STANCES POUR LE ROY CHARLES IX
A CALLIP.EE
Cesse, Amour, tes rigueurs, mets fin à ta poursuite Voy que devant ton vol je retarde ma fuite. Et retourne au chemin que j'avoy délaissé. Comme un serf fugitif, l'œil en bas, je m*accuse ; Je me jette à tes pieds, les fers je ne refuse. Un dieu doit pardonner, quand il est offencé.
J'advouê avoir failly; la faute est excusable, Qu'un roy tel que je suis, courageux, redoutable. Qui sçait bien commander à un peuple indomté, Mais qui ne sçait que c'est de service et de crainte. N'ait peu du premier coup fléchir sous la contrainte, Et se soit essayé de vIvtp en liberté.
Moy que les cieux amis en jeunesse ont fait e^tre De tant de nations le monarque et le maistre, Se faut-il estonner si, m'estant veu dompter Et ma libre vertu prisonnière estre mise, Je me sois 'efforcé de la mettre en franchise? Tousjours le changement est fascheux à porter.
Je confesse avoir fait d'vm rebelle courage Tout ce que peut un prince ennemy du servage : Le repos ocieux en travail j'ay mué, J'ay comblé mon esprit de soucis et d'affaires, Et forcé pour un tans mes regards volontaires, Les privant à regret des yeux qui m'ont tué.
J'ay mille jours entiers, au chaud, à la gelée, EiTé la trompe au col par rnont et par valée, Ardent, impatient, crié, couru, brossé; Mais en courant le cerf emplumé de vitesse. Tandis moy pauvre serf d'une belle maistresse, J'estoy d'Amour cruel plus rudement chassé.
Ce n'est pas sans raison qu'on te donne des ailes, Un carquois plein de traits et des flammes cruelle? ;
Enfant victorieux, je l'essaye au besoin. Tu soais, lorsque je veux de toy libre me rendre, Comme un oyseau de proye en volant me reprendre : Tu as les feux de prez et les flèches de loin.
Tout ce que j'ay tenté pour le bien de mon ame, N'a servy que de gomme et de soulpbre à ma flame; Je me suis fait nuisance en me pensant aider. Sus donc, rentrons au joug. C'est estre téméraire De vouloir résister, quand on ne le peut faire ; I/homme sage obeyt, ne pouvant commander.
Riais je suis tout confus, quand il faut que je panse De quels yeux, de quel front et de quelle asseurance Je me presenteray pour demander mercy.
Las ! que pourroy-je dire en voyant ma déesse? J'abaisseray la veuë et pleureray sans cesse : Les pleurs pourroient caver un rocher endurcy.
La royauté me nuit et me rend misérable; Jamais à la grandeur Amour n'est favorable. Si je n'estoy point roy, je seroy plus contant : Je la verroy sans cesse et, par ma contenance, Mes pleurs et mes soupirs, elle auroit connoissance Que je sens bien ma faute et qu'en suis repentant.
Digne objet de mes yeux, qui m'avez peu contraindre Par tant d'heureux efforts, vostre honneur seroit moindre Si j'avois obey des le commencement :
Deux fois vous m'avez mis en l'amoureux cordage. Deux fois je suis à vous; c'est l'estre davantage Que si vous m'aviez pris une fois seulement.
11 est bien mal-aisé qu'une amour véhémente Soit tousjours en bonace et jamais en tourmente : Vénus, mère d'Amour, est fille de la mer. Comme on voit la marine et calme et courroucée, L'amant est agité de diverse pensée.
Qui dure en un estât ne se peut dire aimer.
Estre chaud et glacé, s'asseurer en sa crainte. Couvrir mille douleurs d'une allégresse fainte, Renouer son lien après l'avoir desfait, Monstrer de n'aimer point lors qu'on est tout en flame, Vouloir en mesme tans bien et mal à sa dame, Ce sont les signes vrais d'un amoureux parfait.
De ces diversitez l'amour est agitée Et par le desplaisir sa joye est augmentée. S'enrichit de sa perte et renaist en mourant ; Les ennuis, les rigueurs, et toute autre amertume D'absence et de courroux font que son feu s'allume, Qui foible s'esteindroit en repos demeurant.
DIVERSES AMOURS. 4fi7
Expert j'en puis parler : mon ardeur retenue, Au lieu de s'amortir, plus chaude est devenue Et de ma résistance a pris accroissement, Comme on voit un ruisseau de paisible nature S'accroistre et faire bruit, trouvant une closlun^ Et, n'estant empesché, couler tout doucement.
0 ma seule déesse! ô belle Callirée!
Comme dans vostre temple en mofi cœur adorée, Helas! j'ay trop souffert, esloigné de vos yeux! Voyez ma repentance et m'ostez hors de paine. Faillir aucuuesfois est une chose humaine. Pardonner et sauver, c'est l'ofTice des dieux.
STANCES
rOVK MO.XSISCR LE DCC D'aNJOC*, ALLANT ASSIEGER LA ROCHELLE, 137*.
Ah Dieu ! fdut-il partir? est-ce donc l'ordonnanci' Du ciel trop rigoureux, maislre de ma puissance, Que je doive esprouver un si cruel malheur? Comment pourray-je vi\Te éloigné de mon ame? Non, non, si je ne meurs en vous laissant, madamo. Jamais fidelle amant ne mourut de douleur.
Je mourrai, j'en suis seur, et mon ame esgarée, Par ce cruel départ de son corps séparée, Me laissera tout froid, palle et sans mouvement. Et si je dure après, ce ne sera pas vie; Plustost Amour, au lieu de mon ame ravie, Animera mon corps de son feu véhément.
