LIVRE I. tÙ
Ceux qui sont altérés d'honneurs ou de richesse, Importuns feront presse à la suite du roy; Les biens et la grandeur que je brigue pour nioy, C'est de finir ma vie en servant ma maistresse.
Tout ce qui vit au monde, aux destins se rangcanl, Est serf de la fortune ou serf de son argent, La peur le tyrannise, ou quelque autre manie : .
C'est une loy forcée. Or quelle autre prison Pouvoit plus dignement captiver ma raison Qu'une jeune déesse en beautés infinie?
Doncques sera-t-il vray que i'ennuy qui me ronge, A l'envy de ma foy vive éternellement, Et que mon feu cruel s'embrase mesmement Dans la mer des pensers où mon ame se plonge?
Me *payra-t'on toujours d'une vaine mensonge? Bastiray-je tousjours sans aucun fondement? Seray-je tousjours vu, pour aimer ardamment, Discourir à part moy comme un homme qui songe?
Ne sentiray-je plus au dedans de mon cœur Qu'un débat obstiné d'espérance et de peur, Qui, chacune à son tour, s'entre-donnent la chasse?
Helasl je croy que non; car que puis-je espérer, Si je voy ton secours de moy se retirer, Estans mes ennemis les maistres de la place?
Puis-je pas à bon droit me nommer misérable. Et maudire l'aspect sous lequel je fus né, A tant d'ennuis divers me voyant condamné, Sans que j'attende rien qui me soit favorable?
Si je suis travaillé d'un mal insupportable, Sans relâche il me presse et me suit obstiné ; Et si quelque plaisir (peu souvent) m'est donné, Il avorte en naissant et n'est jamais durable.
J*estimois que le sort, qui m'est si rigoureux. Las de sa cruauté, me voulust rendre heureux Par l'objet tant aimé de ma seule déesse;
Mais ce trait de bon heur comme un songe est passé,
Ui grec. Il passait pour triompher de loulcs 1<'S railadies !anJ que l'Iieurp fatale n'était pas sonnée. Il mourut sobilemeat, en tsV9, pendant qu'il célébrait avec ses parents et se)t amis le jour annirersaire de sa naissance.
Apprenant à mon cœur, en ténèbres laissé, Qu'après un peu de joye on sent mieux la tristesse.
S'il est vray que le ciel ait sa course étemelle, Que l'air soit inconstant, la mer sans fermeté, Que la terre en hyver ne ressemble à l'esté. Et que pour varier la nature soit belle ;
S'il «st vray que l'esprit, d'origine immortelle, Cherchant tousjours d'apprendre, aime la nouveauté. Et si raesme le corps, pour durer en santé. Change, avec les saisons, de demeure nouvelle,
D'où vient qu'estant forcé, par la rigueur des cieux, A changer, non de cœur, mais de terre et de lieux, Je ne guarisse point de ma vive pointure?
D'où vient que tout me fasche et me desplaise tant? Helas! c'est que je suis seul au monde constant, * Et que le changement est contre ma nature.
CHAKSON
lielas ! tyran plein de rigueur, Modère un peu ta violence !
Que te sert si folle despence?
C'est trop de flames pour un cœur.
Espargnes-en quelque estincellc Et la garde, afin d'émouvoir La flere qui ne veut point voir En quel feu je brûle pour elle.
Exécute, Amour, ce dessein, Et rabaisse un peu son audace :
Son cœur ne doit cstre de glace.
Bien qu'elle ait de neige le st^n
Or' que bien Ipin de vous je languys soucieux, Fuyant tout entretien, je pense à mon martire, Et ne sçauroy rien voir, quelque part que je tire, Qui ne blesse aussi-tost mon esprit par mes yeux.
Quand je voy ces hauts monts qui voisinent les cieux, Je pense à la grandeur du bien que je désire. Et pense, oyant les vents en leur caverqe bruire. Que ce soient de mon c^ur les soupirs furieux.
Quand je voy des rochera les sources distilantes,