SECRÉTAIRE D'ESTAT
Je sens d'un feu nouveau ma poitrine allumée, Qui ne m'échauffe point d'ardeur accoustumée: Un subit mouvement que je ne puis douter Me ravit hors de moy, pour me faire chanter Je nesçay quoy d'estrange et difficile à croire, Quittant de Cupidon le triomphe et la gloire,
1 Nicolas de Neuville, seigneur de Vilieroi, né en 1512, d'une famille récemment anoblie. Son aïeul et son père avaient administré les finances de Fram ois I". Catherine de Médicis l'employa comme négociateur dans deux affaires importantes, en Espagne et en Italie. Devenu gendre de l'Aubespine, il lui succéda au ministère. Charles IX, qui lui témoignait la plus gr-ande faveur, lui dicta son Traité de la Chasse el son Épiire à Ronsard. Il continua de remplir les fonctions de secrétaire d'État sous Henri III, Henri IV et Louis Xin. Vilieroi mourut à Rouen, le 52 novembre 1617, pendant un voyage de ce dernier prince en Normandie. On a imprimé plusieurs fois ses M'-moires.
Les larmes des amans, leurs soupirs et leurs cris, Sentier trop rebattu des poétiques esprits.
Villeroy, mon support, l'ardeur qui me commande Me veut faire entreprendre une tasche plus grande, La mort de Rodomont, le contempteur des dieux. Qui fit trembler vivant l'air, la terre et les cieux ; Qui fit rougir de sang les campagnes de France, Grand de corps, grand deforce et plus grand d'arrogance, Et comme, quand Roger aux enfers l'envoya, Caron tout estonné le voyant s'effroya, L'enfer trembla de peur, Pluton pasîit de crainte, Et Proserpine aussi de frayeur fut attainte ; Megere en tressaillit et ses crins enlacez De serpens furieux se tindrent tous pressez, Tant cette ame enragée, inhumaine et terrible Faisoit de tintamarre et se monstroit horrible!
Un jour, à son malheur, ce brave roy d'Arger, Ainsi que l'on faisoit les nopces de Roger, Qu'on s'estoit mis à table et qu'on avoit pris place, Chacun selon son rang, son mérite ou sa race. Et que les chevaliers, sur la fin du repas, Devisoient seurement des périlleux combats, Des sièges, des assauts, des murailles forcées, S'égayans au récit des fortunes passées. Au fort de leur discours ce superbe arrivant, Voyant Charles à table et Roger plus avant. Fièrement les regarde et lasche une menace.
« C'est moy, dit-il, Roger; je suis le roy de Sarse, Qui viens pour te combattre, et qui te veux monstrer Qu'un si lasche que toy ne se peut rencontrer. Tu as trahy ta foy, tes amis et ton maistre. Et misérable encor tu ne crains de paroistre intre ces palladins, qui, selon leur devoir, Ne peuvent saintement entr'eux te recevoir, Car un si meschant traistre est digne qu'on le fuye. Et que le ciel vengeur par mes mains le chastie. Ainsi que je feray prontement devant tous. Si, plein de lâcheté, tu ne fuis rnon courroux. Mais si tu n'as le cœur assez bon pour m'attendre, Choisis avecque toy ceux que tu voudras prendre, Quatre, six, douze, vingt, je vous le madntiendray. Et de tes trahisons la vengeance prendray. »
Il finit sa menace, œilladant l'assemblée, Qu'une telle insolence avoit toute troublée. Les deux fils d'Olivier, Sanson, Renaud, Roland, Sentent mouvoir dedans un désir violant
De rabattre l'orgueil de ce fier adversaire. Mais Roger, pointau vif d'une juste colère, Crie après son harnois, au combat animé, Et n'a presque loisir de se voir tout armé. Chacun pour l'assister soudain se met en place; Marfize et Bradaraant luy vestent la cuirasse, Charles luy ceint l'espée, et Naismes et Oger Faisoient autour du camp tout le peuple ranger.
Renaud tient son cheval, qui bat du pié la terre, Qui blanchist tout son mors, qui le masche et qui serre Aucunesfois l'oreille, et d'un bannissement Témoigne que la guerre est son esbatement. Roger monte dessus, et Dudon qui s'avance A chacun des guerriers baille une forte lance, De pareille grosseur, de force et de grandeur.
