‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 70 sur 163 · LIVRE I. SS · texte numérisé non relu

LIVRE I. SS

Et combien mon ardeur, dans le ciel allamér,

Bi*ûloit plus doucement que ta vaine fumée.

Car, comme tous ensemble avez fiit le péché,

Sur tous de ma fureur le trait sera lasché.

Vous, hommes, les premiers, qui n'avez voulu suivre

Le doux train des plaisirs où je vous faisois vivre,

Qui vous estes lassez de la simplicitt^,

Qui pensez par le change acquérir liberté,

Pour les simples bontez qu'avez tant mesprisées,

Vous aurez désormais des maistresses rusées.

Au cœur dissimulé, sans foy, sans amitié,

A qui le mieux aimant fera moins de pitié.

Et dont tout l'artiflce et la plus belle gloire

Sera de vous surprendre et vous en faire accroire.

Leurs regards, leurs souscris, leurs gestes, leurs propos #

Seront tous façonnez contre vostre repos;

Ores vous retenant, si l'espoir vous emporte,

Ores vous donnant cœur, si la crainte est trop forte,

Puis de nouveaux soucis vos esprits martelant,

Et tousjours aux glaçons la flamme entremeslant,

L'absynthe avec le miel, la joye à la tristesse,

Et parmy les attraits une grande rudesse;

Alin que vostre esprit, par la diversité

Confus et chancelant, soit tousjours agité.

Combien lors, forçcnez, aurez- vous de martire?

Combien de foux propos alors sçaurez-voiis dire?

Combien de juremens de ne plus les revoir,

Qui n'auront toutésfois un moment de pouvoir?

Car il ne faudra rien qu'une larme contrainte,

Un regard pitoyable, une parole fainte,

Pour plus fort vous reprendre, et croire fermement

Ce que vous aurez veu n'estre qu'enchantement.

Lors pour plus me venger je changeray mes floches,

Mon carquois et mon arc, et feray mille brèches

Diverses en vos cœurs, et non comme autresfois,

Quand vous reconnoissiez mon empire et mes loix.

« Gesluy celle aimera qui ne sera point belle, Et 1 autre celle-là qui fera la rebelle Sous le voile d'honneur, et ne doutera pas < b'en tenir toute nuict un autre entre ses bras, Tandis que le chetif dans son ame piquée Adorera Lamie en Lucrèce masquée. .

L'autre à bon droit craintif, l'inconstance doutant, Bien qu'il soit jouyssant, ne sera pas contant ;

' Se craindra pas.

rJi ELEGIES.

L'autre sera prodigue afin qu'on le guerdonne, Et ne connoistra pas que celuy qui plus donne En doit avoir le moins, afin qu'en espérant Pour parvenir au but, on ait le demeurant; Bref, je vous feray voir si l'homme est misérable, Qui vit dessous le joug de la femme muable, Afin que souffriez ce qu'avez mérité, Pour avoir un grand dieu folement despité.

« Et vous, dames, et vous, qui n'avez tenu conte De la force d'un dieu qui tous les dieux surmonte, C'est à vous que j'en veux, pour vous faire sentir Si de se prendre à moy l'on se doit repentir; C'est à vous que j'en veux, qui avez préférée A la sainte amitié la richesse dorée, « Le vice à la vertu, l'ignorance au sçavoir, Et Torde convoitise au fldelle devoir, Et n'avez estimée estre chose vilaine Du revenu du lict accroistre son domaine. Vous ne jouyrez plus du doux contentement. Qui provient de l'amour qu'on sent également; Vous aimerez les grands à cause des richesses. Et les grands, comme vous, sçauront mille finesses Pour vous amadouer; car, en tous leurs discours. De constance et de foy vous parleront tousjoura, Pour parvenir au but où l'amoureux aspire, Puis, leur désir finy, ne s'en feront que rire. Changeront de pensée et vous délaisseront. Et par mesmes appas autres pourchasseront, Pour monstrer leur adresse, et pour avoir la gloire De triompher sur vous d'une pauvre victoire.

« Tout ainsi que l'on voit le chasseur qui poursuit Ardant, impatient, le lièvre qui s'enfuit. Ores sur la montagne, or' à travers la plaine. Et pour bien peu de chose il prend beaucoup de paine, Car la chasse luy plaist, et le plaisir qu'il prend. Mille et mille fois plus que ce qu'il en attend.

« Ainsi seront les grands en l'amoureuse chasse. Qui n'espargneront rien pour gaigner vostre grâce. Soupirs, pleurs, ni sermens, puis, dés qu'ils vous tiendront, A quelque autre beauté leurs filets ils tendront.

« Vous alors, qui verrez leur foy dissimulée, Et leur amitié sainte au vent s'en estre allée. Bien que mon feu divin vostre cœur n'ait espoint, Et que de vraye amour au dedans n'ayez point. Vous aurez de despit l'ame toute embrasée, Voyant vostre beauté si soudain mesprisée.

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