‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 100 sur 163 · R0D0H04IT · texte numérisé non relu

R0D0H04IT

L'aulrc adiniiA ses bras, qui paroissent si forts; L'autre admire, effroyé, la grandeur de son corps; Et Hicsme, en le voyant, ils font doute de croire Qu'il soit mort et qu'un homme en «lit eu la victoire*.

Cliarles, qui veut sacrer à Timmortalité Ce haut fait de lloger par son sang acheté. Fait desarmer le corps des armes redoutées, Qui sont, comme un trophée, au phis beau lieu plantées De Paris la peuplée, afin qu'à l'avenir Les François estoimez s'en peussent souvenir. La grand' masse de chair jà relante et pourrie Est traisnée A grand force et mise à la voirie, Pasture des corbeaux de tous les prochains lieux, Qui font en croassant maint repas de ses yeux.

L*ame de Rodomont en blasphémant arrive Au fleuve d'Acheron, et voit dessus la rive Mille images i.mbreux, attendaus sur le bord Le nautonier Garun pour les conduire au port. Caron le nautonier est dessus la rivière, Conduisanl les esprits que la Parque meurtrière A despouillé des cxjrp» ; le nombre est si espaik. Que sa vieille uasscUe en gémit sous le faix.

L'ombre du lier payen, qui n'a loisir d'attendre Que le palton d'enfer retourne pour la prendre, * S'efforce do passer, despitant, maudissant, Le ciel et les enfers sans repos menaçant. Caron le voit venir, qui s'allume de rage De ce qu'il le privoit des droits de son péage, Et vient pour l'empescher, la rame dans la main, Tout prêt à le charger s'il ne s'enfuit soudain. L'esprit audacieux sa force a mesprisée, El luy dit en jetant une amere risée : « Si les ombres d'enfer ne sont aulre que toy, ie veux que tout l'enfer obeysse à ma loy; Je le veux, je le puis, ma force est asses grande Pour me faire seigneur de l'infernale bande. Pource fuy-t'en d'icy, vieillard, va le cacher; Je veux pourvoir l'enfer d'un plus brave nocher. »

Caron, qui veut douter sa folle outrecuidance, Tenant la rame au poing, tout rechiné s'avance. Pensant le renverser au plus profond de l'eau. Mais l'esprit se recule à costé du bateau, Puis d'extrême vitesse il saute en la nasselle, Qui de la pesanUur de son costé chancelle, Prend Caron par la barbe et le crin blanchissant. L'enfer de ses hauts cris est tout retentissant,

3ii RODOMONT.

Fit se débat si fort, que la barque froissée Laisse au milieu de l'eau sa charge renversée. I^es mânes font un bruit, et Garon par ses cris Reclame à son secours Pluton et ses esprits L'ombre du roy deffunt, hautaine et généreuse. Court à sa volonté dedans l'eau ténébreuse, Entraînant les esprits, la barque et le nocher, Et tasche tant qu'il peut de la rive approcher, Pour entrer par surprise en la maison ardente.

Hais Pluton cependant tempeste et se tourmente, Ne sçait qu'il doive faire, aûn de résister A ce fier ennemy, qui le veut débouter Du royaume drs morts, qu'il eut poiu* son partage, Quand trois du monde entier partirent l'héritage ; Kt craint que Jupiter le veuille déloger. Pour avecques le ciel son empire ranger.

Proserpine, qui sent une pareille crainte, Dresse contre le ciel son amere complainte, Puis d'une voix cassée esperdument criant, Avec ces mots plaintifs les esprits va priant :

« 0 vagabonds esprits! 6 malheureuses âmes! (.)ui briMez dnns la glace et gelez dans les fiâmes ! Vods qui ne sentez point en ces lieux malheureux IN> tourment si cruel que le mal amoureux ! Kncor que la pitié n'ait point icy de place, Résistez par pitié contre cil qui pourchasse De m'oster la couronne et se faire empereur De ces lieux pleins d'effroy, de silence et d'hon'eur. Opposez vostre force à la sienne cruelle, Et soyez animez par ma juste querelle.