Abusé que je suis! Mais que pensé-je faire? Je pars pour captiver une ville adversaire, Moy qu'Amour tient au joug sans relasche arresté. Si je suis prisonnier, doy-je espérer la prendre? Je vay pour assaillir et ne puy me deffendre Seulement d'un enfant, dont je suis tourmenté.
Que me sert le renom d'avoir dés mon enfance Acquis par mes travaux le repos de la France,
' Le duc d'Anjou, depuis Henri III, alla mettre le siège devant la Rochelle, avec la tleur de la noblesse française, dans les derniers mois d9 l'année 1571, après la Sainl-Barlhélemy. Le courage des huguenots épuisa l'armée royale ; les assiégeants perdirent viiigt-deux mille hommes, les as- «iégès treize cents. Au bout de cinq mois, le duc d'Anjou saisit le prétexte de ta nomination au trône de Pologne pour abandonner l'entreprise.
Et l'effort des mutins inutile rendu, S'il faut que pour son bien à mon mal je consente, Et que de vos beaux yeux si souvent je m'absente? Repos de mon pays, tu m'es trop cher vendu !
J'aimeroy beaucoup mieux que le ciel m'eust fait naistre Sans nom et sans honneur, pourveu que je peusse estre Tousjours auprès de vous doucement langoureux. Baiser vos blonds cheveux et vostre beau visage. Et n'avoir autre loy que vostre doux langage. J'auroy assez d'honneur si j'estoy tant heureux !
Que le monde estonné vante ma renommée, Qu'elle soit par le ciel comme une astre allumée, Que sur mon jeune front cent lauriers soient plantez, Que j'eleve un trophée à jamais perdurable : L'honneurest moins que rien quand l'homme est misérable ; Mon heur et mon honneur gist tout en vos beautez.
Ceux des siècles passez, amoureux de la gloire. Avec arcs triomphans consacroient leur victoire. Ou la faisoient durer par de doctes escrits; Et moy, vaincu de vous, rien plus je ne demande, Sinon qu'à vostre honneur ma desfaite s'entende Et qu'on sçache comment de vos yeux je fus pris.
0 beaux yeux ! mesvainqueurs, doux flambeaux de ma vie, Vostre belle clarté s'en va m'estre ravie ! Je vous laisse, ô beaux yeux ! contraint de m'avancer. Mais je suis transporté de ma fureur extrême, Je ne vous laisse point, je me laisse moy-mesme : Laissant l'ame et le cœur, n'est-ce pas me laisser?
Je n'emporte de moy qu'une charge mortelle. Pleine de passions et d'angoisse cruelle, Que je n'espère pas supporter longuement; Mais^ quand mon corps mourra, ma foy restera vive, Car l'esprit par la mort de l'amour ne se prive : Celuy n'aime pas bien qui le croit autrement.
COMPLAINTE
rOLR MONSIEUR LE DCC d' ANJOU, ELEU ROY DE TOLOGNE, lorsqu'il partit de FRANCE. 1S73.
Vers masculins-
Qui fera de mes yeux une mer ondoyer, Afin qu'à ce départ je m'y puisse noyer? Et quel dueil assez pront me fera trépasser, 0 France! entre tes bras, avant que te laisser?
Quel dieu plein de pitié me faut-il reclamer, Oui me vienue en rocher maintenant transformer, Non pour estre sans ame et pour ne rien sentir, Mais plustost pour jamais de ce lieu ne partir.
Pensers trop inhumains, douleurs qui me troublez, Desespoirs violans en mon ame assemblez, Travaux, soucis, regrets, je vous invoque tous, Ne voulant plus avoir d'autre suite que vous !
Tout plaisir désormais loin de moy soit chassé; Et, s'il me reste rien du bien que j'ay passé. Que c'en soit seulement l'étemel souvenir. Pour toujours ma douleur plus vive entretenir.
G France! où j'ay receu tant d'honneurs méritez, Tant planté de lauriers, tant d'ennemis domtez, Je te voy, me perdant, tout en pleurs te baigner; Je veux donc de mes pleurs les tiens accompagner.
Comme un cruel lyon, par les bois traversant, A la biche trop foible un fan va ravissant. Le destin, que les dieux ne sçauroient empescher. Me vient d'entre tes bras forcément arracher.
Mais, bien qu'un tel ennuy presse assez ma vertu, Si ne m'eust-il jamais de tout point abatu; Et la douleur des miens, qu'or' il me faut quitter, Pouvoit bien m'affoiblir, non pas me surmonter.
Ainsi qu'un haut sapin par les vens menacé. Bien qu'il soit esbranlé, n'est pourtant renversé. Mais, quand le fer cruel vient son pié destrancher. Malgré sa résistance est contraint de broncher.
Mon cœur creu par la peine, en ce point résistant Aux plus rudes efforts, estoit tousjours constant, Et quand quelque douleur me pensoit esmouvoir, Tousjours pour l'empescher j'opposoy mon devoir.
Mais si grand desespoir ma raison va forçant, Que pour y résister je me trouve impuissant, Et me laisse aux ennuis par contrainte emporter, N'ayant rien que les pleurs pour me reconforter.
AÎnour, l'aveugle enfant, m'avoit ouvert les yeux Pour me faire connoistre un chef-d œuvre des cieux ; Mais, si tost que mon cœur s'est mis à l'adorer, Le malheur me le cache et m'en fait séparer.
