort courroucé, Que l'on doit accuser de ma perte inhumaine.

La faute est toute à moy : car dedans vostre cœur Est ma vie et ma mort, mon repos et ma paine. Mais je n'en puis tirer que moirt, peine et rigueur.

Durant que je vous chante, ô ma flamme secretke ! Et descry ces beaux nœuds qui m'ont sçeu retenir, M'obligeant à bon droit les siècles à venir. Qui verront en mes vers vostre beauté pourtraite,

Le ciel qui sans pareille entre-nous vous a faite, Vous fiait de jour en jour plus belle devenir, Si bien que pour menteur chacun me peut tenir, Quand plus que je ne monstre on vous trouve parfaite.

Afln donc que je puisse un tel blasme éviter, Lors que j'entreprendray vos louanges chanter, Je diray désormais : Tel jour elle estoit telle.

Mais depuis sa beauté d'heure en heure augmenta, La feit plus que déesse, et si haut L'emporta, Ouo, pour voler après, trop basse fut mon aile '.

Traduction d'ua sonnet italien qui commence par ces vers' ;

Mentr' io scrîvo di voi, dofce mia morte,

Per obligarmi la fuiura étale

Gon dar dipinta a lei quella beltate,

Gbe 'I ciel diè viva al secol nosiro in sorte.

CLROXICR. 187

STANCES

Sont-çe dards ou regards que les traits élancex De ces deux beaux soleils, rois des aines plus fieres? Hà ! ce sont des regards, clairs d'ardantes lumières ; Non, ce sont dards cruels, dont les cœura sont percez.

Sont-ce charmes ou chants que les sons gracieux, Dont sa vermeille bouche est si bien animée? Ce sont chants qui l'esprit peuvent ravir aux cieux, Ce sont enchantements dont j'ay l'ame charmée.

Puis qu'il se falloit perdre, et qu'il est destiné Que vaincu je périsse en l'amoureuse guerre, Ce m'est grand reconfort qu'un si beau trait m'enferre, Et qu'en si blonds cheveux je sois emprisonné.

Toutes les autres fois qu'Amour m'a voit donté. Je pleuroy ma fortune et Testât -de ma vie ; Mais j'aime ores mes fers et fuy la liberté. Et chastiroy mon cœur s'il en avoit envie.

D*un regret seulement mes esprits sont troublex, D'estre trop bas objet pour si haute lumière. Mais, ô rare beauté des beautez la première ! Prenez garde au soleil à qui vous l'essemblez.

Ce bel astre du ciel, cet unique flambeau ; En tous lieux ses rayons sans différence darde ; Et son œil, qui si clair cède au vostre plus beau, Comme les hauts sapins le bas soucy r^arde.

Ne ne me dédaignez donc, et souffirez qu'en mourant Un doux trait de vostre œil donne espoir à mon ame ; Permettez que mon cœur bassement vous reclame. Et qu'il se rende heureux, vos beautez adorant.

Mais c'est peu que d'un cœur pour offirir à vos yeux, Rois de tous les esprits de ceux qui s'en approchent; J'en voudroy mille et mille, afin de pouvoir mieux Recevoir tous les traits que si droit ils décochent.

Autre faveur du ciel je ne veux desirrr Qu'estre seul consommé d'une flamme si claire. Aussi bien toute autre ame est pour vous trop vulgaire, Seul d'un si beau tourment je mérite endurer.

Car jesçay comme on souffre et n'y suis point nonvoan, Accoustumé d'enfance aux plus cruels allarmes ; Venus au lieu de laict, quand j'estois au berceau. Me fit sucer des feux, des soupirs et des larmes.

Un seul cry ne m'eschappe aux plus fortes langueurs. Et pour en voir la preuve, 6 ma belle adversaire! Essayez contre moy ce que vous pouvez faire,

188 CLBDNICfi.

Choisissez-moy pour but aux traits de vos rigueurs.

Mais, s'il faut tenir cher ce qu'on a tout à soy, Me pouvez-vous blesser sans vous estre cruelle? Chacun peut vous aimer, mais non pas comme moy ; Chacun n'a pas mes yeux, bien qu'il vous trouve belle.

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