Si vous me secourez en cette extrémité, Par le fleuve de Styx, par cette obscurité, Par le fuzeau.des Sœurs, par leurs trames fatales. Et par les crins retors des fureurs infernales. Je jure et vous promets de si bien m'employer, Que vos dames un jour, pour leur juste loyer, ' Viendront en ces bas lieux et sentiront la paiiie Que mérite A bon droit toute dame inhumaine.

« Et vous, foihles esprits, qui sentez seulement (Francs des flames d'Amour) l'ordinaire tourment Qu'on endure aux enfers pour quelque erreur roninÙM*. Si vous me secourez, je vous mets en franchise ; Je veux qu'on vous délivre, et que, sans endurer. Vous puissiez icy bas pour plaisir demeurer,

l'on peut icy bas quelque plaisir attendre, Fl si quelque soûlas aux enfers se peut prendre. ■

RO]>OMONT. 34r.

Ainbi dit l*roserpine, et les esprits linius Au plus profond d'Avemé en bruyant i^oiil vmius l\»uder à l'entour d'elle, esineus de sa promesse, Et veulent sans delay raonstrer leur hardiesse.

Agrican le premier, brave, s'est présenté, A^raraant vient après, et l'esprit retioulé Du vaillant Mandricard, qui brûle de combattre, Ll veut de Rodomont l'outrecuidance abattre.

i.e ciel tout courroucé de leurs si longs debal«^, Pour les faire cesser courbe le sein en bas. N'anime de fureur, et de sa dexlre armée iHîlasche la tempeste et la foudre allumée. On n'oit rien qu'un tonnerre esclatant et bruyant. ihx ne voit rien qu'esclairs sifllans en tournoyant; Kt tombent coup sur coup7 comme (lèches pendenlt^'*, Du ciel dans les enfers de grand's flammes ardente^.

I.a terre, qui s'estonne en ces extremitez, D'tmyr l'enfer qui tremble et les deux irrite/ Hruire, esclairer, tonner, pense toute crainlive Une c'est la fin du ciel et d'enfer qui arrive; Tout ce qui est eu haut, en bas, de tous coslez, Uf'stes, hommes, démons, sont tous espou vantez.

L'ombre de Rodomont, de son corps séparer. Kst seule en cet elTruy qui demeure asscurée, ^ii\\ menace le ciel, l'air et les élemens, Kn despilant l'enfer et tous ses tremhlemens; S'elle trouvoit la mort, comme elle a bien envie, Elle la contraindroitde luy nmdre sa vie, Lt veut, malgré Plu ton et les mânes ombreux, Establir son empire aux enfers ténébreux, ('hacun fuit au devant, quelque part qu'il s'avance, Et luy, qui continue en sa fiere arrogance, Saute dessus le pont, et is'en fait possctsseui', Car de crainte surpris le chien engloutisseui-, Et les tristes Fureurs, de sang entretachées, S'esloient au fond d'Averne honteusement cachées.

l*luton à cette fois ne sçait que devenir, Et pense voir encor Hercule revenir Avec ses compagnons pour ravir Proserpine, ih-j^sez du feu d'Amour ardaut en leur poitrine ; 11 bruit, il se tourmente et, de fureur ottaint, Maudissant sa fortune, il sanglote et se plaint.

Les esprits stigieux sont émeus de liesse, Voyant leur fier tyran en peine et en destresse; Mais luy, qui voit sa perte et n'a point de repos. Les invoque à son ayde et leur dit ces propos :

ÔI6 ftUD0»ONT.

k! chers citoyens de ces lieux elfi*oyables, Maintenant au besoin sotei-inoy secouraMes; Et si n*avei pitié de mes gemissftnens, IVenex au moins pitié de vos cruels tonrmens. Car qui s'opposera brare à ce téméraire, Je le rens délivré de tonte sa misère, Du gel, du feu, du Ter et des maux rigoureux* Que Minos fait sonfflrir aux esprits malheureux ; El sera le premier auprès de ma personne, (knnme tenant de luy mon sceptre et ma coui-onn^. A ces mots de Pluton, on voit de toutes parts Nortii- du creux manoir les plus bra\-es suldartii, reux qui durant leur vie avoient troublé la teiTe, Cerveaux ambitieux, par une injuste guerre; Les tyrans convoiteux, les meurtriers inhumains, «lui du sang innocent avoient souillé leurs mains; l-es traistres, les mutins, les semeurs de quei-elirs, l.es esprits en\ieux, les amis peu fldelles, lieux qui avoient le droit par argent violé, Ou vendu lâchement leur pays désolé.

