‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 99 sur 155 · POUR LUY MESME ESTANT KN POLOGNE · texte numérisé non relu

POUR LUY MESME ESTANT KN POLOGNE

De pleurs en pleurs, de complainte en complainte. Je passe, helas! mes languissantes nuits. Sans m'alleger d'un seul de ces ennuis, Dont loing de vous ma vie est si contrainte.

Bdle princesse, ardeur de mon courage, Mon cher désir, fpa paine et mon tourment, Que mon destin» las! trop spudainement Par vostre absence a changé de visage.

0 tans heureux, quand le ciel favorable Me faisoit voir vos divines beautez !

0 doux propos ! 6 biens si peu goustez ( Un si grand heur n'a guère esté durable.

4ti DIVERSES AMOURS.

Gomme la rose à Tespine est proclraine, Comme le jour par la nuit est ravy, Gomme l'espoir de la peur est suivi, L'humain repos est yoisin de la paine.

Le dieu volant, qui pour moy n'a point d*aileK, Tant de faveurs m'avoit fait recevoir, Non pour mon bien, mais pour me taire voir Qu'il garde aux grands les douleurs plus cruelles.

Que j'avoy d'heur, vivant en sa presance t Que j'ay d'ennuy, m'en trouvant égaré!

Lequel des deux est plus démesuré, Le bien de voir ou le mal de l'absaoee?

Je n'en sçay rien; le dueil qui me commande De jugement trop fort me va privant; Mais je sçay bien, et sens en l'esprouvant, Qu'il ne peut estre une angoisse plus grande.

Helas ! pourquoy le mal qu'Amour me donne ' Ne flnist-il comme a fait mon plaisir? Que ne s'esteint mon violant désir, Lors que l'espoir de tout point m'abandonne?

Je m'esbahy qu'estant loin de Marie Mon feu crael ne cesse aucunement, Si toute flamme a besoin d'aliment, Et si la mienne en ses yeux fut nourrie.

Je m'esbahy comme je puis tant vivre Sans mon esprit, dont je suis séparé; Je m'esbahy comme j'ay tant duré En ces tourmens qu'une absence me livre.

Je n'ay penser qui n'outrage mon ame, Je ne voy rien qui ne soit déplaisant ; Le bien perdu me va tyrannisant, I^e souvenir de cent pointes m'entame.

Fier souvenir, importune mémoire, Pour mon repos veuillez un peu cesser, « Ne faites plus passer et repasser Par mon esprit les beaux jours de sa gloire.

0 douces nuits! ô gracieuses veilles, De cent plaisirs ma vie entretenant !

0 jours si cours, las! si longs maintenant! 0 ehauds regards! à beautés nompareilles !

Si pour jamais une terre inconnue Me doit cacher ses thresors précieux.

De grâce, Amour, aveugle-moy les yeux : Pour autre objet je n'aime pas ma veuê.

Ali ! pauvre moy I pendant que je sonpire, Toute espérance en mes larmes noyant,

DIVERSES AMOURS. Ai%

Quelqu'un peùt-estre, à son gré la voyant, Feint Tamourcux et plaint un faux martii-<>.

Quiconque sois, mets fin à ta poursuite, Et rébonnois que c'est trop présumer ; 11 n'appartient qu'à moy seul de l'aimer. Toute autre amour pour elle est trop petite.

Et vous, déesse, heureux feu de ma vie, S'il est ainsi que vostre grand' beauté K'ait rien d'égal que ma fidélité»

Ne permettez d'une autre estre servie.

STANCES

Amour guide ma plume et me donne l'adresse, Pour vivement pourtraire une jeune déesse, Qui prend les deïtez aux filés de ses yeux. Qui rend les plus hautains sous son obeïssan(^e, Estallant icy-bas par sa douce presance Ce qu'on voit de plus rare au cabinet des cieux.

Angélique beauté, je sacre à la mémoire Ces vers, avantureux courriers dç vostre gloire, Qui n'atteindront pourtant au ciel de voslre honneur; Pour aspirer si haut ma. force est trop petite. Je sçay mou impuissance et vostre heureux mérite, Et sçay qu'il vous faudroit un plus divin sonneur.

Que le grand œil du ciel, quand il fait sa carrière, S'arreste à contempler et devant et derrière. En terre, au firmament, d'un et d'autre costé, Il dira qu'il ne voit tant de beautés ensemble, Que tout le plus parfait en vous seule s'assemble, Et mesme que vos yeux font honte à sa clarté.

