‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 16 sur 190 · PHILIPPE DESPORTES. LVII · texte numérisé non relu

PHILIPPE DESPORTES. LVII

Plus heureux que Villars, Desportes s'était retire dans son abbaye de Bonport. Là, au milieu d'une douce quiétude, il reprit sa traduction des Psaumes. L'interprétation du texte sacré le l'absorbait pas entièrement : deux jeunes femmes annotaient, Jit-on, ses vers, madame Palu et madame d'Aigrontin '. II faisait aussi des voyages à la cour et y prenait part aux fêtes oyales. Dans une de ces visites, le Béarnais lui dit un jour, avec sa libre gaieté, devant la princesse de Conti: «Monsieur de Tilon, il faut que vous aimiez ma nièce : cela vous ranimera et vous fera produire encore de belles choses, quoique vous ne soyez plus jeune. » La princesse répliqua non moins librement: ■< Je n'en serais pas fâchée, je vous assure; il en a aimé qui liaient de meilleure maison que moi. » Elle entendait Margueite de Valois, l'abbé passant pour avoir été au mieux avec elle, ivanl qu'elle fût reine de France -.

Les provocations d'ailleurs ne manquaient pas au riche bénéiciaire; mais, toujours clairvoyant, il ne se faisait point illusion iir les motifs qui inspiraient les aimables coquettes. L'une i'elles, le poursuivant de ses agaceries intéressées, le vieux iol'Io calma son ambition par un charmant sonnet :

Ah ! je vous entends bien! Ces propos gracieux. Ces regards dérobés, cet aimable sourire, Sans me les déchiirrer, je sais qu'ils veulent dire : C'est qu'à mes ducaloiis vous faites les doux yeux.

Quand je compte mes ans, Tiilion n'est pas si vieux ; .le ne suis désormais i|u'une mort qui respire; Toutefois votre cœur de mon amour soupire, Vous en faites la triste et vous plaignez des cioux.

Le peintre éloitim sot, dont l'ignorant caprice Nous peignit Cupidon un enfant sans malice, Garni d'arc et de traits, mais im d'accoutremens.

Aussi tronve-t-on dans le i)ampblel qui a pour titre : Bihliolliique de de Montpemiei; le passage suivant : —.Article 73. Psaumes mis ■s par Philippe Desportes, revus et corrigés par madame Patu, avec . .ijiotalions et sonnets de madame d'Aigrontin. lallemant des liéiux.

Il falloit pour rnrquois une l)nurse lui pendre, L'habiller de clin.,uans, et lui faire répandre Rubis à pleines mains, perles et diamans.

Ainsi rien ne Ironblait la luciflité de son esprit ou le calme rie son âme. Il dominait les événements, flairait les pièges et savait toujours se rendre aussi heureux que possible. Un de ses amis intimes, Jacques de Montereul, a parfaitement décrit son invariable sérénité :

L'âge l'y conviant, ffuidé par la raison.

Il changea doucement la cour à sa maison,

Port de félicité aux autres non commune.

Jamais homme n'usa des biens de la fortune

Sagement comme lui. Tranquillité d'esprit,

Dont on a tant parlé, dont on a tant écrit,

Que chacun cherche tant, que personne ne treuve,

Vrai nectar qui rend dieux les mortels qu'il abreuve.

Douce paix de notre âme, à bon droit avois-tu

Choisi pour la demeure une si grand' vertu.

Jusqu'au dernier soupir, cette compagne chère

Ke l'abandonna point ; avec elle sa mère,

La bonne conscience, étoit à son côté.

Ses Psaumes, dont il avait publié une soixantaine à Paris, cliez Mamert Pâtisson, dès io92 et pendant le siège même de Rouen ^ furent terminés en lo9o : on les réimprima en 1598 et 1604^. Du Kadier vante beaucoup l'exactitude tle la version; je ne le contredirai pas, mais le style ne mérite certainement aucun éloge. Avec la meilleure volonté du monde, je n'ai pu découvrir une strophe élégante ou remarquable dans tout le volume. L'âge avait de bonne heure répandu ses ombres sur le talent du poète et rassemblé autour de lui ses brouillards. Ses amis, ses protégés, ses connaissances, flattèrent ses oreilles de leur complaisante approbation; de Thou, dans son Histoire ««> rerselle, Tessier, Sainte-Marthe, exagèrent la valeur de ces stances caduques. D'autres murmurèrent tout bas un jugement plus vrai, comme Du Perron. Le hautain Malherbe, exprima son avis d'une façon brutale.

Un jour qu'il dînait chez Desportes, avec le neveu de celui-ci, et que le potage se trouvait déjà sur la table, le vétéran lui parla de ses Psaumes et voulut lui en offrir un exemplaire. Comme il se disposait à l'aller chercher, le Normand l'arrêta tout court :

1 Bil<Uoth,^que fravçoise, de l'abbé Goujef, f . XIV.

s Iienis Caigniei, mysicien du marquis de Villeroy, les mit en musique à plusieurs parties; son travail fut imprimé chez Pierre Ballard, en 1607.

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