Chacun à qui mieux mieux veut monsU^er son couragr, Mais Pluton les renvoyé et leur tient ce langage :

• Non, ce n'est point en vous qu'il me ftiut es|icrri , Esprits foi blés et vains, allez-vous retirer : Il faut qu'un chef vaillant, un conducteur d'année, L'n qui ait en cent lietrx planté sa renommée Par le glaive trenchant, et qui. d'un brave cffurl, Aux guerriers plus fameux ail ftiit trouver la mori, Courageux et vaillant s'arme pour ma delfense. Et contre ce hautain esprouve sa puissance. •

L'esprit du roi Gradasse, entendant tout cecy ; « Cesse, dit-il, Plu! on, de te mettre en soucy ; Car puis qu'un chef vaillant, un conductetir d'annéi'. tn qui ait par le fer planté sa renommée, Un qui ait fait trembler les plus braves gueniei-s, L'n qui soit couronné de cent mille lauriei^, Se doit armer pour toy, c'est moy qui le doy faire, T'aidant contre le ciel, si le ciel t'est contraire.

« .Au seul bruit de mon nom qui voile en mille lieux, J'ay remply de frayeur les plus audacieux, J'ay rendu par mon bras l'Espagne surmonti'-e, J'ay fait tiTinbler de peur la France es)»ouvantée, Et suis venu à bout de deux vœux que j'ay faits, (,hii eussent peu courber le dieu Mars sous le faix. Pour les premiers essais de ma verde jeunesse. Fuyant les voinptez et la molle richesse,

liODouoiiT. r>n

Feste des grands seii;nëun>,d'uii ttuur bouillant et chaud, Je fey vœu de coinbattr-e et Boland et Renaud ; J'eu le cheval de l'un» de l'autre j'eu l'espée» An sang des ennemis à toute heure trempée. » ^L'esprit audacieux ne cessoit de conter Sans le fier Vandricard, qui ne peut supporter Sa parole orgueilleuse, ains tout plein de furip, L'œilladant de travers, horriblement s'escrie :

« Cet effroy des humains, ce guerrier si vaillant Kschauffé d'un beau sang et d'un cœur si liouillatil, Ne s'est peu garantir avec tant de puissance^ Qu'il n'ait esté captif sous mon obeyssance. Astolfe, qui n'est point de ces grands chevaliers Qu'on renomme pour estre au combat des premiers, D'une lance 4orée, inutile à la guerre, Luy fit perdre la selle, estendu contre ten*e. Et encor 11 se vante et, pour mieux s'avancer, 11 menace les deux et nous reut devancer, Nous dont la renommée en tous lieux espandur, immortelle et durable à bon droit s'est rendue. »

Gradasse est tout émeu d'un courroux véhément, £t le veut démentir; mais l'esprit d'Agramant Le devance à parler en voix terrible et forte, Et, regardant Pluton, commence en cette sorte :

« Pourquoy font-ils débat d'un droit qui m'appartient? Car, puisque cet honneur par les armes nous vient, Chi ne me le sçauroit justement contredire; J'ay veu trente-deux rois vassaux de mon empire, • J'ay eu plus de soldats à mon commandement Qu'on ne voit de flambeaux la nuict au firmament; J'ay fait planer les monts, j'ay tari les rivières Par le nombre infiny de mes troupes guerrières; J'ay fait de sang humain les plaines ondoyer, Et la mort nuit et jour par les champs tournoyer.

« Pluton, tu le sçais bien, là mémoire est récente, Combien par ma valeur d'esprits ont fait descente Dans ces lieux ténébreux; Caron le sçait assez. Qui de les tragetter eut les membres lassez. Mais afin qu'à mon droit rien plus ils ne prétendent, Monstre-nous le journal des ombres qui descendent Avant terme aux enfei^; on connoistra comment J'ay plus accreu ton règne en deux jours seulement Qu'eux en toute leur vie, et que ma dextre armée A peuplé de subjets ta grand' salle enfumée. »

Ainsi ces trois esprits de propos combatoyeut. Kt pour gagner l'honneur leui-s gestes racontoient;

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