Lors des deux bouts du champ s'avancent de roideur, Ne plus ne moins qu'on voit dedans un gras herbage Deux toreaux eschaulTez de l'amoureuse rage, S'éloigner l'un de l'autre et tourner bravement, Laissans tout le troupeau saisi d'estonnement. Les dames, cependant, aussi mortes que vives. D'un si soudain effroy tremblent toutes craintives. De la sorte qu'on voit les colombes en l'air, Qui tout en un instant ne sçavent où voler. Quand l'émeute des vents, la gresle et la tempeslc Les estonne et surprend, voulant faire leur queste. Chacun tressant de crainte et pallist pour Roger, Voyant le fier semblant du superbe estranger. Qui pique en l'abordant; sous luy la terre tremble, Et croit-on que le ciel à l'aTiisme s'assemble. Roger vient d'autre part, qui fait bruit en courant, Comme le Ilot grondant d'un superbe torrent. A ce terrible choc, les deux lances baissées Jusques dans la poignée éclatèrent froissées. Mais les coups sont divers : Rodomont, qui donna Dans l'écu de Roger, seulement l'estonna De la force du coup, sans luy faire nuisance; Car l'écu qui s'oppose au fer fit résistance. Roger semblablement dans lécu s'adressa.
Mais le coup fut si grand, qu'en outre il le faulsa, Bien qu'il fustbon et fort, et que la couverture Fust d'un acier luisant, bien trempée et bien dure; Et ne fust que du coup Roger brisa son bois, 11 luy perçoit tout net le corps et le harnois.
Les chevaux, estonnez de rencontre si liere, Mettent la croupe en terre et panchent en arrière,
P.ODOMONT. oî'O
De bride et d'esperon ils les font relever, Puis d'extrême fureur viennent se retrouver, l.e coutelas au poing, tous deux brùlans d'envie De voir leur sang en terre et s'arracher la vie. Leui-s harnois martelez d'éclairs estinceloient, ils tournent leurs chevaux ainsi comme ils vouloient, Or' à gauche, or' à dextre ils cherchent l'avantage, Et tastent les endroits pour se faire dommage.
Roger teint son espée au sang de Rodomont, Et celle du payen rebondist contremont Sur l'armure enchantée et ne peut, quoy qu'il face, Entamer la sallade ou le corps de cuirace; Dont il crève de rage, écumant, enflammé. Et fait aussi grand bruit que le tlot animé De la mer courroucée au tans qu'elle s'augmente. Et que le froid hyver par les vents la tourmente; Car Roger, sans repos, le poursuit furieux. Empourprant de son sang la terre en mille lieux. Rodomont, qui blasphème et despite en soy-mcïine La lumière et le ciel, d'une colère extrême, Menaçant le dieu Mars, a soudain arraché Son escu qui pandoit par lambeaux detranché, Le jette contre terre et, plein de violence, Comme un fort tourbillon en bruyant il s'avance, Prend l' espée à deux mains, qui siflle, en descendant De pareille roideur (^'un tonnene grondant, Ou qu'un chesne ébranlé par l'effort de l'orage. Qui foudroie en tombant les trésors d'un bocage. Sur l'armet de Roger le coup est descendu Qui, sans l'enchantement, tout entier l'eust fendu.
Roger, tout estourdy d'une telle tempeste. Trois fois contre l'arcon laissa panchcr sa teste, Ne sçait plus où il est, s'il est jour, s'il est nuit. Et tousjours Rodomont impiteux le poursuit, Et sur le mesme endroit un autre coup redouble, Qui fait que de Roger la lumière se trouble. Il laisse choir la bride, il ouvre les genoux. Chancelant et tombant; l'autre double ses coui^s Et martelle tousjours, car il ne veut attendre Que l'esprit luy revienne et se puisse deffendro. Mais, en continuant trop furieux et prompt, Son espée à la fin jusqu'aux gardes se rompt.
« Kay ce que tu voudras, sois moy tousjours conliairo, ' Jupiter, ce dit-il, si ne scaurois-tu faire, Ny toy ny tout le ciel contre moy conjuré, Que ce chetif m'échappe et demeure asseuré. /
Ce disant il s'approche, et hausse de la selle Roger tout éblouy, qui encores chancelle, Et ne se connoist point, privé de sentiment, Tant il est offusqué de cet estourdiment.
Rodoniont le sousleve, il restreint, il le serre, Et puis de grand fureur le jette contre terre Estendu de son long, et se rit de le voir, Pensant l'avoir privé de vie et de pouvoir.
Mais ainsi, comme on dit, que le lybique Antée Sentoit en combattant sa puissance augmentée, Lorsqu'il touchoit la terre, et, tel qu'il se levoit, Roger hatif se levé, et, se levant, il voit La belle Bradamant toute palle et troublée. Dont de honte et d'ennuy sa force est redoublée ; 11 a le cœur si gros et si plein de dédain. Qu'il conclut de mourir, ou se vanger soudain.
Rodomont vient encontre, et Roger plus adestrc La bride du cheval prend en la main senestre; De l'autre il le chamaille aux cuisses et au flanc. Et de cent mille endroits luy fait pisser le sang, Martelle coup sur coup d'un bras robuste et ferme, Et ne luy donne point un seul moment de terme. Le payen s'en estonne et ne sçait où touraer; Car Roger ne veut point le laisser séjourner. Le presse et le poursuit à grand coup d'allumelle, Et semble qu'il acquière une force^ouvelle.
