‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 179 sur 190 · DE REMY BELLEAU · texte numérisé non relu

DE REMY BELLEAU

0 qu'un grand reliquaire est clos en peu d'espace! Viateur, prens-y garde : en ce lieu si sacré Avec un seul Belleau tu peux voir enterré Phœbus, Amour, Mercure et la plus chère Grâce. •

J'avois creu jusqu'icy que la céleste race S'exemptoit du passage aux mortels préparé, Mais je voy par sa fin le contraire avéré, Voyant mourir en luy tout le chœur de Parnasse.

Jamais plus rare esprit d'un corps ne fut vestu; Ce n'estoit que douceur, que sçavoir, que vertu, Dont mainte grand' lumière en terre estoit randuë.

Maintenant d'un cercueil tous ces biens sont enclos Non, je faux, le tombeau n'enserre que les os, Et par tout l'univers sa gloire est espanduë.

Sun LA MORT DE JACQUES DE LEVY

SIEUR QUKLLS *

QuEus, que la nature avoit fait pour plaisir, Comme une œuvre accomplie, admirable et divine, Portoit Amour aux yeux et Mars en la poitrine; Rien d'égal, entre nous, ne se pouvoit choisir.

Le voyant, on brûloit d'envie ou de désir;

• Voyez la noie de la page 21.

- Mignon de Henri III, mort à la suite d'un duel. Le 2" avril 1578, pour vider une querelle légère qu'il avait eue, le jour précédent, avec d'Entragues, protégé des Guises, il se rendit, à cinq heures du matin, au marché aux chevaux, près de la Bastille. 51augiron et Livarot lui servaient de seconds : P.iberac et Schomberg accompagnaient son antagoniste. Maugiron et Schomberg demeurèrent morts sur la place; Riberac décéda le lendemain; Livarot fut six semaines au lit et guérit; Quelus reçut dix-nem" coups, languit trenle-trois jours et expira le 9 mai, au grand désespoir du roi- Le prince avait fait tendre des chaînes dans la rue Sain!-Anloine po'.ile préserver du bruit des voitures. « Il aidoit à le panser et le servoit de ses propres mains, » dit l'Estoile.

Il fut de grand courage et d'antique origine, Ayant l'ame invincible, aux vertus toute encline, Que la soif d'amasser n'eust sçeu jamais saisir.

En fin, croyant trop fort son cœur et sa jeunesse, Un combat sans pitié de trois à trois se dresse, Où, comme ils monstrent tous maint valeureux effort.

L'un des siens est tué, deux du parti contraire. Lui, blessé, peut guarir, mais il ne lèvent faire, Ayant honte de vivre après son amy mort.

DE LLY-MESME

QrELrs avoit du ciel les beautez plus parfaites : 11 n'estoit point humain, l'œil, le geste et le port L'accusoient pour un dieu. Croyons, puis qu'il est mort, Que les deîtez mesme au trespas sont sujettes.

La fin de Sarpedon, de Memnon et d'Achille Jamais au cœur des dieux n'esmeut tant de douleurs; Phebus sur Hyacinthe espandit moins de pleurs, tt l'ennuy de son fils* luy sembla plus facile.

Au bruit de son trespas, soudain. Venus la belle F.schautfa tout le ciel de soupirs infinis, Renouvellant l'obseque et le dueil d'Adonis, Et pour mourir sur luy se souhaita mortelle.

Diane aux noms divers, qui les forests habite, Encor que la pitié peu la puisse esmouvoir. Brisa son arc d'angoisse, estimant de revoir Le beau corps tout sanglant du trop chaste Hippolyte.

Les Grâces sans confort rompant leurs blondes tresses En semoient son tombeau, qui de lys blanchissoit; La Jeunesse affligée à l'entour gemissoit, L'Honneur, la Courtoisie et mille autres déesses.

Et, bref, les deîtez furent toutes contraintes, En ce triste accident, de monstrer leur ennuy; La beauté seulement ne fit lors point de plaintes, Car elle print naissance et mourut quand et luy.

ÇUR LA MORT DU JEU.NE ilAUGlKO.N*

Amour, ayant là-haut quelque malice faite. Courrouça Jupiter et fut banni des cieux,

' La chute de Phaëton.

- Mippion de Henri II(, qui ser\it de second à Quelus dans son duel conlre J'EnIragnes. dit Entra^iet, et resta mort sur le terrain, comme nous lavon?

Luy, qui cherche en la terre un beau lieu pour retraite, Comme il voit Maugiron, vient loger en ses yeux.