Tout ce que pour mon bien j'avoy voulu choisir. L'espoir de mes travaux, la fin de mon désir. Par un cruel orage, helas! se va perdant, Et dès le point du jour je voy mon occidant.
Que deviendra mon cœur esloigné de son bien? Que ferez-vous, mes yeux? Vous ne verrez plus rien.
Vostre soleil s'en va, fermez-vous désormais; Geste absence aussi bien vous aveugle à jamais.
Pourquoy, maudit Amour, l'as-lu voulu graver Si belle en mon esprit, pour soudain m'en priver? Puisque je ne pouvoy long-tans la regarder, Tu devois, par pitié, comme toy, me bander.
D'avoir veu sa beauté tout mon mal est venu. Mais je me plains d'Amour, et je luy suis tenu; L'heur de voir une fois tant de perfections Ne se peut acheter d'assez de passions.
Comme un nouveau printans sa jeunesse florist, Sa grâce au mesme point nous blesse et nous guarist, Et tant d'astres au ciel la nuict ne sont plantez, Qu'on voit luire en son front d'admirables beautez.
Amour par ses beaux yeux son empire maintient; 11 y donne ses loix, s'y retire et s'y tient, Et luy mesme d'amour s'est si bien affolé, Que pour n'en plus partir son plumage a brûlé.
De là ce grand vainqueur, tirant visiblement, Ne blesse que les dieux et les rois seulement. Comme digne conqueste, et ne veut employer Les beaux traits de ces yeux pour un moindre loyer.
Comme de l'Océan tous fleuves ont leurs cours, Puis y vont retournant après divers destours; Ainsi de sa beauté toute beauté provient. Et, commençant par elle, en elle elle revient.
Ou comme le soleil, honneur du firmament, Va de ses clairs rayons toute chose allumant, A toutes les beautez son œil sert de llarabeau Et, quand il ne luit point, rien n'apparoist de beau.
Ceux qu'un si cher thresor a rendu désireux Ne font plus cas de rien, tout est trop bas pour eux; Leur esprit seulement vers le ciel est porté, Et leur ciel n'est ailleurs qu'avec sa deïté.
Comment donc, malheureux, enduray-je en vivant Que d'un te! paradis le ciel m'aille privant? Et, pour une grandeur qu'on vient me présenter, Puy-je, helas! de ses yeux à jamais m'absenter?
Misérable grandeur, source de tous malheurs, La bute des soucis, du soin et des douleurs, Helas! pourquoy si fort t'allons-nous adorant. Pour un songe d'honneur nos esprits martyrant?
L'honneur tant désiré n'est qu'une vision. Qui, troublant nos esprits par son illusion. Fait quitter l'heur présent, pour follement chercher Une ombre qu'on ne peut voir, sentir ny toucher.
DIVERSES AMUins. iH
Quel royaume assez grand, quels ports, quelles citez, Pourront plaire à mes sens de douleur transportez? J'aimeroy beaucoup mieux moins de commandement: Que sert i'authorité qui n'a contentement/
Comme un que le soleil sans lumière a laissé Dans un bocage espais, de buissons hérissé, Le chemin qu'il tenoit ne sçauroit plus choisir, Et ce qui luy plaisoit luy cause déplaisir.
Ainsi, ne voyant plus l'œil du mien adoré, Je seray, misérable, à toute heure égaré; tt ce qui plus contente un esprit curieux, Loin de vous, mon soleil, sera triste à mes yeux.
Prenant congé de vous, je le veux prendre' aussi De tant de beaux pensers conservez jusqu'icy ; Je veux de tous plaisirs pour jamais me bannir, Et le seul desespoir avec moy retenir.
Adieu, traits et regards si doux et rigoureux ! Adieu, seul paradis des esprits amoureux ! Adieu, divins propos dont le ciel m'est jaloux: Las! faut-il pour jamais prendre congé de vous?
Adieu, rares beautez dont mon cœur est blessé! Mais que pensé-je faire/ ô moy, pauvre insensé! Pourquoy vous dy-je adieu pour cet esloignement, Puis qu'helas! je ne pars que de moy seulement?
Je ne pars que de moy, puis qu'il me faut laisser En vos yeux mon esprit, rnon cœur et mon penser; Et que je n'ay plus rien qui me rende animé Que Tardant feu d'Amour, dont je suy consommé.
COMPLAINTE
POCR LDT MESME ESTANT EX POLOGNE. 1.57 i.
De pleurs en pleurs, de complainte en complainte, Je passe, helas! mes languissantes nuits, Sans m'alleger d'un seul de ces ennuis, Dont loing de vous ma vie est si contrainte.
Belle princesse, ardeur de mon courage, Mon cher désir, ma paine et mon tourment, Que mon destin, las! trop soudainement Par vostre absence a changé de visage.
0 tans heureux, quand le ciel favorable Me. faisoit voir vos divines beautez!
0 doux propos ! ô biens si peu goustez ? L'n si grand heur n'a guère esté durable.
Comme la rose à l'espine est prochaine, Comme le jour par la nuit est ravy, Comme l'espoir de la peur est suin, L'humain repos est voisin de la paine.
Le dieu volant, qui pour moy n'a pomt d ailes. Tant de faveurs m'avoit fait recevoir, Non pour mon bien, mais pour me faire voir Qu'il garde aux grands les douleurs plus cruelles.
Quê'j'avoy d'heur, vivant en sa presance! Que j'av d'ennuy, m'en trouvant égaré!
