LIVRE I. 2(r
Voyant en tant de lieux ses champs ens3ni,'lanlez
Du sang de ses enfans meurtris de tous costez,
Voyant estinceler tant de luisantes armes,
Les deu\ camps opposez, tant d'assauts, tant d'alarme-.
Voyant mes compagnons mourir devant mes yeux,
Esmaillans de leur sans un tombeau plorieux,
J'attendoy d'heure en heuic une mort asseuréc,
tl voir de mille coups ma poitrine honort*e;
J'attendoy la prison et les autres hazars.
Ordinaires loyers des serviteurs de Mars;
Mais le ciel rigoureux me réserva la vie.
Pour estre à mille morts lentement asservie,
Et me garda, cruel, d'une captivité,
Afin qu'après je fusse à jamais an esté.
11 me retira sauf de la civile fiame, four me faire mourir par les yeux d'une dame, l'un feu qu'on ne voit point en l'air estinceler, Car, helas! je le couvre et me laisse brûler! Je recelle mon mal sous une fainlejoyc. Et cache ma blessure afin qu'on ne la voye.
Ce m'eust esté grand' heur de tomber renvti.sr, Sanglant, entre les morfs, ayant le cœur per<;ê! J'eusse avec ce trespas tant de peine évitée, Et quelqu'un le sçachant eust ma mort regrettée, (hi mourant maintenant personne ne me plaint, Car nul ne sçait le mal duquel je suis attaint. Sinon vous homicide et guerrière inhumaine. Oui vous resjouyssez de m'avoir mis en paiue Vous riez de mes pleurs, de ma mort vous vivez, Et de mon sang troublé vos rigueurs abruvez.
Encor si paravant je vous eusse offençée, Et que vous, à bon droit contre moy courroucée, N'eussiez pour chastiment à la mort condamné, Blessé de mille traits, durement enchaisné, Parmy tant de douleurs je prendroy patience, Au lieu de vous blasmer accusant mon olfence. Mais sans avoir failly, contre toute raison. Tour vous donn.îr plaisir me ten'z en prijon; El pour voir si vos yeux pourront brûler une ame. Vous me faites mourir en l'amoureuse flame. Las ! vous deviez ailleurs voslre force essayer. Et sur vos serviteurs vos regards n'employer.
Si je duroy mille ans en vostre obéissance, Je garderoy tousjours vive la souvenance Du tans que commenta rna mortelle langueur. Quand, feignant vous jouer, vous blessastes mon cœur.
Ce jour de mon malheur fut la cause première. Je tremble en y pensant, quand vous, belle guerrière, Tenant un trait en main, et portant dans les yeux Tous les flambeaux d'Amour, qui consomment les dieux, Vous choisistes mon cœur pour butte et pour adresse. Et me dites, riant : Il faut que je vous blesse.
Ce mot n'estoit finy que le trait fut lasché, Et l'Amour qui le vit, dans vos yeux embusché, Pour mieux marquer le coup fait d'une main si belle, Tira cent flesches d'or en ma playe nouvelle; Puis il y mit le feu pour plus me tourmenter, Voulant qu'autre que vous n'eust pouvoir de Poster. Las! cette vive ardeur, qui point ne diminué, Me tient impatient en fièvre continué, Qui m'esmeut, qut me trouble et qui me fait rêver, Et ne puis à mon mal aucun secours trouver; Car de vous seulement ma guarison procède, Et je crains vous prier de m'y donner remède.
Au moins s'il ne vous plaist mes langueurs secourir, Ne refusez, madame, en me voyant mourir De croire que ma peine a de vous pris naissance. Et que vous me tuez sans avoir fait offance. Quand je sçauray pour vray que vous le connoissez. Je tiendray mes travaux assez recompensez. Et me resjouyray de voir flnir ma vie. Pour vous donner plaisir et vous rendre servie. Mais ce m'est un regret plus dur que le trespas, De voir qu'en me tuant vous ne le croyez pas ; Ou, si vous le croyez, monstrez de n'en rien croire, De crainte que ma mort ne tache votre gloire. Ou de peur qu'à la fin vostre cœur endurcy, Touché de mes douleurs, ne se lende adoucy.
Vrayment quand vous seriez d'une roche sauvage, Si vous voyez mon cœur, ainsi que mon visage, Meurdry, couvert de sang, percé de toutes parts, Au milieu d'un grand feu qu'alument vos regards, Reconnoissant dessus vostre figure emprainte, Vous seriez (j'en suis seur) de soupirer contrainte. Et, chassant mes douleurs par un doux traitement, Vous me rendriez, madame, heureux parfaitement. Lors vous auriez honneur par ceste expérience, Monstrant de vos beautez l'admirable puissance, Egale aux plus grands dieux, qui ont entre les mains L'heur, le malheur, la vie et la mort des humains. Madame, s'il vous plaist de me rendre la vie. Que vos yeux foudroyans d'un seul coup m'ont ravie,