Rodomont, qui se voit en extrême danger. S'avance une autresfois, pour estourdir Roger Du reste de l'espée en sa main demeurée; Mais il s'en donne garde, et d'une ame asseurée, A chef baissé se coule et luy saisit le bras. Le démenant si fort, qu'il le fait choir, à bas. Lors pront il se relevé, et l'estour recommence, Où l'art abandonné cède à la violence.
Roger lousjours le suit, ne cessant de trancher. Et à coups de taillant l'engarde d'approcher.
Rodomont, tout brûlant de fureur et de r«ge. S'arme plus que jamais d'un généreux courage; Il rassemble sa force, il ramasse son cœur, Frappant son ennemy de toute sa vigueur A l'endroit de l'espaule, et du coup qu'il luy donne Roger, en chancelant, tout estourdy s'estonne.
Le payen veut entrer, mais le pié lui faillit. Roger plus que jamais courageux l'assaillit, Le frappe en la poitrine, en la teste, en la face. Tant que de couleur rouge il teint toute la place ;
KODOMONT. 341
L'autre désespéré, comme un foudre élancé,
Se jette sur Roger et le tient embrassé,
El luy de son costé restreint de toute force.
Alors chacun des deux à qui mieux mieux s'eCforce
De choquer, de pousser, d'estraindre et se mouvoir,
Conjoignant l'artifice avec leur grand pouvoir.
Roger à ce combat est dextrement agile. Et le fier Rodomont, qui tout par tout distille Et qui pisse le sang par tous les lieux du corps, ^'a les bras si tendus ny les membres si forts ; Tellement qu'à la fin, après mainte secousse, Maint tour et maint retour, Roger si fort le pousse, Mettant le pié devant, qu'il le fait trébucher Comme une grosse tour ou comme un grand rocher, Quand ils sont emportez par l'effort du tonnerre, Puis qu'avec un grand bruit ils retombent en t^rrc. Roger sur l'estomach luy met les deux genoux Et d'un bras vigoureux luy donne mille coups, Luy fait crier le ventre, et le charge et le presse. Le hamois retentit sous le fer qui ne cesse. Comme aux mines de l'or bien souvent il advient Que tout à l'impourveuê une ruine survient, Qui suffoque les uns, et les autres à peine Peuvent ouvrir la bouche et ravoir leur haleine ; Le payen est ainsi, qui ne peut respirer, Ni des poumons pressez son haleine tirer.
Roger luy tient, vainqueur, le poignard à la face. Et d'une mort prochaine en parlant le menace. S'il ne se vouloit rendre afin de se sauver; Mais luy, qui veut plustost mille morts esprouvcr Que d'abréger sa gloire en allongeant sa vie. Fait voir en se taisant qu'il n'en a point d'envie. 11 s'efforce, il remué, et met tout son pouvoir De renverser Roger et dessus luy se voir, Sans qu'avec tant d'efforts il avance sa paine. Car celuy qui le trent rend sa puissance vaine.
Qui a veu quelquefois un matin renversé Dessous un puissant dogue, au dos tout hérissé Qui luy tient de la dent la maschoire entamée; Le mâtin se débat d'une rage enflammée, Sa lé\Te est écumeuse, il a les yeux ardens. Et monstre en rechignant de grands crochets d»^ donts; Il a veu Rodomont sous Roger se debatre, Qui voudroit s'il pouvoit la fortune combatre. Il maugrée, il écume et s'émeut tellement, Qu'il se depestre un bras, dont tout soudainement
Du poignard qu'il tenoit il cherche par derrière A priver son haineux de la douce lumière.
Roger, voyant l'erreur où il peut encourir, S'il tarde plus long-tans de le faire mourir, Dresse le bras bien-haut, puis comme une tempcsle Desserre le poignard trois coups dessus sa teste, Et autant sur le front tout rouge et tout souillé; Le cerveau tombe à bas du test écarbouillé. Et l'ame en blasphémant, orgueilleuse et despite. Vers l'ombreux Acheron soudainement prend fuite, Abandonnant le corps qui roidist froid et blanc, Ondoyant tout par tout à gros bouillons de sang. Le peuple, en s'estonnant d'une telle victoire. Elevé jusqu'au ciel le vainqueur plein de gloire. Chacun, à qui plus tost, le vient environner : On oit l'air tout autour du grand bruit resonner. Son nom deçà delà parmy les bouches vole. Et ce mot de Roger est toute leur parole. Les palladins courans viennent tous l'embrasser, Charlemaigne le tient qui ne le veut laisser : Tout ravy de liesse, il le baise, il l'embrasse, Et d'un pleur agréable il luy baigne la face, ilarfize en fait autant, Sobrin, Renaud, Roland, Dudon, Giiffon le noir et le blanc Aquiland ; La belle Bradamant, la guerrière amoureuse. Baise de son Roger la main victorieuse, Rassérène sa face et rallume ses yeux, Encores tous troublez du combat furieux.
