ELEGIE XIII
Beauté si cherc aux yeux et si cruelle aux âmes. Je vous ay tant de fois fait paroistre mes fiâmes, Depuis que je suis vostre et qu'à mon grand malheur De vos divins regards je tentay la valeur; Vous avez tant de fois ma constance esprouvée, Vostre main de mes pleurs a tant esté lavéo, Que je n'espère pas, en soupirs m'exhalant. Tempérer la chaleur d'un feu si violant; Mais que ma juste plainte, au lieu destre entanduê, Se perdra dedans l'air sourdement respanduë.
Or si veux-je pourtant des destins me douloir Et de vostre rigueur; car que peut me chaloir, M'estant perdu moy-mesme en vostre amitié vaine, Si je pers ma complainte où j'ay perdu ma paine? C'est peu, c'est peu de cas pour me faire cesser, Je veux sur les soupirs les sanglots amasser. Et finir en regrets ma languissante vie, Puis que vostre rigueur n'est encor assouvie, Et que plus je vous aime, invincible au tourmant. Plus vostre cœur s'obstine et se fait diamant.
Ilelas ! si mes douleurs vous touchoient la pensée. Vous seriez de vous mesme à bon droit offensée 1 Il vous faut seulement à part vous discorfrir Combien, depuis le jour que je meurs sans mourir. Vous avez reconnu de feintise aux courages Et combien d'amoureux se sont trouvez volages, Tant ceux qui pour la peine ont quitté les plaisirs.
Que ceux qui tous les jours ont fait nouveaux désirs, Rejettant leurs défauts, non sans quelque apparence, Ou sur vostre rudesse, ou sur vostre inconstance. Vous n'en trouverez point qui, constant comme moy, Contre tous mouvemens ait conservé sa foy, K'ayant voulu changer ma douleur vehemante A toutes les faveurs d'une plus douce amante ; Et qui de tous costez me trouvant assailly. D'un penser seulement contre vous n'ay failly. Mais comme un ferme roc que les vents et la gresle, La tempeste et les Ilots combatent pesle-mesle, Et pour tous leui's efforts n'est jamais abatu, Ains s'affermist plus fort, pjus il est combatu, Ainsi contre l'assaut de vos ""rigueurs cruelles, Et contre les beautez de mille damoiselles, Qui, las ! ne m'eussent pas comme vous rejette, Immuable et constant j'ay tousjours résisté. Sans que pour mes travaux j'aye aucun advantage Sur tant de vains muguets, dont l'ame est si volage. Qui de bouche et de cœur sont feints et déguisez. Mais plus (ce croy-je et crains) de vous favorisez.
0 rigoureux Amour ! que les feux que tu verses Font dedans nos esprits des brûlures diverses! Je discours quelquesfois sur tes faits inconstans, Mais plus je les recherche et moins je les entans. Myrtis de mon amour couvertement soupire, Je brûle pour Delon, Delon aime ïhamyre, Luy des traits de M^Ttis se sent vivement poind ; Myrtis belle à tout autre à mes yeux ne l'est point.
Voilà comme un enfant de nos llammes se joué. Et les ressorts trompeurs qui gouvernent sa roue. Est-ce que nos esprits il veuille ainsi ranger. Pour faire voir sa force ou bien pour se vanger? 0 Dieu! si tu le fais pour monstrer ta puissance, Donte les rudes cœurs qui n'en ont connoissance. Si c'est pour te venger de quelques vieux forfaits, Helas! ne puny point ceux qui ne les ont faits! La loy seroit barbare et d'injustice pleine, Si contre l'innocence elle ordonnoit la peine; Or je me puis vanter incoupable envers toy, Ou ce seroit péché de n'avoir qu'une foy, D'estre demeuré ferme aux plus cruels allarmes D'avoir obstinément tousjours gardé ses armes, Imprenable aux desdains, aux feux, à la rigueur : Bref, n'avoir jamais eu qu'un amour dans le cœur.
Voilà ce que j'ay fait ; si c'est ton ordonnance,