Lequeldes deux est plus démesuré, Le bien de voir ou le mal de l'absance.
Je n'en sçay rien; le dueil qui me commande De jugement trop fort me va privant; Mais je sçay bien, et sens en l'esprouvant, Qu'il ne peut estre une angoisse plus grande.
Helas! pourquoy le mal qu'Amour me donne Ne fmist-il comme a fait mon plaisir?
Que ne s'esteint mon violant désir.
Lors que l'espoir de tout point m'abandonne.
Je m'esbahy qu'estant loin de Marie Mon feu cruel ne cesse aucunement, Si toute namme a besoin d'aliment.
Et si la mienne en ses yeux fut nourrie. Je m'esbahy comme je puis tant vivre Sans mon esprit, dont je suis'separé; Je m'esbahy comme j'ay tant duré En ces tourmens qu'une absence me livre.
Je n'ay penser qui n'outrage mon ame.
Je ne voy rien qui ne soit déplaisant ; Le bien perdu me va tyrannisant.
Le souvenir de cent pointes m'entame.
Fier souvenir, importune mémoire, Pour mon repos veuillez un peu cesser, Ne faites plus passer et repasser Par mon esprit les beaux jours de sa gloire.
0 douces nuits! ô gracieuses veilles.
De cent plaisirs ma vie entretenant!
0 jours si cours, las! si longs maintenant! 0 chauds regards ! ô beautez nompareilles '.
Si pour jamais mie terre inconnue Me doit cacher ses thresors précieux, De grâce. Amour, aveugle-moy les yeux : Pour autre objet je n'aime pas ma veuë.
Ah! pauvre moy! pendant que je soupire, Toute espérance en mes laraies noyant,
Quelqu'un peut-estie, à son gré la voyant, Feint l'amoureux et plaint un faux martire.
Quiconque sois, mets fin à ta poursuite, Et reconnois que c'est trop présumer ; 11 n'appartient qu'à moy seul de l'aimer. Toute autre amour pour elle est trop petite.
Et vous, déesse, heureux feu de ma vie, S'il est ainsi que vostre grand' beauté N'ait rien d'égal que ma fidélité, Ne permettez d'une autre estre servie.
STANCES
Amour guide ma plume et me donne l'adresse, Pour vivement pourtraire une jeune déesse, Qui prend les deitez aux filés de ses yeux. Qui rend les plus hautains sous son obéissance, Estallant icy-bas par sa douce presance Ce qu'on voit de plus rare au cabinet des cieux.
Angélique beauté, je sacre à la mémoire Ces vers, avantureux courriers de vostre gloire, Qui n'atteindront pourtant au ciel de vostre honneur; Pour aspirer si haut ma force est trop petite. Je sçay mon impuissance et vostre heureux mérite. Et sçay qu'il vous faudroit un plus divin sonneur.
Que le grand œil du ciel, quand il fait sa carrieiv, S'arreste à contempler et devant et derrière, En terre, au firmament, d'un et d'autre costé, 11 dira qu'il ne voit tant de beautez ensemble. Que tout le plus parfait en vous seule s'assemble. Et mesme que vos yeux font honte à sa clarté.
Celuy qrii délibère et qui ferme s'obstine De ne loger jamais l'Amour en sa poitrine, Qu'il s'espreuve à vos yeux seulement une fois, Puis qu'il restive après, s'il en a la puissance, Faisant comme devant à l'Amour résistance, Et ne reconnoissant son empire et ses loix !
Vous avez pour compagne une grâce amiable, La chasteté vous suit doucement vénérable. Et pourvoit que l'Amour ne vous fait soupirer; L'attrayante rigueur, la grave courtoisie, Les beautez, les vertus, toiites vous ont choisie Et se font icy-bas en vous seule adorer.
En ces tans si troublez, qui voit vos yeux reluire, 11 peut dire qu'il voit, quand le jour se retire, La lune qui rayonne et fend l'air obscurcy;
m DIVERSES AMOURS.
Ou qu'il voit du soleil la lumière enflammée, Quand il veut commencer sa course accoustumée, Et que l'eau de la mer le rend plus esclaircy.
Le printans, gracieux mignon de la nature, Ne nous estalle point tant de riche peinture, Tant de roses, d'oeillets et de lys blanchissans, Comme vos doux regards font naistre de fleurettes. D'agréables désirs, de douces amourettes, Et de hautains pensers qui nous font languissans.
Telle qu'on voit Diane avec sa chaste suite, Quand aux cerfs plus légers elle donne la fuite. Ayant l'arc dans le poing et la trousse au costé; Bien qu'elle ait à l'entour mille et mille pucelles, Elle apparoist tousjours sur toutes les plus belles, Et leurs perfections font lustre à sa beauté.
Tout ainsi l'on vous voit à la cour apparoistre, Et parmy les beautez vostre beauté s'accroistre, Et rien qu'on puisse voir ne vous peut égaler; Vos propos gracieux doutent le plus sauvage. Et vostre poil doré, c'est le plaisant feuillage Où les petits amours apprennent à voler.
Les hauts monts de Savoye, où vous printes naissance, De vos fleres beautez donnent bien connoissance; Ils sont tousjours remplis de neige et de froideur. Devant vostre blancheur toute neige s'efl"ace; Mais, helas ! vostre cœur est tout serré de glace. Et si de vostre froid vous causez une ardeur.