Combien, helas! combien l'amante désolée •
Sentit de dures morts durant ceste meslée, Tremblant pour son Roger, son cœur, son tout, son Dieu. Las ! qu'elle désira de se voir en son lieu ! Non que de sa prouesse elle eust aucune crainte : Mais le fier Rodomont ne donne aucune attainte Qui ne trouve son ame, et que son cœur blessé D'une tremblante peur ne devienne glacé. Maintenant, au contraire, elle est toute ravie. L'appelle son esprit, sa lumière et sa vie. Et souhaitte en son cœur de voir la fin du jour, Pour cueillir le doux fruit de si parfaite amour.
Le peuple cependant à grands monceaux s'assemble ; Tout à l'entour du corps, qui de grandeur ressemble Le cyclope Etnean sur la terre eslendu. Apres que le fin Grec l'eut aveugle rendu. L'un admire estonné son visage effroyable. L'autre admire sa barbe et son poil admirable.
KODOMONT. 51.'
L'autre admire ses bras, qui paroissent si forls; L'autre admire, eOVoyé, la grandeur de son corps ; Et mesme, en le voyant, ils font doute de croire Qu'il soit mort et qu'un homme en ait eu la victoire.
Charles, qui veut sacrer à l'immortalité Ce haut fait de Roger par son sang acheté, Fait désarmer le corps des armes redoutées, Qui sont, comme un trophée, au plus beau lieu plantées De Paris la peuplée, afin qu'à l'avenir Les François estonnez s'en peussent souvenir. La grand' masse de chair jà relante et pourrie Est traisnée à grand fore* et mise à la voirie, Facture des corbeaux de tous les procliains lieux, Qui font en croassant maint repas de ses yeux.
L'ame de Rodomont en blasphémant arrive .\u fleuve d'Acherop, et voit dessus la rive Mille images ombreux, attendans sur le bord Le nautonier Caron pour les conduire au port. Caron le nautonier est dessus la rivière, Conduisant les esprits que la Parque meurtrière A despouillé des corps ; le nombre est si espais, Uue sa vieille nasselle en gémit sous le faix.
L'ombre du fier payen, qui n'a loisir d'attendre Que le patron d'enfer retourne pour la prendre. S'efforce de passer, despitant, maudissant. Le ciel et les enfers sans repos menaçant. Caron le voit venir, qui s'allume de rage De ce qu'il le privoit des droits de son péage, Et vient pour l'empescher, la rame dans la main. Tout prêt à le charger s'il ne s'enfuit soudain. L'esprit audacieux sa force a mesprisée. Et luy dit en jetant une amere risée : « Si les ombres d'enfer ne sont autre que toy, Je veux que tout l'enfer obeysse à ma loy; Je le veux, je le puis, ma force est assez grande Pour me faire seigneur de l'infernale bande. Pource fuy-t'en d'icy, vieillard, va te cacher; Je veux pourvoir l'enfer d'un plus brave nocher. »
Caron, qui veut donter sa folle outrecuidance, Tenant la rame au poing, tout rechiné s'avance, Pensant le renverser au plus profond de l'eau. Mais l'esprit se recule à costé du bateau. Puis d'extrême vitesse il saute en la nasselle, Qui de la pesanteur de son costé chancelle, Prend Caron par la barbe et le crin blanchissant, L'enfer de ses hauts cris est tout retentissant,
3ii RODOMO-NT.
Et se débat si fort, que la barque froissée Laisse au milieu de l'eau sa charge renversée. Les mânes font un bruit, et Caron par ses cris Reclame à son secours Pluton et ses esprits : L'ombre du roy deffunt, hautaine et généreuse, Court à sa volonté dedans l'eau ténébreuse, Entraînant les esprits, la barque et le nocher, Et tasche tant qu'il peut de la rive approcher. Pour entrer par surprise en la maison ardente.
Mais Pluton cependant tem peste et se tourmente, Ke sçait qu'il doive faire, afin de résister A ce fier ennemy, qui le veut débouter Du royaume des morts, qu'il eut pour son partage, Quand trois du monde entier partirent l'héritage; Et craint que Jupiter le veuille déloger, Pour avecques le ciel son empire ranger.
Proserpine, qui sent une pareille crainte. Dresse contre le ciel son amere complainte. Puis d'une voix cassée esperdument criant. Avec ces mots plaintifs les esprits va priant :
« 0 vagabonds esprits! ô malheureuses amcs! Qui brûlez dans la glace et gelez dans les fiâmes! Vous qui ne sentez point en ces lieux malheureux De tourment si cruel que le mal amoureux! Encor que la pitié n'ait point icy de place, Résistez par pitié contre cil qui pourchasse De m'oster la couronne et se faire empereur De ces lieux pleins d'effroy, de silence et d'horreur. Opposez vostre force à la sienne cruelle, Et soyez animez par ma juste querelle.
