‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 23 sur 190 · PHILIPPE DESPORTES. LXXXV · texte numérisé non relu

PHILIPPE DESPORTES. LXXXV

« Seigneur Dieu, qui par ta puissance infinie as créé toutes choses, par ta sapienco les conduis, par ta bonté les conserves et par ta miséricorde les réformes, soutenant ce qui chancelle, rolevant ce qui est chû et ressuscitant ce qui est mort, je t'adore, ô Dieu tout-puissant, père des grâces et des miséricordes, et te supplie que tu daignes tourner les yeux vers moi, misérable pécheur, j'entends ces yeux aimables et propices, par lesquels tu rassérènes tout ce qui est aux cieux et sur la terre, ces yeux pitoyables, desquels tu regardas le souverain pasteur de ton Église après qu'il t'eut renié, et soudain il se repentit, te reconnut et se reconnut. Tourne, ô Seigneur, cette veu'l favorable sur ta créature, et voy de quelles ténèbres elle est suivie, de quelles angoisses elle est pressée, de quelles blessures elle est couverte et de quels ennemis elle est saccagée. Tu n'y reconnaîtras presque rien de ton œu\Te, car toutes ses parties sont si changées, que, me regardant au miroir de ta loy, je me fais horreur et me suis épouvantable à moy-même. Cette âme créée à ton image, capable de raison, compagne des anges, héritière du ciel, régénérée par le baptême et rachetée non par autre rançon que par ton propre sang et ta mort cruelle, ô vray fils de Dieu! tu la vois maintenant toute couverte de vices, dépouillée de grâces, morte en la foy, vive au désespoir et défitiurée de telle sorte, qu'on n'y voit rien de son premier être. O^noy misérable, en quels précipices suis-je tombé! Combien de playes ai-je receuës, et quels maîtres ay-je servis, tandis que je m'oublie au pèlerinage d'Egypte et en la captivité de Babvlone, et durant que je secoue le gracieux joug de ta servitude, ou, pour mieux dire, de ma franchise? Car être délivré de toy. Seigneur, c'est être serf, et ta douce garde est l'unique liberté denos°âmes! 1 use donc, pau\Te brebis égarée, retourner à ce pasteur bienaime qui, m'ayant longuement cherchée parmv les épines des vices, m'a finalement tout joyeux remportée sûr ses épaules me couvrira de la blanche toison d'innocence et me fera rentrer lans le parc de son Église, pour y vivre désormais asseurée des ^mbuches des loups. L'enfant prodigue osa revenir à son père ipies avoir dissipé ses meilleures années et toute la riche sub' ■tance de son partage, parmy les débauches et les paillardises ■[, retourne de loin, affamé, pamre et nud, ne rapportant autre hose de toutes les libéralités paternelles qu'une misérable concionce, affligée de crimes, d'horreur et de honte. Tu ne l'ennyes point, ce méchant serf fugitif, en la prison ou aux fers toniels qu'il auroit mérités, mais le reçois en ta famille et estime plutôt digne de pitié que de peine. Quand il s'humilie

à tes genoux, tu ne le rejettes point; tu ne déshérites point l'enfant désobéissant, mais, aussitôt qu'il prononce le premier mot (io sa repentance, tu luy jettes les bras au col, tu le baises, tu luy donnes une robe neuve, et, au lieu du châtiment mérité, tu ])réparf s le banquet. »

Le lecteur a sans doute admiré, comme nous, la i-ichesse et l'ampleur de cette élocution. Un autre fragment ne sauraht lui déplaire.

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