VILLANELLE
Al'ostant le fruit de ma fldelle attente, On veut, helas ! que je sois un rocher, Que je me taise et que rien je ne sente ; Mais si grand dueil, que je ne puis cacher, Fend ma poitrine et fait que je m'escrie: Il est aisé de tromper qui se flel
Je m'asseuroy, plein d'amoureuse flamme, Sur des sermens qui souvent m'ont deceu,
' Iinilé d'un sonnet italien qui commence par cette stroplie :
Gome fido animal, ch' al suo signoro Venut' è in odio, ora si fugge, or riede, B sebben fero grido o verga el fiede.
Non Yorria uscir del doice al))ergo fuofe.
Mais quels serments peut jurer une femme Helas! trop tard pour mon bien je l'ay sceu ! 0 que mon cœur est pressé de furie !
II est aisé détromper qui se Ûe.
Si tu te plains, ame volage et fainte, Du chaud despit mon courroux irritant, Lasl contre toy j'ay bien plus juste plainte l Tu fais le mal et je le vay sentant.
Oest tout le finùt d^ t' avoir bien servie ; Il est aisé de tromper qui se fie.
Jamais ton nom en mes vers ne se lise, Afin qu'au moins on ne puisse avérer Qui fut l'esprit si remply de feintise: Je t'aimoy trop pour te déshonorer. En ma douleur il suffit que je die :
U est aisé de tromper qui se fie.
Rens moy mon cœur, desloyale inaislreb^c, Ce n*e8t raison que tu l'ayes à toy ; Pour sa bonté trop grande est ta finesse, Il est fidelle et tu n'as pomt de foy. Assez tu as sa franchise asservie :
H est aisé de tromper qui se fie !
Heureux amant, goustant la jouyssanco Du fruit que j'ay tant de fois savouré, Sermens, soupirs, faveurs en abondance, De son amour ne te rende asseuré.
A tels appas elle arresta ma vie; J'en fus ti'ompé, jamais je ne m'y fie.
Non, je ne me plains pas de l'avoir adorée, Ny que pour l'estimer j'aye tout mespri&é; Je me plains seulement que mon cœur peu rusé Ait creu fonder en elle une amour asseurûe.
Ahl maudite espérance à mon mal conjurée, Tu m'as bien celte fois traistrement abusé. Quand après tant de peine en l'aimant endurée, Un nouveau sans mérite est plus favorisé !
J'ay trouvé la fontaine, on m'en oste l'usage ; J'ay cultivé la plante, un autre a le fruitage ; On reçoit le pay'ment du tans que j'ay servy.
Destin malencontreux des amans misérables ! Que sert d'avoir Neptune et les vens favorables, Si le bien dans le port d'un corsaire est ravy?
DlVEilSES AMCLUS. 597
ClIANSaN
Quand vous aurez un cœur plein d'anioui- et de foy, Pur, entier et constant, pour m'offrir en eschange De celuy si loyal que vous avez de moy, Ne vous desfiez point qu^aulie part je me range.
Nais, tandis qu'en m'aimant ou feignant de m'aimcr, Je vous yerray voiler pour tant d'amours nouvelles, N'espérez, s'il vous plaist, de pouvoir m'enfermer, Car comme vostre esprit le mien aura des «oiles.
Je ne suis point de ceux qu'en doute il faut tenir, Afin que leur ardeur dm*e en sa violance; La seule affection peut mon feu maintenir. Qui s'esteint auisi^tost que j'entre en mesfiance.
J'aime mieux peu de bien l'ayant en seurelc, Qu*un plus riche thresor presl à faire naufrage; J'aime mieux m'asseurer d'une moindre beauté. Que d'une autre jouyr plus belle et plus volage.
Vostre bouclie et vos yeux, riches de mille appas, Méritent bien qu'on meure eu leur obéissance, liais vostre esprit léger ne le mérite pas; A ce que l'un contraint, l'autre nous en dispanse.
Amour est un désir de jouyr et d'avoir Pour soy tant seulement l'objet qui beau nous semble. Jamais de compagnon il ne veut recevoir : Cupidon ne saui'oit lier trois cœurs ensemble.-
Ne vousestonnez donc que si soudainement, Connoissant vostre humeur, autre part je me jette * C'est que je veux baslir sur meilleur fondement. Afin que mon amour au vent ne soit sujette.