LIVRE SECOND
KLt(;it I
Que scrviroil nier diuse si reconnue?
Je l'advouë, il est vray, mon amour diminue, Non pour objet nouveau qui me donne la loy, Nais c'est que vos façons sont trop froides pour moy. Vous avez trop d'égard, de conseil, de sagesse; .Mon humeur n'est pas propre à si tiède maistresse. Je suis impatient, aveugle et furieux.
Pour aimei* comme moy trop clairs sont vos beaux yeux. Toute chose yous trouble et vous rend espeixlué, Une vaine rumeur sans sujet espanduê.
Le l'égard d'un passant, le caquet d'un voisin^ Quelque parent de loin, un beau frère, un cousin, De mille estonnemens laissent vostre ame attainte. Vos femmes seulement vous font pallir de crainte;
i92 ELEGIES.
Et quand de mes travaux j'attens quelque oyer, Le lans en ces frayeurs se voit tout employer.
D'une lléche trop mousse Amour vous a blessée. Il faut à mes fureurs quelque amante insensée, Qui, mourant chacun jour, me livre cent trespas. Qui m'oste la raison, le somme et le repas, Qui craigne de me perdre et qui me fasse craindre, Qui tousjoura se complaigne ou qui m'escouste plaindre, Qui se jette aux dangers et qui m'y jette aussi, Qui transisse en Tabsence et que j'en sois ainsi, Qui m'occupe du tout et que je la retienne, ¥A qu'un mesme penser nostre esprit entretienne; Voilà les passetans que je cherche en aimant. J'aime mieux n'aimer point que d'aimer tièdement. L'extrémité meplaist. Desirez-vous que j'aime? Soyez en vos ardeurs comme en beautés extrême, Perdez tous ces respects qui nous ont abusez. Aveuglons les jaloux, trompons les plus rusez. Kl courons les hazards. La princesse d*Eryce, Amoureuse de Mars, aux hardis est propice. Et l'esprit que la peur devant fust tenaillant, Pèâ qu'il sent son ardeur devient chaud et vaillant.
Celle mère d'Amour, que tout estre révère, Apprend la simple fille à tromper une mère, Luc laute, une garde, et doucement la nuit Se couler d'auprès d'elle, aller sans faire bruit, A taslons, à la porte et, sous l'obscur silence. Ouvrir à son amant, qui boult d'impatience ; Aux gestes et aux yeux elle apprend à parler. Et par chiffre inconnu son secret déceler ; Elle fait que la femme et jeune, et peu rusée. Le soin d'un vieil jaloux convertist en risée, El que le cœur loyal, d'amour bien embrasé, Ke trouve jamais rien qui luy soit mal-aisé. Mais il faut que son trait profondement le touche. Vdi n'tïst pas pour tous ceux qui l'amour ont en bouclir, • Que la coustuine ou l'art fait paroistre angoisseux, Uu qu'une humeur pesante a rendus paresseux ; Seulement ces amans l'esprouvent favorable. Qui nourrissent au cœur un ulcère incurable. Qui bien loin ont chassé tout discours de raison. Et qu'un sage respect n'enf«»'me en la maison. Nais comme la fureur à clos yeux les transporte, Passeut c«nt et cent fois par devant une porte, lUhIrnt toute la uuict, sans profit bien souvent, Kl ne craignent voleui's, froid, orage, uy vent.