Là, plus chauds que les siens, des brandons il advise, Et des traits acerez d'un plus aigre soucy ; De quoy, fier et contant, tout l'Olympe il mesprise, Et veut forcer les dieux à luy crier mercy.

Mais devant se jouant des feux dont il abonde, Dès qu'il en tire aux cœurs un essay seulement, On croit que Phaëton vient rebrùler le monde. Fors que chacun se plaist en son embrasement. Jupiter, qui voit tout, son malheur considère. S'il ne rompt les desseins de l'enfant Cyprien : Je sçauray, ce dit-il, plein d'ardante colère. Qui sera le plus fort de ses feux ou du mien.

D'entre tous les éclairs, le tonnerre et l'orage Choisissant un long trait, de trois pointes ramé. L'élancé à Maugiron, qui, plein d'ardant courage, Marchoit lors à l'assaut pour son roy tant aimé.

Geste divine foudre ainsi roide jettée.

Long-tans contre l'éclair de ses yeux combatil ; Tous deux esloient du ciel ! En fin elle est domtée, Mais devant de ses yeux le gauche elle amortit.

Apres ce grand combat, Amour croist en audace. Car il reconnoist bien, dés qu'il s'est r'asseuré. Qu'il n'a pas moins d'attraits, ny de force et de grâce, Et que lousjours son coup droit au cœur est tiré.

J'asseure un fait certain, bien que tel il ne semble: Depuis il fut plus beau, plus clair, plus redouté. Car le feu de ses yeux s'unit lors tout ensemble, Et perça tous les cœurs de plus vive clarté.

Le grand Jupiter mesme en eut l'ame ravie, Mais, pour punir Amour, à regret et forcé, Enjoint à Lachesis de lui trancher la vie : Un dieu, sans se vanger, n'endure estre offencé.

Geste fatale sœur, qui jamais ne repose. Et n'aime que le sang, la tristesse et l'ennuy, Comme pour son amy courageux il s'expose, L'estend mort dessus l'herbe et l'Amour quand et luy.

raconté plus liaut. Le roi était épris pour tous deux d'un amour excessif. Il baisa leurs cadavres et leur lit couper les cheveux pour les garder : il déUcha, comme un souvenir, les pendants d'oreille de Quelus. Leurs corps lurent exposés sur un lit de parade, et le prince ordonna que toute la cour assisterait à leurs funérailles. Ayant gardé la chambre quelques jours sans faire voir, il reçut après des visites de condoléance. Konsard et Desportes furent invités par lui à chanler ses mignons; il leur éleva des tombeaux superbes, ornés de statues.

EPITAPUE^. 479

Plusieurs ont soustenu que la mort rigoureuse Pour plaire à Jupiter n'avança son trespas; Mais que de ses beautez elle esloit amoureuse. Et, voulant en jouir, le ravit d'icy-bas.

DE LUY-MESME

Quel nouveau Diomede, altéré de mon sang. T'a meurtre-, cher enfant ? disoit Venus la belle. 0 céleste impuissance! ô cruauté nouvelle ! Qu'un dieu mesme en ce tans des mortels ne soit franc !

Lavant de pleurs son corps, d'où sortoit un estang De couleur t^Tienne, à sa tresse est cruelle, Et par maint chaud soupir de puissance immortelle S'efforce à ranimer ce marbre froid et blanc.

« Ce n'est pas Cupidon, c'est Maugiron, déesse, » Luy dit quelqu'un tout bas, pour Poster de tristesse; Mais elle jette alors des cris plus enflammez.

Et sent de sa douleur la poison jjIus amere. Car, ainsi que d'Amour, de l'autre elle estoit mère, Et les derniers enfans sont tousjours mieux aimez.

SUR L.\ MUllT DE MADAMOISELLE DE ROSTAIN

La clarté du soleil devint pasle et desfaite, Sur le point que Rostain d'entre nous disparut... P.ostain? non, mais le jour que la beauté mourut, <ar Rostain fut le nom de la beauté parfaite.

Elle servit en terre aux Grâces de retraite; •Amour, sous son adveu, toute France courut. Qui l'a veit, Padora. Cloton, qui la ferut, -Ne fust qu'elle est aveugle, eust esté sa sujette.

Rostain, autrefois Paise, or' le dueil de nos yeux. Clair flambeau d'icy-bas', luisant soleil des cieûx, Les destins aux amans ta lumière ont voilée,

Afin que leurs esprits, trop en terre arrestez, Recogueussent le ciel pour séjour des beautez, Te voyans dans le ciel si soudain revolée.

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