Quand j'admire estonné tant de grâces parfaites, Dont vous rendez si bien nos franchises sujettes. J'estime Amour heureux d'avoir les yeux bandez, Car, s'il avoit la veuë, il ne se pourroit faire Que de tant de beautez, libre, il se peust distraire, Et se prendroit luy-mesme aux laqs que vous tendez.
Mais je m'amuse trop; car, voulant entreprendre De pouvoir par mes vers vos vertus faire entendre, J'entreprends de conter les estoiles des cieux. Les feuilles que l'hyver fait tomber du boccage, Et les flots de la mer au tans d'un grand orage, Kt d'Amour les dédains et les jeux gracieux.
PLAINTE rocR i:.NE nAME
Ma foy mal reconnue, Amour et la fortune. Font que le ciel cruel de regrets j'importune;
Ma foy me rend trop ferme aux assauts du malheur,
Et ne me veut souffrir d'alléger ma douleur,
Encor que justement je le peusse bien faire,
Puis qu'à mon plus grand heur elle est toute contraire.
Amour, d'autre costé, sans égard à ma foy, Foule aux pieds ma franchise et triomphe de moy. Laissant vive en mon ame une immortelle braise; Et ma foy toutesfois ne veut que je l'appaise, Mais plutost que je meure, et qu'en cette verdeur ÎJon cœur serve d'hostie à l'amoureuse ardeur.
Et la fortune encor, sans raison mutinée, Rends, las ! plus que ces deux ma vie infortunée ; Car c'est par sa rigueur que je me vois priver Des fleurs de mon printans par un fâcheux hyver. Las ! c'est par sa rigueur que je languy captive, Et me voy jeune et belle enterrer toute vive.
0 cieux fiers et cruels ! ay-je donc mérité. Durant mes plus beaux jours, telle captivité? Oue n'avez-vous plustost, si j'avoy fait offence. Mis en poudre mon cœur pour plus douce vengeance? Helas! que j'eusse eu d'heur, si le cruel flambeau Qui brûloit à ma nopce eust orné mon tombeau, Finissant tant de morts, dont il faut que je meure ! Toutesfois en souffrant cet espoir me demeure Que la mort, que j'attens, m'ouvrira quelque jour Les prisons de la Foy, de Fortune et d'Amour.
Quoy que fasse le ciel, je seray tousjours telle, On perd tans d'essayer à forcer mon vouloir; Tous les assauts des vens contre un roc n'ont pouvoir. Ma foy, c'est un rocher qui jamais ne chancelle.
J'ay juré saintement d'estre tousjours fidelle Sous l'empire d'Amour; je luy veux faire voir Que je puy pour ma foy mille morts recevoir, Car mourir pour sa foy c'est une chose belle.
Les faveurs, la grandeur, les biens, l'esloignemenl, La rigueur des parens, leur courroux véhément De ce ferme vouloir ne me peuvent distraire.
L'or s'affine au fourneau, mon ame en est ainsy : Elle s'affine au feu d'ennuis et de soucy, Et paroist avx malheurs plus constante et plus claire.
416 DIVFRSES AMOURS.
CHANSON
Las ! que nous sommes misérables D'estre serves dessous les lois Des hommes légers et muables Plus que le feuillage des bois !
Les pensers des hommes ressembler! 1 A l'air, aux vens et aux saisons, Et aux girouettes qui tremblent Inconstammenl sur les maisons.
Leur amour est ferme et constante Comme la mer grosse de flots, Qui bruit, qui court, qui se tourmante, Et jamais n'arreste en repos.
Ce n'est que vent que de leur teste, De vent est leur entendement ; Les vents encor et la tempeste Ne vont point si légèrement.
Ces soupirs, qui sortent sans paine De leur estomach si souvent, N'est-ce une preuve assez certaine Qu'au dedans ils n'ont que du vent?
Qui se fie en chose si vaine, 11 semé sans espoir de fi-uit, 11 veut bastir dessus l'arène, Ou sur la glace d'une nuif.
Ils font des dieux en leur pensée.
Qui comme eux ont l'esprit léger.
Se riant de la loy faussée Et de voir bien souvent changer.
Ceux qui peuvent mieux faire accroire Et sont menteurs plus asseurez, Entr'eux sont eslevez en gloire.
Et sont comme dieux adorez.
Car ils prennent pour grand' louange Quand on les estime inconstants ; Et disent que le tans se change.
Et que le sage suit le tans.
Mais, las ! qui ne seroit éprise.
Quand on ne sçait leurs fictions.
Lors qu'avec si grande feintise Ils soupirent leurs passions?
De leur cœur sort une fournaise, Leurs yeux sont deux ruisseaux coulans.
Ce n'est que feu, ce n'est que braise,
Nesme leurs propos sont briilaiis.
Mais cet ardant feu qui les tué Kt rend leur esprit consommé, Çest un feu de paille menue, Aussi-tost esteinl qu'allumé.
Et les torrens qu'on voit descendre Pour nostre douceur esmouvoir, Ce sont des appas à surprendre Celles qu'ils veulent décevoir.
Ainsi l'oiseleur au boca^^e I1»end les oyseaux pai* ses chansons. Et le pescheur sur le rivage Tend ses filés pour les poissons.
Sommes-nous donc pas misérables D'estre serves dessous les loix Des hommes légers et rauables Plus que le feuillage des bois?
COMPLAINTE
Quand je viens à penser à mon cruel malheui fct au point désastre de ma triste naissance, Je me sens si pressé d'angoisseuse douleur, Qu'il faut qu'en soupirant mille plaints je commaucc. Je fens l'air de regrets, je despite les cieux,
Tout forcené de rage; El les torrens de pleurs, que desbordent mes yeux
Me noyent le visage.