Si vous me secourez en cette extrémité. Par le (leuve de Styx, par cette obscurité, Par le fuzeau des Sœurs, par leurs trames fatales, Et par les crins retors des fureurs infernales, Je jure et vous promets de si bien m'eraployer. Que vos dames un jour, pour leur juste loyer, Viendront en ces bas lieux et sentiront la paine Que mérite à bon droit toute dame inhumaine.
« Et vous, foibles esprits, qui sentez seulement (Francs des fiâmes d'Amour i l'ordinaire tourment Qu'on endure aux enfers pour quelque erreur commise, Si vous me secourez, je vous mets en franchise ; Je veux qu'on vous délivre, et que, sans endurer. Vous puissiez icy bas pour plaisir demeurer, Si l'on peut icy bas quelque plaisir attendre, Et si quelque soûlas aux enfers se peut prendre. »
Ainsi dit Proserpinp, et les esprits tenus Au plus profond d'Aveme en bruyant sont venus Rauder à l'entour d'elle, esmeus de sa promesse, Et veulent sans delay raonstrer leur hardiesse.
Agrican le premier, brave, s'est présenté, Agramant vient après, et l'esprit redouté Du vaillant Mandricard, qui brûle de combattra, Et veut de Rodomont l'outrecuidance abattre.
Le ciel tout courroucé de leurs si longs débats. Pour les faire cesser courbe le sein en bas, b'anime de fureur, et de sa dextre armée Delasche la tempeste et la foudre allumée. On n'oit rien qu'un tonnerre esclatant et bruyant, On ne voit rien qu'esclairs sifllans en tournoyant; Et tombent coup sur coup, comme flèches pendentfs, Du ciel dans les enfers de grand's flammes ai'dentes.
La terre, qui s'estonne en ces extremitez, D'ouyr l'enfer qui tremble et les cieux irritez Bruire, esclairer, tonner, pense toute craintive Que c'est la fin du ciel et d'enfer qui arrive; Tout ce qui est en haut, en bas, de tous costez, Restes, hommes, démons, sont tous espouvan lez.
L'ombre de Rodomont, de son corps séparée. Est seule en cet efl'roy qui demeure asseurée, Qui menace le ciel, l'air et les élemens. En despitant l'enfer et tous ses tremblemens; S'elle trouvoit la mort, comme elle a bien envio, Elle la contraindroitde luy rendre sa vie. Et veut, malgré l'iulon et les mânes ombreux, Establir son empire aux enfers ténébreux. Chacun fuit au devant, quelque part qu'il s'avance. Et luy, qui continué en sa fiere arrogance, Saute dessus le pont, et s'en fait possesseur, Car de crainte surpris le chien engloutisseur, Et les tristes Fureurs, de sang entretachées, S'estoient au fond d'Aveme honteusement cachées.
Pluton à cette fois ne sçait que devenir, Et pense voir encor Hercule revenir •Avec ses compagnons pour ravir Proserpine, Pressez du feu d'Amour ardant en^leur poitrine; Il bruit, il se tourmente et, de fureur attaint. Maudissant sa fortune, il sanglote et se plaint.
Les esprits stigieux sont émeus de liesse. Voyant leur fier tyran en peine et en destresse; Mais luy, qui voit sa perte et n'a point de repos, Les invoque» son ayde et leur dit ces propos :
ôiG RODOMONT.
« llelas ! chers citoyens de ces lieux effroyables,
Maintenant au besoin soyez -moy secourables;
Et si n'avez pitié de mes gemissemens,
Prenez au moins pitié de vos cruels tourmens.
Car gui s'opposera brave à ce téméraire,
Je le rens délivré de toute sa misère,
Du gel, du feu, du fer et des maux rigoureux
Que Minos fait souffrir aux esprits malheureux;
Et sera le premier auprès de ma personne.
Comme tenant de luy mon sceptre et ma couronne.
A ces mots de Pluton, on voit de toutes parts
Sortir du creux manoir les plus braves soldarts,
Ceux qui durant leur vie avoient troublé la terre.
Cerveaux ambitieux, par une injuste guerre;
Les tyrans convoiteux, les meurtriers inhumains,
Qui du sang innocent avoient souillé leurs mains;
Les traistres, les mutins, les semewrs de querelles,
Les esprits envieux, les amis peu fidelles,
Ceux qui avoient le droit par argent violé.
Ou vendu lâchement leur pays désolé.
Chacun à qui mieux mieux veut monstrer son courage.
Mais Pluton les renvoyé et leur tient ce langage :
« Non, ce n'est point en vous qu'il me faut espérer, Esprits foibles et vains, allez-vous retirer : Il faut qu'un chef vaillant, im conducteur d'armée, L'n qui ait en cent lieux planté sa renommée Par le glaive trenchant, et qui, d'un brave effort, Aux guerriers plus fameux ait fait trouver la mort, Courageux et vaillant s'arme pour ma deffense. Et contre ce hautain esprouve s* puissance. »
L'esprit du roi Gradasse, entendant tout cecy : «Cesse, dit-il, Pluton, de te mettre en soucy; Car puis qu'ftn chef vaillant, un conducteur d'armée. Un qui ait pai' le fer planté sa renommée. Un qui ait fait trembler les plus braves guerriers. Un qui soit couronné de cent^nille lauriers. Se doit armer pour toy, c'est moy qui le doy faire, T'aidant contre le ciel, si le ciel t'est contraire.
