‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 58 sur 190 · LIVRE II. TJ · texte numérisé non relu

LIVRE II. TJ

Je ne te puis prouver comme elle me tourmente. Mon cœur en est tesmoin : qu'elle le reprébenle. Tu verras, le voyant, sa rigueur et son tort.

Et, si tu crains trop fort les traits de son visage, >e donne pas sentence à son desadvantage, Mais fay tant qu'elle et moy nous demeurions d'accord.

Si vous voulez que ma douleur finisse Et que mon cœur, qui vous est destiné, Soïl de son mal doucement guerdonné, Et que mon ame en brûlant s'esjouysse;

Si vous voulez qu'à jamais je bénisse L'heme et le point qu'à vous je me donné. Et que l'ennuy qui me suit obstiné.

Comme mi ombrage en l'air s'esvanouysse;

Sans grand travail soudain vous le pouvez. La guarison en vos mains vous avez Du mal d'amour, qui jusqu'au cœur me touche.

Car, s'il vous plaît de le faire cesser, 11 ne vous faut seulement prononcer Qu'un doux ouy du cœur et de la bouche.

CHA.NSON

Un doux trait de vos yeux, ô ma fiere déesse!

Beaux yeux, mon seul confort, Peut me remettre en vie et m'oster la tristesse

Qui me tient à la mort. ^ Tournez ces clairs soleils, et par leur vive flame

Retardez mon trespas :

Lu regard me suffit : le voulez-vous, madame ?

Non, vous ne voulez pas.

Un mot de vostre bouche à mon dam trop aimable,

Mais qu'il soit sans courroux, l'eut changer le destin d'un amant misérable,

Qui n'adore que vous.

11 ne faut qu'un ouy, meslé d'un doux sou-rire

Plein d'amours et d'appas : Mon Dieu ! que de longueurs, le voulez-vous point dire?

Non, vous ne voulez pas.

Pioche sourde à mes cris, de glaçons toute plaine,

Ame sans amitié.

Quand j'estoy moins brûlant, tu m'estois plus humaine

Et plus prompte à pitié.

Cessons donc de l'aimer, et, pour nous en distraire,

Tournons ailleurs nos pas.

liais peut-il estre vray que e le veuille faire? Kon, je ne le veux pas.

CHANSON

Je ne veux jamais plus penser De voir un jour recompenser Le mal qu'en aimant je supporte, Puis que celle qui tient mon cœur ? Me monstre une extrême rigueur, Parmy l'amour qu'elle me porte.

Mais pourroy-je espérer aussi Qu'elle eust jamais de moy mercy, Veu qu'à soy-mesme elle est cruelle, Se privant des plus doux plaisirs, Meurtrissant ses propres désirs El perdant sa saison nouvelle?

Cruelle, où avez-vous les yeux?

Voyez ce printans gracieux ; Voyez ceste belle verdure.

Un jour des prochaines chaleurs Fera languir toutes ces fleurs.

Ores beautez de la nature.

Si le tans léger et coulant Dévore tout en s'envolant, S'il rend toute chose efl'acée. Est-ce pas trop de cruauté, De laisser perdre une beauté Si chère et si soudain passée ?

Si c'est la peur qui vous retient, Pensez que la crainte ne vient Qu'à faute d'amitié parfaite.

Amour est une vive ardeur.

Et la crainte est une froideur, Soudain par \Taye amour desfaite.

Si ma foy vous fait différer, Qui vous en peut mieux asseurer Que vostre œil qui lit dans les âmes?

Helas ! aimay-je ardantement?

Quand je parle à vous seulement, Il sort de ma bouche des flarnes.

Si vous m'aimez, faites le voir, Sans plus mes douleurs décevoir.

Les entretenaut d'espérance ;

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Ou bien, si vous ne m'aimoz pas, fie rotardez plus mon trespas ; Je le prondray pour récompense.

ÏVIII

Depuis que sous vos loix mon amo est retenue, L'an desjà quatre fois s'est veu recommencer : El ma foy, que le tans n'a jamais seeu fausser, Mieux que le premier jour n'est de vous reconnu»".

Si pour voir vostre sein j'abaisse un peu la veui", Si j'ose vostre main de la mienne presser, Ou baiser vostre pant, je vous voy courrousscr. A tel heur, en quatre ans, ma fortune est venue !

Les propos plus communs qu'il vous plaist m'afTermer, C'est que vous n'aimer rien ny ne pouvez aimer. Et qu'il ne faut de vous attendre autre asseurance.

Donc, si par vostre advis je pren de moy pitié, Changeant mon amour forte en commune amitié, A sravoir si l'on peut m'accuser d'inconstance?

Helas! chassez ce vouloir obstiné!

Helas ! chansez ceste estranse nature.

Et n. * ' - '^-ite de nourriture. Mon : , aussi-tost mort que né.

^'< . IMS que je sois guerdonné?

>'esl-il pas tans qu'une heureuse advanture Donne allégeance au tounnent que j'endure. Et de chetif me rende fortuné?

Si vous sçavez que ma foy soit certaine, Si vous voyez la grandeur de ma paine, Si vous pouvez mes lanj^eurs secourir :

Que vous sert-il que je sois misérable? Las ! haslez-vous de m'estrc favorable, Ou vous liastcz de me faire mourir!

Que trop d'amour me seiche et me dévore ainsi. Devant vos yeux cruels embellis de ma paine; Que je m'aille appastant d'une espérance vaine. Plus pour aigrir mon mal que le rendre adoucy;

Que je ne trouve en vous ny pitié ny uiercy, Que je meure de soif au bord de la fontaine :

no niA.NE.

Non, il n'en sera l'ien, beauté trop inhumaine, J'ay soin de mon salut, dont vous n'avez soucy.

Par vos feintes douceurs ne sortans point de l'ame. Quand vous m'avez rendu tout de soulfre et de llame, Vous pensez-vous mocquer d'Amour et de ma foy?

Mais vos deguisemens forcent ma patience, Vostre froid mon ardeur, les tourmens ma constance : Je ne puis estre ù vous si vous n'estes à moy.

Vous le voulez, et j'ay trop de coustume De vous servir pour ne le faire pas : Sors, traistre amour, tourne arrière tes pas ; Tu me brùlois, le dédain te consume.

Si jamais plus vostre beauté m'allume, Yeux qui pleuvez des traits et des appas, Ma flamme esteinte, et qui seulement fume, Revive encor pour mon cruel trespas.

Malgré ma dame et malgré que j'en aye. Qu'à chauds bouillons tousjours saigne la playo Qu'elle me fit à ses pieds esteudu.

Je sens rna braise en glaçons convertie. Mon cœur tout sien comme elle elle a rendu : Tousjoui's le tout se suit de sa partie.

Encor aucunefois, cet archer décevant Au combat me desfie et tasche à me reprendre Avec des yeux trompeurs, qui, sous ma vieille cendre, Font revi\Te des feux brûlans comme devant.

3Iais la nuict solitaire, à mon aide arrivant. Fait qu'en moy je retourne et me mets à comprendre Le mal qui m'est pi'ochain : parquoy, sans plus attendre, Tous ces brasiers je plonge en Lethés bien avant.

Comme un petit oyseau j'approche de la proye. Tais la peur des gluaux me fait prendre autre voye, J'y revien, je la laisse, et fay maint et maint tour.

J'ose et je n'ose pas, je m'arreste et galope ; Bref, j'ourdis une toile ainsi que Pénélope, Dont je desfay la nuict ce que j'ay fait le jour.

Puis que mou plus bel âge, en servant despcusé, Puis que ma loyauté, mon ardeur, ma tristesse.

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