Désolé que je suis, à quoy puis-je aspirer? Où faut-il que je tourne? Helas! que dois-je fain-, Si je ne connoy rien qui me fasse espérer Et si je ne voy rien qui ne me soit contraire? Tout objet me desplaist, toute chose me nuit:
Le ciel, l'air et la terre, l.a chalevir et le froid, la lumière et la nuit,
A ren\7 me font guerre.
Si j*ay quelque plaisir, c'est, helas ! seulement Quand j'invoque la mort duisante à mon oppresM-, Pour luy faire pitié je luy dy mon tourment, Et le mai importun qui jamais ne me laisse- Mais j'ay beau raconter ce qui me fait douloir
A celte inexorable ; Car, hel.is! je ne puis, je ne puis l'esmouvoir
A m'estrc favorable.
Lors que je la re<iuiers de finir mon esmoy. Elle ferme l'oreillp à ma p^^ff prirr^^:
DIVERSES A3IULHS.
Si j'en veux approcher, reculer je la voy; Si je vay au devant, elle fuit en arrière, Et dit que c'est en vain que d'elle je pretens
Secours en mon dommage; Car les dieux, qui ne sont de mes malheurs contens.
M'en gardent davantage.
Us veulent que je vive, afin de faire voir Toute lire du ciel dans un homme assemblée, Et tout ce que l'enfer dedans soy peut avoir Pour tourmenter une ame et la rendre troublée; Car l'éternelle nuit ne couve point d'horreur,
De tourmens et de fiâmes, De pleurs, de peurs, de morts, de remords, de fureur
Qui ne loge en mon ame.
Je ne sçay qui je suis, je ne me connoy point, Sinon que pour un homme où tout malheur abonde. Las! je me sens réduit à un si piteux point, Que, me faschant de moy, je fasche tout le monde. Et ce qui plus me trouble et me fait blasphémer
^"ature et la fortune.
C'est que je ne sçauroy seulement exprimer
L'ennuy qui m'importune.
11 faut que je le countc et l'estouff'e au dedans, Pour ne le pouvoir pas assez tristement plaindre. Dont je viens à sentir mille charbons ardans, Que larmes et soupirs n'ont puissance d'estaindre ; ^■eulement je me plais, me mettant à penser
Que tel est mon martire, Que, quand le ciel voudroit plus fort se courroucci ,
Je ne puis avoir pire.
S'il advient quelquefois qu'outre ma volonté Du logis où je suis j'abandonne la porte, Je chancelle à tous pas d'un et d'autre costé, Tant l'excez du malheur hors de moy me Iransporle; Je ne parle à personne et chemine incertain,
Comme il plaist à ma rage ; Si quelqu'un me rencontre, il me prend lout soudain
Pour un mauvais présage.
Bien que je sois comblé de toute affliction. Et que mon juste dueil par le tans ne s'appaise, Mes amis seulement n'en ont compassion.
Et semble qu'en mon mal tout le monde se plaise; Mesme aux plus durs assauts de ma calamité,
J'entr'oy comme un murmure De ceux qui vont disant que j'ay bien mérité
Le tourment que j'endure.
bl\tRSt< AjioliiS. 413
C'est Irop, c'est trop languy, sans espoir de secoiu>! l'our finir ma douleur il faut que je me tué ; Je veux haster la fin de mes malheureux jours, M 'outreperçant le cœur d'une lame pointue. Mais, helas! je ne sçay si par ce doux trespas
J'auray banny mes paines, Et crains de les porter (maudite ombre là-bas Tousjours plus inhumaines.
C'est assez, ma complainte, il est tans de cess» r TA d'arrester le cours de ton dueil larmoyable. -Mais en m'abandonnant, où te puis-je addresser, S'il ne s'en trouve un seul t.3nt que moy miseraÛ.- ' Va donc où tu voudras, et me laisse endurer
La douleur qui m'affolle; Aussi bien c'est en vain que je veux espérer «ïue ton chant me console.
STANCES Dr JJARIAGE
De toutes les fureurs dont nous sommes pressez, De tout ce que les cieux ardemment couiroucez Peuvent darder sur nous de Lonnerre et d'orage, D'angoisseuses langueurs, de meurtre ensanglanté, De soucis, de travaux, de faim, de pauvreté. Rien n'approche en rigueur la loy de mariage.
Dure et sauvage loy, nos plaisirs meurtrissanf, Qui, fertile, a produit un hydre renaissant De mespris, de chagiin, de rancune et d'en\ie; Du repos des humains l'inhumaine poison, Des corps et des esprits la cruelle prison, La source des malheurs, le fiel de nostre vie !
m On dit que Jupiter, ayant pour son péché, ?ur le dos d'un rocher Promethée attaché. Oui servoit de pasture à l'aigle insatiable, -N'eut le cœur assouvi de tant de cruautL>, liais voulut, pour monstrer qu'il estoit despité, Rendre le genre humain de tout point miserabb.
Il envoya la femme aux mortels icy-bas,
4îO IHVERSES AMOURS.
Ayant dedans ses yeux mille amoureux appas,
Et portant en la main une bouëtte féconde
Des semences du mal, les procez, le discord,
Le soucy, la douleur, la vieillesse et la mort,
Bref, pour douaire elle avoit tout le malheur du monde.