« Au seul bruit de mon nom qui voile en mille lieux, J'ay remply de frayeur les plus audacieux, J'ay rendu par mon bras l'Espagne surmontée, J'ay fait trembler de peur la France espouvantée. Et suis venu à bout de deux vœux que j'ay faits, Qui eussent peu courber le dieu Mars sous le faix. Pour les premiers essais de ma verde jeunesse. Fuyant les voluptez et la molle richesse,
r.ODOMO.M. T>{1
Peste des grands seigneurs, d'un cœur bouillant et chaud, Je fey vœu de combattre et Roland et Renaud ; J'en le cheval de l'un, de l'autre j'eu l'espée, Au sang des ennemis à toute heure trempée. »
L'esprit audacieux ne cessoit de conter Sans le fier Mandricard, qui ne peut supporter Sa parole orgueilleuse, ains tout plein de furie, L'œilladant de travers, horriblement s'escrie :
« Cet effroy des humains, ce guerrier si vaillant Eschauffé d'un beau sang et d'un cœur si bouillant, Ne s'est peu garantir avec tant de puissance, Qu'il n'ait esté captif sous mon obeyssance. Astolfe, qui n'est point de ces grands chevaliers Qu'on renomme pour estre au combat des premiers. D'une lance dorée, inutile à la guerre, Luy lit perdre la selle, estendu contre terre. Et encor il se vante et, pour mieux s'avancer, 11 menace les cieux et nous veut devancer, Nous dont la renommée en tous lieux espanduë, Immortelle et durable à bon droit s'est rendue. »
Gradasse est tout émeu d'un courroux véhément, Et le veut démentir; mais l'esprit d'Agramant Le devance à parler en voix terrible et forte. Et, regardant Pluton, commence en cette sorte :
« Pourquoy font-ils débat d'un droit qui m'appartient? Car, puis que cet honneur par les armes nous vient. On ne me le stauroit justement contredire; J'ay veu trente-deux rois vassaux de mon empire, J'ay eu plus de soldats à mon commandement Qu'on ne voit de flambeaux la nuict au firmament; J'ay fait planer les monts, j'ay tari les rivières Par le nombre infiny de mes troupes guerrières; J'ay fait de sang humain les plaines ondoyer. Et la mort nuit et jour par les champs tournoyer.
« Pluton, tu le sçais bien, la mémoire est récente, Combien par ma valeur d'esprits ont fait descente ,
Dans ces lieux ténébreux; Caron le srait assez, Qui de les trajetter eut les membres lassez. Mais afin qu'à mon droit rien plus ils ne prétendent, Monstre-nous le journal des ombres qui descendent Avant terme aux enfers; on connoistra comment J'ay plus accreu ton règne en deux jours seulement Qu'eux en toute leur vie, et que ma destre armée A peuplé de subjets ta grand' salle enfumée. »
Ainsi ces trois esprits de propos combatoyent, Et pour gagner l'honneur leurs gestes racontoient;
r)48 RODOMONT.
Mais Platon, ennuyé de tant ouyr debalre, Tasche à les appaiser, poui' les faire combalrc L'ame du roy d'Arger, qui tousjours cependant Estoit dessus le pont hardiment attendant.
« Cessez, leur dit Pluton, cessez vostre querelle; Une plus juste cause au combat vous appelle; Quant à vos differens, en quelque autre saison Le juste Rhadamant vous en fera raison. Mais puis qu'en tant de lieux vostre gloire est connue, Puis que jusques icy vous l'avez maintenue Claire et haute en degré, faites pour l'advenir Qu'avec le mesme honneur puissiez l'entretenir. Qui acquiert fait beaucoup, mais il fait davantage, Qui, l'ayant bien acquis, garde son héritage. Si vous avez bien fait quand vos corps ont vescu, Or qu'en estes privez, d'un courage invaincu Faites encores mieux, monstrant par vostre force Que les corps ne sont rien qu'une débile escorce. •>
Ainsi le dieu d'enfer animoit ses esprits, Quand le preux Mandricard, qui de gloire est épris, S'escrie : « 0 roi des morts ! laisse-moy l'entreprise De punir ce vanteur, qui tes forces mesprise; Je lerens sans pouvoir, captif de ta grandeur. Mais devant, s'il te plaist, appaise un peu l'ardeur De la rage d'Amour, qui me tient tout en flame, Kt qui, comme un vautour, se repaist de mon ame. Tous ces autres lourmens, punisseurs des mesfaits, Les cris, l'horreur, l'elfroy, les serpens contrefaits, La faim du Phrygien, le travail des Belides, Le fouet ensanglanté des fieres Eumenides, Et tout le plus cruel qui soit icy dedans, La torture, la roue et les flambeaux ardans, Ke me blessent point tant que l'amoureuse rage. Qui d'ongles et de dents cruellement m'outrage. S'il te plaist pour un peu sa rigueur modérer, Laisse-moy faire après, je te veux asseurer, JNon sans plus du payen qui brave te fait craindre. Mais je veux Jupiter et Neptune contraindre De te payer tribut, et que, victorieux. Tu sois dieu de la mer, des enfers et des cieux. Il reste seulement que l'amour qui me tuë D'un Irespas renaissant sa fureur diminue. »
11 se tourne à ces mots, regardant fièrement, Comme par un dédain, Gradasse et Agramant.
