‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 42 sur 163 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

0 mort! tu pers ton tans de me pourswUTe ainsy, Me tenant misérable en fièvre continué, Oui trouble mon cerveau, comme la mer esmenê, Battant de cent bouillons un rocher endurcy.

Je n'ai plus de couleur, mon œil est tout noircy. Ma langue, ardant sans cesse, est sèche devenue, Mon accez violent jamais ne diminué.

Et tu ne peux finir ma vie et mon soucy.

C'est que tes coups sont vains contre une froide lame, Sans cœur, sans mouvement, sans espnt et sans ame, Qui rebouche les traits de ta cruelle main.

Si tu veux donc, ô mort ! triortlpher de ma vie, Il faut contre ma dame adresser ta furie: Blesse mon cœur qu'elle a, je mourray tont soudain.

STANCES

Sommeil, qui, trop cruel au tans de mes amours, M'as privé si souvent des plus douces pensées, Tenant outre mon gré mes paupières pressées, Lorsque je dcsiroy pouvoir veiller tousjours.

Or' qu'une fièvre ardente en mon sang allumée Cliange en feu mes soupirs et mon cœur en fourneau. Trempe au fleuve d'oubly bien avant ton rameau, Et dlstile en mes yeux cette liqueur aimée.

De grâce, hé ! que je dorme, et que les tronblemens Qui font de mon espîlt une mer irritée. Me donnent quelque trêve; ainsi ta Pasithée Paye cette faveur de mille embrassemens.

Heureux loirs, qut dormez la moitié de l'année, Las! qu'un somme aussi fort ne me peut-il tenir? Mais, pour plus grand repos et pour mon mal finir, Soient mes yeux pour jamais clos de la destinée.

J'estoy sans connoissance estendu dans ma couche, Sans pouls, tousjours rêvant, mortellement attaint; Mes yeux estoient cavcz, de mort estoit mon teint, Et mon. corps tout courbé comme une vieille souche.

La fièvre avoit cueilly les roses de ma bouche, Et palli le vermeil sur mon visnge peint.

i 102 DIANE.

} * 1 S amis désolez hautement m'avoient pleint,

Ne voyant si débile et mon œil si farouche. I Durant que je mourois, le rigoureux Amour,

Collé sur mon chevet, sans repos mut et jour, . Me souftloit à l'oreille et redoubloit ma flame.

«Las! Amour, laisse rooy mourir plus doucement. — Je le veux bien, dit-il; mais fay ton testament. Et dy qu'après ta mort tu me laisses ton ame. »

Cette humeur qui m'aveugle et me bande les yeux. Coulant inccasamment, pour mon bien est venue, Car je cesse de voir le bel oeil qui me tuê, Et qui rend de ma prise un enfant glorieux.

Non, ce n'est pour mon bien; mais c'est quelqu'un des Dieux, Jaloux du paradis qui bien-heuroit ma veuë. En l'objet des beautez dont vous estes pourveuê, Qui m'a donné ce mal, de mon aise envieux.

Quiconque sois des Dieux, cesse d'avoir envie Que deux si beaux soleils façent luire ma vie. Et que de leurs rayons procèdent mes chaleurs.

Helas I j'achettc assez les regards de ma dame. Qui sens pour un trait d'œil mille pointes en Tame, Et pour un court plaisir tant de longues douleurs.

LU

Quel supplice infernal, quelle extrême souffrance, Peut approcher du mal dont je suis tourmenté i 0 rigoureux Amour I si je t'ay despité. Tu te monstres trop aigre à punir mon offance.

J'avois esté six mois, pleurant pour une absence, Languissant, désolé, couvert d'obsc^ité, Vivant du seul espoir de revoir la clarté, Qui (ait fleurir mes jours par sa douce influence.

Amans, jugez ma peine : or' qu'elle est de retour, Il faut près de ses yeux, pour couvrir mon amour. 'Vie, sans la regarder, je tourne ailleurs la veuê.

Helas ! je suis réduit jusqu'à si piteux point, Qu'afin que mon amour à tous soit inconnue Je feins tant, qu'elle croit que je ne l'aime point.

LUI

Dieu des hommes perdus, sera-ce jamais (kit? 5W»my-je tousjours butte aux douleurs incurables?

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