Venus dessus son front mille beautez sema, Pi thon d'autant d'attraits sa parole anima, Vulcan forgea son cœur. Mars luy donna l'audace; Bref, le ciel rigoureux si bien la déguisa, Que l'homme épris de flamme aussi- tost l'espousa, Plongeant en son malheur toute l'humaine race.
De là le mariage eut son commencement. Tyran injurieux, plein de commandement, Que la liberté fuit comme son adversaire; Plaisant à l'abordée, à l'œil doux et riant, Mais qui sous beau semblant, traistre nous va liant D'un lien que la mort seulement peut desfaire.
Il tient dessous ses pies le repos abalu. De cordage et de fers son corps est revestu ; l.e soin est à costé, le travail le regarde, La peur, la jalousie et le mal inconnu, (Mal par opinion) qui rend Lhomme cornu; Puis vient le repentir, chef de l'arriere-garde.
Le dueil et les coun-oux après le vont suivant, Amour fuit, le voyant, léger comme le vant. Bien que le nom d'amour masque sa tyrannie. Car ce puissant vainqueur et des dieux et des rois ^Magistrat souverain) n'est point sujet aux loix, Et de toute sa cour la contrainte est bannie.
Ilelas! grand Jupiter, si l'homme avoit erré, Tu le devois punir d'un mal plus modéré. Et plustost l'assommer d'un éclat de tonnerre, Que le faire languir durement enchaisné. Uoste de mille ennuis, au dueil abandonné, Travaillant son esprit d'une immortelle guerre.
DIVERSE> AMOURS. Hl
On paiie des enfers où les maux sont punis. Un cniel mag^azin de tourmens infinis, liu chien tousjours béant, des sœurs pleines de raqc, Des douleurs de Titye et des autres esprits; Mais je ne puis penser que ce soit rien au prix, Ne qu'il y ait enfer si grand que mariage.
Languir toute sa vie en obscure prison, Passer mille travaux, nourrir en sa maison Une femme bien laide et coucher auprès d'elle; En avoir une belle et en estre jaloux, Craindre tout, l'espier, se gesner de courroux, Y a-t-il quelque peine en enfer plus cruelle;
Je tais tant de regrets, de soucis et d'ennuis, Tant de jours ennuyeux, tant de l'ascheuses nuits, Tant de rapports semez, tant de plaintes ameres Qui les pense nombrer, aura plustost conté Les fleurettes de may, les moissons de l'esté Et des plaines du ciel les flambeaux ordinaires.
Hé ! donc, parmy ces maux que n'avons-nous des yeux Pour connoistre en autruy la vengeance des dieux, Evitant sagement nostre perte asseurée?
Mais au fort du péril nous nous allons ruer, Nous forgeons (malheureux i le fer pour nous tu<^r, Et beuvons la poison par nos mains préparée.
Si d'un sommeil de fer nos yeux n'estoient pressez, La nopce seulement nous apprendroit assez Quel hem- et quel repos son lien nous appreste : Le son des tabourins, les flambeaux allumez, L'appareil, la rumeur, les bruits accoutumez, N'est-ce \m présage seur de prochaine tempeste'
Escoutez ma parole, ô mortels égarez !
Qui dans la servitude aveuglément coure?.
Et voyez quelle femme au moins vous devez pientlri Si vous l'espousez riche, il se faut préparer De servir, de souffrir, de n'oser murmurer. Aveugle en tous ses faits et sourd pour ne l'entendre
Desdaigneuse et superbe elle croit tout sçavoir, Son mary n'est qu'un sot trop heureux de l'avoir ; En ce qu'il entreprend elle est tousjours contraij» Ses propos sont cuisans, hautains et rigoureux; Le forçat misérable est beaucoup plus heureux A la rame et aux fers d'un outrageux corsaire.
Si vous la prenez pauvre, avec la pauvreté Vous espousez aussi mainte incommodité, La charge des enfans, la peine et l'infortune; Le mespris d'un chacun vous fait baisser les yeux, Le soin rend vos esprits chagrins et soucieux. Avec la pauvreté toute chose importune.
Si vous l'espousez belle, asseurez-vous aussi Te n'estre jamais franc de crainte et de soucy; L'œil de voslre voisin comme vous la regarde, In chacun la désire; et vouloir l'empescher, C'est égaler Sisiphe et monter son rocher. Tne beauté parfaite est de mauvaise garde.
?i vous la prenez laide, adieu toute amitié! L'esprit, tenant du corps, est plein de mauvaistié. Vous aurez la maison pour prison ténébreuse, Le soleil désormais à vos yeux ne luira : Bref, on peut bien penser s'elle vous desplaira. Quand la plus belle femme en trois jours est fascheus^^.
Celuy n'avoit jamais les nopces esprouvé, Qui dit qu'aucun secours contre Amour n'est trouvé, Depuis qu'en nos esprits il a fait sa racine; Car quand quelque beauté vient nos cœurs emhi aser, La voulons-nous haïr? Il la faut espouser. Qui veut guarir d'Amour, c'en esfla médecine.
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Mille fois Jupiter, d'amour tout égaré, Pour les yeux de sa sœur a plaint et soupiré; ïoutesfois il la hait dés qu'il Ta espousé^, F.t luy desplaist si fort, que, pour s'en estranger. F.n beste et en oyseau ne feint de se changer, -Ne trouvant rien fascheux pour la rendre abuser.
i/esl un estrange cas, que le palais des dieux Ne s'est peu garantir des débats furieux Naissans du mariago, autheur de toutes plainte-, Ft que ce Jupiter, »fue tout l'univers craint, Aguetté de Junon, cent fois s'est veu contraint De couvrir sa grandeur sous mille estranges fainte«^
l.a nopce est un fardeau si fàciieux â porter. Qu'elle fait à un dieu son empire quitter: Elle luy rend le ciel un enfer de tristesse; tt trouve en ses liens tant d'infelicité, Qu'il aime mieux servir en terre une beauté. Que jouvT dans le ciel d'une espouse deess^.
