‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 185 sur 190 · PARAPHRASE · texte numérisé non relu

PARAPHRASE

SCR LK CAXTIQCE DES TROIS EXFA^SS. DAMEF, III.

Benedicite omnia opéra Domini, etc.

0 vous! du Seigneur les ouvrages.

Clairs miroirs, vivantes images.

Qui par tout son art faites voir.

Effets que de rien il fist estre, Tous, tous, bénissez vostre maistre, Louez et haussez son pouvoir.

Anges, ses ministres fidelles, Pui-s esprits, lumières très belles, Cieux si règlement mesurez, Humeur en crystal congelée Plus haut que la vouste estoilée, Le ï^eigneur, sans fin, rêverez.

Vertus, dont l'heureuse influence Aux elemens donne puissance, Estoiles, fleurs du firmament.

Œil du jour, œil de la nuict brune.

Soleil ardant, humide lune, Louez le Seigneur hautement.

Benissez-le, pluye et rosée, Confort de la terre embrasée, Vents légers, esprits agitez.

Feu, dont la nature est si vive.

Hiver pesant, chaleur active, Sur tout le Seigneur exaltez.

Frimas et bruine menue.

Flocons blancs tombans de la nuê, Gelée et glaçons condensez.

Jours et nuicts, terrestres ombrages,

:;00 ŒUVRES CURESTIENNES.

Tourbillons, foudres et nuages, Sans tin le Seigneur bénissez.

Bénissez sa bonté propice, Terre, des vivans la nourrice, Monts et cousteaux moins relevez, Tout ce qui se germe en la terre.

Et les minéraux qu'elle enserre.

Tous, tous, le Seigneur élevez.

Fleuves, mers, ruisseaux et fontaines, Benissez-le; lourdes baleines.

Poissons, qui dans l'eau vous jouez, llostes de l'air de tous ramages, ^Ynimaux privez et sauvages.

D'un accord le Seigneur louez.

Haussez-le sur toute puissance.

Vous humains faits à sa semblance.

Bénisse Israël sa bonté; Ministres des divins offices, Prestres vouez aux sacrifices.

Par vous le Seigneur soit chanté.

Serfs du Seigneur, donnez-luy gloire; Esprits, célébrez sa mémoire, Qui purs la justice embrassez ; Humbles de cœur et de pensée.

Dont l'ame est toute à lui dressée.

Sans fin le Seigneur bénissez.

Entre tous qui gloire luy donnent.

Que nos voix plus hautement sonnent, Nous qu'il a d'enfers retirez Et des mains d'une mort certaine, Et de la fournaise inhumaine.

Qui nous eust à coup dévorez.

Confessons qu'il est débonnaire.

Que sa grâce à jamais esclaire.

Et qu'il est le grand Dieu des Dieux.

Ainsi levans au ciel leurs âmes.

Et s'esgayans dedans les fiâmes, Ghantoyent les trois enfans hebrieux.

PLAINTE

Depuis six mois entiers que ta main courroucée Se retira. Seigneur, de mon ame oppressée, Et me laissa débile au pouvoir des malheurs, J'ay tant souffert d'ennuis, qu'helas! e ne puis dire

ŒLVKKSs CURt;:^ TIENNES. bUl

Comment mes tristes yeux aux pleurs ont pu suffire, Aux complaintes ma bouche et mon cœur aux douleurs.

Je n'y vois point de cesse, et ma peine cruelle, Que le temps deust vieillir, sans fin se renouvelle, Poussant maint rejetton espineux et tranchant; L'ne nuict de fureurs rend horrible ma vie, Le deconfort me suit encor que je le fuye. Et la raison me fuit plus je la vay cherchant.

0 Dieu! mon seul refuge et ma guide asseuréo, Peux-tu voir sans pitié la brebis esgarée, Estonnée, abbatue, à la merci des sens, Qui, comme loups cruels, taschent de s'en repaistrc? Presque le desespoir s'en est rendu le maistre, L'effrayant de regars et de cris menarans.

N'abandonne ton œuvre, ô Dieu plein de clémence ! Si je t'ay courroucé par trop d'impatience, Plaignant de mes plus chers l'infortuné trempas ; Si je me suis matté d'excessive tristesse, Excuse des mortels l'ordinaire faiblesse : Seigneur, tu es parfait et l'homme ne l'est pas.

Toy-mesme, ô souverain, nostre unique exemplaire, Quand tu veis ton amy dans le drap mortuaire, L'œil clos, les membres froids, palle et défiguré, Ne te peus garantir de ces piteux allarmes ; Les soleils de tes yeux furent baignés de larmes. Et du Dieu de la vie un corps mort fust pleuré.

Moy donc qui ne suis rien qu'un songe et qu'un ombrage Se faut-il estonner, en ce terrible orage. Si ce qui t'a touché m'a du tout emporté? Si pour un de tes pleurs j'ay versé des rivières, Toy, soleil flamboyant, seul père des lumières, Moy, nuage espaissi, moite d'obscnrité?

Quand de marbre ou d'acier mou ame eust été faite, Las! eussé-je peu voir tant d'amitié desfaite. Sans me dissoudre en pleurs, sans me deconforter? Voir de mon seul espoir les racines seichées Et les plus vives parts de moy-mesme arrachéesj Mon cœur sans se douloir leust-il peu supporter?

Je n'y pense jamais (et j'y pense à toute heure; Sans maudire la mort, dont la longue demeure Apres vous, chers esprits, me retient tant ici. J'estoy premier entré dans ce val misérable : Il me semble, ô Seigneur! qu'il estoit raisonnable Que, le premier de tous, j'en deslogeasse aussi.

Mais en tous ces discours vainement je me fonde ; Tu les avois prestez et non donnez au monde,

M)-2 ŒUVRES CURESÏIENNES.

l't as peu comme tiens à toy les retirer, ilelas! je le sçay bien, mais ma fbible nature Trouve pourtant, Seigneur, ceste ordonnance dure, Et ne peut sur son mal d'appareil endurer.

l'iaise-toy l'augmenter de foi'ce et de courage; Sers de gnide à mes pas, fens l'ombre et le nuage, Qui m'a faict esgarer si long-temps de mon bien. Et surtout, ô bon Dieu, donne à mon impuissance du moins de passions, ou plus de patience. Afin que mon vouloir ne s'esloigne du tien.

Donne que les esprits de ceux que je soupire N'esprouvent point. Seigneur, ta justice et ton ire ; Rens-les purifiez par ton sang précieux, Cancelle leurs péchez et leurs folles jeunesses, Fay-leur part de ta grâce, ft, suivant tes promesses, Ressuscite leurs corps et les mets dans les cieux.

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