« Retournez, ce dit-il, retournez sur la terre, Jliserables esprits, recommencez la guerre;
RÔDOMOM.
Que l'un pour une espée estonne l'univers, Faisant voiler au vent mille estondars divers, Et que l'autre, apité d'une folle jeunesse, Sur un courroux vengeur fonde sa liardiesse. Je n'ay point fait ainsi : tous mes faits entrepris Ont eu l'Amour pour guide et sa mère Cypris. Celuy seul est vaillant, qui, dévot, sacrifie Au puissant dieu d'Amour ses armes et sa vie. Mais, de grâce, Plnton, cherche de m'alleger; Je pourray mieux après te sortir de danger. »
« llelas ? ce dit Pluton, que veux-tu que je face. Si la rage d'Amour comme toy me pourchasse? Et si ses poignans traits, acerez de rigueur, Jusqu'au fond des enfers viennent percer mon cœur? Et bien qu'incessamment sa fureur me possède, Je n'ay peu, malheureux, trouver un seul remède Qui m'en puisse exanter; mais plus je vais avant. Plus je voy ce tyran contre moy s'élevanl. »
Voulant continuer, les ruisseaux qui descendent Douillonnans de ses yeux, le parler luy deffendent; Et va laschant du cœur des soupirs enn.^mez. Dont ces lieux ténébreux regorgent enfumez.
L'ombre de Rodomont sur le pont se pourmaine, Continuant tousjours, orgueilleuse et hautaine, De menacer Pluton, de bruire et de crier, Et les esprits damnez au combat desfier.
Le vaillant Mandricard pour résister se monstre; Rodomont, qui le voit, soudain ^ient à rencontre, Tenant par l'un des pieds Caron tout effroyé. Apres que le payen eut long-tans tournoyé Le vieillard misérable à l'entour de sa teste. Il l'élancé en bruyant comme un trait de tempeste Droit contre Mandricard, et l'attaint tellement, Que l'esprit estourdy perd tout le sentiment. 11 tombe en chancelant, et Caron tout de raesme Tombe aux pieds de Pluton, qui devient froid et blcsme. Et qui est de ce coup tellement estonné. Qu'il a de grand frayeur son sceptre abandonné. Ce sceptre estoit de fer, d'une barre massive. Ayant un croc au bout de grandeur excessive.
Rodomont l'apperçoit, qui tout soudainement S'approche et, se courbant, le saisit hardiment. Ayant ce croc au poing, il ne sçauroit plus croire Que les plus redoutez de la région noire Osent luy faire teste; il commence à frapper. Pour renverser le pont et garder d'eschapper
350 r.ODOMONT.
Ceux qui voudront fuir; autant de coups qu'il donne De son crochet de fer, tout l'abisrae resonne; Les esprits font sortir de grands gemissemens, Et maints tout esperdus rentrent aux monumens.
L'ame de Mandricard, du grand bruit éveillée, Tenoit la veuë en bas toute rouge et souillée De honte et de despit, et voit en se levant Un gros nœu de serpens enflammez par devant, Marquetez tout par tout de couleur bleue et verte, Qui jettoient par les yeux et par la bouche ouverte De grand's pointes de feu; le suc qui degoutoit Tous les lieux d'alentour de venin infectoit. Luy, qui les recueillit d'une allégresse pronte. Les jette à Rodornont, pensant vanger sa honte; Mais il n'en fait que rire, et, comme en se jouant, D'une main les suffoque et les va secouant.
L'esprit plus que jamais transporté de colère, Voyant Je peu de cas que son fier adversaire Fait de tous ses efforts, saute dessus le pont, Puis de toute sa force il hurte Rodomont, Et le choque si fort, que l'ombre malheureuse, La teste contre bas, tombe en l'eau ténébreuse ; L'eau se fend au dessous et rejaillit en haut.
L'esprit est tout troublé de ce dangereux saut, Et commence à nager pour gaigner le rivage. Brûlant au fond de l'eau de fm'eur et de rage; D'une sueuse écume il est tout dégoûtant. Et va l'eau par la bouche et par les yeux jettanl.
