‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 175 sur 190 · A LA FRANGE · texte numérisé non relu

A LA FRANGE

Du sommeil qui te clost les yeux et la pensée, Sus reveille-toy, France, en cesle extrémité ! Voy le ciel contre toy par toy-mesme irrité, 1 1 regarde en pitié comme tu t'es blessée.

C'est assez contre toy ta vengeance exercée, C'est assez en ton sang ton bras ensanglanté. Et quand ton cœur félon n'en seroit contenté, Pourtant de t'affoUer tu dois estre lassée.

Toy qui fus autrefois l'effroy de l'estranger, Or' tu es sa risée et soumise au danger, Tandis que dessus toy tu t'acharnes cruelle.

Qu'il sorte pour domter ton cœur envenimé.

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Et fasse cuiiiinc on voit un grand loup atïamé, Qui de tout un troupeau sépare la querelle *.

DE GILLES DOLRDLN

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Dourdin eut un esprit veillant incessanimeut Et un corps endormi, chargé d'âge et de graisse : L'esprit pront se plaignoitdu corps tousjours dormant, Le corps lourd, de l'esprit qui n'avoit point de cesse. Le ciel, pour appaiser ces étranges discords, A fait venir la mort cependant qu'il sommeille, Qui d'un somme étemel a fait dormir son corps Afin que son esprit plus à son aise veille.

DE BliEVET

ErSini'E ET CHANTRE EXCEIXEJCT \ MO.V^IELT. MC0LA5, bECRCTAiro; DC r.Oï

Dans ce tombeau tout parfumé de roses, D'un Amphion les cendres sont encloses, Oui tout divin les rochers esmouvoit, Qui de sa voix leur inspiroit des âmes, Oui, comme Orphée, estoit ha y des femmes, Et mieux que luy les travaux decevoit.

l'eut estre, ami, ta voix mélodieuse Dans ce tombeau soupire une chanson l'our Nicolas : mais la terre envieuse De tes fredons nous dérobe le son.

' Imité d'un sonnet de Guidiccion, qui débute par ce vers : Dal pigro e grave sonno ove sepolta, etc.

î Gilles Bourdin était né à Paris en 1517. 11 fut successiveraent lieutenant général des eaux et forêts de France, avocat général au parlement de Paris, procureur général, et mourut d'apoplexie le 23 janvier 15'0. En 154j, il avait écrit un commentaire grec sur les Thermophores d'Aristophane; sou savoir le rendait intéressant pour la pléiade- Les langues hébraïque, arabe, grecque et latine, lui étaient familières. On conserve en manuscrit, à la bibliothèque nationale, ses Mémoires sur les libertés de l'Église gallicane. Il semblait toujours dormir à l'audience, ce qui ne lempêchait pas découter altentiveri;enl. Sa piété, son érudition et sa dro;ture lui avaient acquis l'estime généi aie.

DE LA BARDICUE DE ;,IADAME DE VILLEUOY

Celte chienne, au vif contrefaite, Estoit de beauté si parfaite, Qu'on ne veit onc rien de si beau :

Le poil hlanc dont elle fut riche L'honora du nom de Barbiche, Nom qui n'est point clos du tombeau.

Car une sçavante déesse, Oui fut icy bas sa maistresse, Lui fait part de sa deïté, Et par mille vers mémorables, Et mille portraits honorables La sacre à l'immortalité.

Apres qu'elle eut passé sa vie, De mille délices suivie, Bien aimant, bien aymée aussi, Baisant le beau sein de sa dame Doucement elle rendit l'ame :

Qui ne voudroit mourir ainsi?

Or, si le ciel, qui tout embrasse, Comme jadis aux chiens fait place, 11 ne faut douter nullement Que cette Barbiche si belle Bien tost d'une clarté nouvelle Ne flambe au haut du firmament.

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