Geluy qui délibère et qui ferme s'obstine Pe ne loger jamais l'Amour en sa poitrine. Qu'il s'espreuve à vos yeux seulement une fois, Puis qu'il restive après, s'il en a la puissance, Faisant comme devant à l'Amour résistance, Et ne reconnoissant son empire et ses loix !

Vous avez pour compagne une grâce amiable, La chasteté vous suit doucement vénérable, Et pourvoit que l'Amour ne vous fait soupirer; L'attrayante rigueur, la grave courtoisie. Les beautez, les vertus, tontes vous ont choisie Et se font icy-bas en vous seule adorer.

En ces tans si troublez, qui voit vos yeux reluire, Il peut dire qu'il voit, quand le jour se retire, La lune qui rayonne et fend l'air obscurcy;

Ou qu'il voit du soleil la lumière enllammée, Quand il veut commencer sa course acconstumée, Et que Teau de la mer le rend plus esclaircy.

I^ printans, gracieux mignon de la nature, Ne nous estalle point tant de riche peinture, Tant de roses, d*œillets et de lys blanchissans. Gomme vos doux regards font naistre de fleurettes. D'agréables désirs, de douces amourettes, Et de hautains pensers qui nous font languissons.

Telle qu'on voit Diane avec sa chaste suite. Quand aux cerfs plus légers elle donne la fuite, Ayant l'arc dans le poing et la trousse au costé; Bien qu'elle ait à l'entour mille et mille pucelles. Elle apparoist tousjours sur toutes les plus belles, Et leurs perfections font lustre à sa beauté.

Tout ainsi l'on vous voit à la cour apparoistre, Et parmy les beautez vostre beauté s'accroistre. Et rien qu'on puisse voir ne vous peut égaler; Vos propos gracieux doutent le plus sauvage. Et vostre poil doré, c'est le plaisant feuillage Où les petits amours apprennent à voler.

Les hauts monts de Savoye, où vous printes naissance. De vos fleres beautez donnent bien connoissance ; Ils sont toujours remplis de neige et de froideur, Devant vostre blancheur toute neige s' efface ; Mais, helas! vostre cceur est tout serré de glace. Et si de vostre flroid vous causez une ardeur.

Quand j'admire estoniié tant de grâces parfaites, Dont vous rendez si bien nos franchises sujettes, J'estime Amour heureux d'avoir les yeux bandez. Car, s'il avoit la veuë, il ne se pourroit faire Que de tant de beautez, libre, il se peust distraire. Et se prejidroit luy-mesme aux laqs que vous tendez.

Mais je m'amuse trop; car, voulant entreprendre De pouvoir par mes v^s vos vertus faire entendre, J'entreprends de conter les estoiles des cieux, Les feuilles que l'hyver fait tomber du bocc^ge, Et les flots de la mer au tans d'un grand orage, Et d'Amour les dédains et les jeux gracieux.

PLAINTE

POUR UKK DAMB

Ma foy mal reconnue, Amour et la fortune Font que le ciel cruel de regrets j'importune ;

Ma foy me rend trop ferme aux assauts du malheur, Et ne n)c veut souffrir d'aJIeger ma douleur, Kncor que justement je le peusse bien faire, Puis qu'à mon plus graitd heur elle est toute contraire.

Amour, d'autre Gosté, sans égard à ma foy, Foule aux pieds ma franchise et triompho de moy. Laissant vive en mon a me une immortelle braise; Kt ma foy toutesfoia ne veut que je Tappaiset Mais plutost que je meure, et qu'en cette verdeur Mon cœur serve d'hostie à l'amoureuse ardeur.

Et la fortune enoor» sans raison mutinée, Rends, las! plus que ces deux ma vie infortunée ; Car c'est par sa rigueur que je me vois priver Des fleurs de mon printans par un fâcheux hyver. Las ! c'est par sa rigueur que je languy captive, Kt-roe voy jeune et belle enterrer toute vive.

0 cieux fiers et cruels ! ay-je donc mérité, Durant mes plus beaux jours, telle captivité? Que n'avez-vous plustost, si j'avoy fait offenee, Mis en poudre mon cœur pour plus douce vengeance? HeliMSl que j'eusse eu d'heur, si le cruel flambeau Qui brûloit à ma nopce east orné mon tombeau, Finissant tant de morts, dont il faut que je meure ! Toutesfois en soufflrant cet espoir me demeure Que la mort, que j'attens, m'ouvrira quelque jour Les prisons de la Foy, de Fortune et d'Amour.

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