Pluton, reprenant cœur, aniraoit la canaille : « Sus, compagnons, dit-il, qu'on saute la muraille. Qu'on garde ce hautain de revenir à port, Qu'on luy fasse sentir une seconde mort. Si quelqu'un le peut faire à celuy-là j'ordomie D'un cyprès mortuaire une riche couromie. »
Mandricard, entendant tout l'enfer s'émouvoir Aux propos de Pluton, luy qui ne veut avoir Un second en sa gloire acquise à tant de paine. Du creux de l'estomach pousse une voix hautaine. « Si tu ne veux, dit-il, Pluton, t'en repentir, Donne ordre à tes esprits qu'ils ne puissent sortir; Ou sinon, contre toy je tourneray mes armes, Profanant ma valeur sur tes fresles gendarmes. »
Cependant Rodomont ayant bien travaillé, 3Ialgré tous leurs efforts sort de l'eau tout mouillé. Si possédé de rage et d'ardeur violente, Que le fier Mandricard le voyant s'espouvante.
RO DO M ON T. Soi
Rodomont s'en approche et le lient embrassé. L'cstraint estroitement et le rend tout froissé, Luy fait tirer la langue, et fait que du rnartvTC L'esprit tombe à l'envers sans que plus il respire. Le payen ne s'arreste et marche plus avant. Vers la porte d'enfer sa victoire suivant. ' Pluton, pour l'empescher, luy jette une fiole Pleine du desespoir et du mal qui r'affole Les amoureux jaloux;- mais luy, qui n'en fait cas, La reçoit dans la main et respand tout en bas.
« Garde, roy des enfers, garde ta mercerie ^ ^Dit-il en se mocquant) pour la forcenerie De ces foux abusez, esperdus, insensez.
Qui des jeux d'un enfant se sentent offensez; De rnoy je ne crains point ny les feux ny la glace, Ky les monstres hideux, ny tout ce qui s'amasse D'horrible en tes enfers et de plus odieux; Et m'estonne aussi peu des enfers et des cieux Qu'aquilon, au sortir de sa cave declose, Fait cas de rencontrer un voile qui s'oppose. »
Ainsi dit Rodomont, qui s'altère en parlant, Et qui sent au dedans un feu si violant De travail, de sueur, de passion et d'irC; Qu'il abandonne tout, courant droit sans mot dire Vers le Qeuve d'oubly tout noir et tout l rouble. Pour eslancher sa soif d'un long trait lodoublé. Mais il n'eut pas baissé la teste pour y boire Que tout au rnesme instant il perdit la mémoire. Et ne se souvient plus des combats entrepris, Ki de retourner voir Pluton et ses espris. Qui s'estoient résolus, défaillis de courage. De luy porter les clefs et de luy faire hommage.
Luy, qui de fait aucun ne s'est plus souvenu. Se remet au chemin dont il esloit venu; Il passe derechef linfemale rivière, Et derechef encor il revoit la lumière De nostrebeau soleil, deçà delà courant, Et ne séjourne point dans un lieu demourant, Jusqu'à tant qu'à la fin il se trouve en la place Où gisoit son corps mort tout gasté par la face, Puant et corrompu; les os en blanchissoient. Et cent mille corbeaux à l'entour croassoient. Alors, tout furieux de voir sa sépulture, Court après les corbeaux qui prenoient leur pasture
• .Marchandise.
3o'i - KODOMOXT.
Des restes du cadavre, il les chasse, il les suit; Les monts, rives et bois retentissent du bruit; Et ne cesse jamais, ardant à la poursuite, Regardant tous les lieux où s égare leur fuite.
Mais ainsi qu'il les suit, criant horriblement. Il se trouve à la fin contre le monument De l'heureuse Ysabelle au ciel victorieuse. Pour avoir par sa fin fait preuve glorieuse De foy, de chasteté, d'un cœur constant et fort, Et que la vraye amour est vive après la mort.
Le payen tout soudain reconnoist la tour forte; 11 reconnoist le pont, il reconnoist la porte. Il reconnoist le fleuve, et connoist les escus De tant de chevaliers qu'il y avoit vaincus, Encor qu'il eusl perdu tout autre souvenance; Car le lleuve d'oubly contre Amour n'a puissance. L'esprit à cette fois tout coy s'est arresté. Adorant le saint lieu, tombeau de loyauté.
El pour ce que des corps privez de sépulture Les esprits sont errans cent ans à l'advanture, L'esprit de Rodomont, qui doit errer autant. Erre autour du tombeau, ses amours lamentant. On le voit quelquefois apparoislre visible. Plus grand qu'il ne souloit, plus fier et plus terrible, Courant dessus le pont et hurle toute nuit. Faisant tout resonner d'un eifroyable bruit; Et tousjours en criant il semble qu'il appelle ; Rodomont, Rodomont, Ysabelle, Ysabelle !