‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 4 sur 190 · PHILIPPE DESPORTES. XVII · texte numérisé non relu

PHILIPPE DESPORTES. XVII

mandé des stances pour se réconcilier avec la belle iiaric Touchet, la seule maîtresse qu'il ait eue. Le poète lui donna le nom fictif de Callirée. 11 semble, d'après ce morceau, que le joune prince avait voulu se détacher d'elle: mais, ses efforts ayant échoué, il brûlait d'obtenir sa grâce. L'esportcs lui prèle néanmoins des accents nobles et fiers.

J'avoue avoir failli : la faule est excusable, Qu'un roi tel que je suis, courageux, redoutable, Qui sait bien conamander à un peuple indomté, Qui ne sait ce que c'est de service et de crainte, N'ait pu du premier coup fléchir sous la contrainte. Et se soit essayé de vivre en liberté. ^

Moi que les cieux amis en jeunesse ont fait être De tant de nations le monarque et le maître. Se faut-il étonner si, m'étant vu domter Et ma libre vertu prisonnière être mise, Je me so s efforcé de la mettre en franchL?e? Toujours le changement est fâcheux à porter.

Je confesse avoir fait, d'im rebelle courage. Tout ce que peut un prince ennemi du servage : Le repos ocieux en travail j ai mué, J'ai comblé mon esprit de soucis et d'affaires, Et forcé pour un temps mes regards volontaires, Les privant à regret des yeux qui mont tué.

J'ai mille jours entiers, au chaud, à la gelée. Erré, la trompe au col, par mont et par vallée, Ardent, impatient, crié; «ouru, etc.

Atteint dans sa fuite, vaincu dans sa rébellion, Charles IX, un peu embarrassé, demande merci. L'aimable créature lui pardonnera-t-elle?

La royauté me nuit et me rend misérable; Jamais à la grandeur Amour n'est favoraljle. Si je nétois point roy, je serois plus content ; Je la verrois sans cesse, et par ma contenance. Mes pleurs et mes soupiis, elle auroit coanoissance Que je sens bien ma faute et qu'en suis repentant.

Sa vaine résistance prouve, au surplus, la force de son amour; le poids d'un monde n'a pu le contrebalancer. 11 pleure, il gémit, accablé de chagrin : scra-t-elle pour lui im ange de colère ou un ange de miséricorde?

0 ma seule déesse! ô belle Callirée!

Comme dans voti-e temple en mon cœur adorée. Hélas! j'ay trop souffert, éloigné de vos yeux' Voyez ma repentance et m'olez hors de peine Faillir aucunes fois est une chose humaine, Pardonner et sauver, c'est l'office des dieux.

XVIII PHILIPPE DESPORÏES.

L'intervention du poète ne fut pas inutile : la belle oflfen- SL-e rendit au monarque ses amoureux privilèges, et il en résulta un fils, auquel Hesportes aurait bien dû servir de parrain. Cet enfaut de l'amour, Charles de Valois, fut d'abord comte d'Auvergne, puis duc d'Angoulème. Marie Touchet, charmante et gracieuse personne d'ailleurs, était née à Orléans, d'une assez bonne famille, en lGi9; son père exerçait les fonctions de lieutenant du bailliage et siège présidial. Klle survécut soixante-quatre ans au prince qui avait désarmé sa colère, grâce à Desportes, et, quand elle eut essuyé ses larmes, quand son chagrin fut un peu calmé, elle lui donna tout naturellement des successeurs. Elle eut donc bientôt une fille, Henriette de Balzac d'Entragues, qui suivit l'exemple de sa mère; Henri IV la prit pour maîtresse et lui témoigna un vif attachement; nommée par lui marquise de Verneuil, elle exerça une puissante inlluence. Le ciel lui accorda une héritière de ses vertus : mademoiselle d'Entragues devint célèbre par son intimité avec Bassompierre. En contribuant à installer Marie Touchet sur les gradins du trône, Philippe avait bien mérité de plusieurs générations et préparé d'illustres amours. Qu'on essaye de nier ensuite l'intluence de la poésie !

L'auteur courtisan rima bientôt une œmre plus singulière : on y voit exposée dans tous ses détails la première aventure galante du jeune duc d'Anjou, qui devint Henri III. 11 avait débuté comme on débute ordinairement, par être timide et embarrassé avec les femmes. Son haut rang, son âge, sa gloire militaire (il avait gagné à vingt ans les batailles de Jarnac et de Moncontour), sa bonne mine enfin, lui attiraient de nombreuses provocations; il s'y montra d'abord indifférent, lui qui devait plus tard succomber aux moindres agaceries. Un jour cependant il fut troublé par le regard d'une femme : Marie de Clèves, princesse de Condé, avait enfin ému ce cœur insensible. Le roi futur, de son côté, fit sur elle une vive impression. Mais un obstacle grave les empêchait de se voir librement. Le mari de la princesse était jaloux, la surveillait sans relâche. Le poète nous la représente donc dans le lit conjugal, méditant sur les périls de sa passion, pleurant même du chagrin de ne pouvoir la satisfaire. Elle en causait pendant le jour avec Marguerite de Valois, sœur de son amant, et lui témoignait une hésitation sincère ou feinte à goûter au fruit défendu. Marguerite,

Plus savante aux effets de l'amoureuse flauime,

lui conseillait de bamiir les scrupules et de ne pas pas perdre

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