A l'exemple do luy, qui doit cstre suivy, Tout homme qui se trouve en ses laqs asservy, Doit par mille plaisirs alléger son martire, .\imer en tous endroits sans esclaver son cœui , Kt chasser loin de luy toute jalouse peur : Plus un homme est jaloux, plus sa femme on de
0 supplice infernal I en la terre transmis Pour gesner les humains, gesne mes ennemis '. Qu'ils soient chargez de fers, de tourmens et de liâmes Mais fuy de ma maison, n'approche point de moy. Je hay plus que la mort ta rigoureuse loy, Aimant mieux espouser im tombeau qu'une femmr.
Ha! je vous entens bien, ces propos gracieux. Cas regards desrobe?, cet aimable sou-rire,
iH DIVERSES AMOURS.
Sans me les déchiffrer je sçay qu'ils veulent dire, C'est qu'à mes ducatons vous faites les doux yeux.
Quand je conte mes ans, Tithon n'est pas si vieux, Je ne suis désormais qu'une mort qui respire; Toutesfois vostre cœur de mon amour soupire, Vous en faites la triste et vous plaignez des cieux.
Le peintre estoit un sot dont l'ignorant caprice Nous peignit Cupidon un enfant sans malice, Garni d'arc et de traits, mais nu d'accoustremens.
Il falloit pour carquois une bourse luy pendre. L'abiller de clinquans et luy faire respandrc Rubis à pleines mains, perles et diamans.
Clarice aux blonds cheveux, qui sembloit estre née Pour ravir les autels et la gloire à Cypris, Chère prison des coeurs, doux brasier des esprits, Est nouvelle Angélique à l'ourque * abandonnée.
Ce sont de tes beaux jeux, ô meschant hy menée. Qui remplis les amans de sanglots et de cris ! Le mérite et l'amoui' par luy sont à mespris, Et la volonté libre en triomphe est menée.
Que de pleurs sans profit, que de dieux invoquez, Que de desseins rompus, que d'amours suffoquez 1 Elle, en ce desespoir, est un marbre immobile,
Reprochant sans parler au ciel sa cruauté, Et débat en son cœur : — Ha! maudite beauté. Tu m'es bien de nature un présent inutile !
ADIEU A LA POLOIGNE
Adieu, Poloigne, adieu, plaines désertes, Tousjours de neige et de glace couvertes, Adieu, pays, d'un étemel adieu!
Ton air, tes mœurs, m'ont si fort sçeu desplaiie, Qu'il faudra bien que tout me soit contraire, Si jamais plus je retourne en ce lieu.
Adieu, maisons d'admirable structure, Poisles, adieu, qui dans vostre closture Mille animaux pcsle-mesle entassez, Filles, garçons, veaux et bœufs tout ensemble !
• .Monstre marin, dragon, tarasque; des mois italiens orco et orco. qi snt tous les deux le mi^me sens, à peu de chose près.
DIVERSES AMOURS. i2r.
L'n tel mesnage à l'âge d'or ressemble, Tant regi-etté par les siècles passez.
Quoy qu'on me dist de vos mœurs incniles. De vos habits, de vos meschantes villes, De vos esprits pleins de légèreté, Sarmates Gers, je n'en voulois rien croire, Ny ne pensoy que vous peussiez tant boire; L'eussé-je creu sans y avoir esté?
Barbare f>€uple, arrogant et volage, Vanteur, causeur, n'ayant rien que langage, Qui, jour et nuict dans un poisle enfenné, Pour touL plaisir se joué avec un verre. Ronfle à la table ou s'endort sur la terre, Puis comme un Mars veut estre renommé.
Ce ne sont pas vos grand's lances creusées *, Vos peaux de loup, vos armes desguisées, Où maint plumage et mainte aile s'estend, Tos bras charnus ny vos traits redoutables. Lourds PolonnoiS; qui vous font indomlables; La pauvreté seulement vous deffend.
Si vostre terre estoit mieux cultivée, Que l'air fust doux, qu'elle fust abreuvée De clairs ruisseaux, riche en bonnes citez, En marchandise, en profondes rivières,.
Qu'elle eust des vins, des ports et des minières. Vous ne seriez si long-tans indomtez.
Les Otlu.mans, dont l'ame est si hardie, Aiment mieux Cypre ou la belle Candie, Que vos déserts presque tousjours glacez; Et l'Alemand, qui les guerres demande, Vous dédaignant, court la terre Flamande, Où ses labeurs sont mieux recompensez.
Neuf mois entiers pour complaire à mon maistre, Le grand He.xrv, que le ciel a fait naistre. Comme un bel astre aux humains flambovant. Pour ce désert j'ay la France laissée, Y consumant ma pauvre ame blessée, Sans nul confort, sinon qu'en le voyant.
Fasse le ciel que ce valeureux prince Soit bien-tost roy de quelque autre provincf. Riche de gens, de citez et d'avoir; Que quelque jour à l'empire il paniennr. Et que jamais icy je ne revienne.
Bien que mon cœur soit brûlant de le voir.
I liées, cannelées.