LIVRE
Won teint palle et ma voix, mon œil pleurant sans cesse, N'ont sçeu donter un cœm- qui se disoit forcé :
Espoir, que tant de fois loin de moy j'ay chassé, Comme une idole feinte, et vaine, et tromperesse, Vers quelque autre abusé désormais trouve adresse, Je ne puis en tes rets estre plus enlacé.
Les cieux ny les enfers n'ont de toy connoissance. Les humains seulement font joug sous ta puissance. Qui desseins sur desseins ne cessent d'enfûler.
Tu n'es qu'un songe faux des veillans misérables, Tu repais les esprits de chansons et de fables. Et, le cuiJant tenir, on te voit envoUer.
Je ne suis point jaloux ny ne le veux point estre, Quand un plus fortuné sera de vous reçeu ; M'appercevant trop tard que je me suis deçeu. Je cesseray de suivTC un enfant pour mon maistre.
Bien que vostre beauté mon désir ait fait naistre, 11 fust mort toutesfois aussi-tost que conçeu, Sans l'espoir tout riant qu'en vos yeux j'apperreu. Qui ma flamme a nourrie et l'a fait ainsi croistre.
J'ay sur vostre constance assis mon bastiraent r C'est une éternité, s'il a bon fondement ; Sinon, au premier vent, adieu l'architecture.
Si ce malheur m'advient, saintement je promets Qu'aux sermens et aux pleurs je ne croiray jamais, Ny qu'au cœur d'une femme une seule amour dure.
Belle et guerrière main apprise à la victoire ', Jamais de l'arc d'Amour un seul trait ne perdant; Main qui de son beau char les resnes va guidant, Quand il retourne en Cypre, orgueilleux de ta gloire.
Main dont le blanc esclat obscurcist tout ^-voire, Qui fais de ta froideur naistre un désir ardant. Qui le sceptre et lestât des amours va gardant. Qui m'escris en Tesprit la loy que je veux croire.
Traduction d'un sonnet italien qui débute adnsi :
0 bella man, chel fren del carro lieni, Qu;)ndo Âmor col trionpho à Cipri toma, Nan bianca, man leggiadra, mano adoma, CLe r aureo scettro suo reggi e mantieni-
Main qui sur tes beautez as fait lœil envieux, Main qui sçais triompher des plus audacieux, Et qui rens de mon cœur les lempestes sereines :
Las! ne t'oppose point, ô belle et blanche main, Quand je cherche, embrasé, le secours de mes peines, Qu'une ingrate me cache en la bouche et au sein.
Chassez de votre cœur l'injuste cruauté Qui vous rend contre Amour fièrement obstinée, Et nestimez jamais qu'une dame bien-née Puisse avoir sans aimer quelque félicité.
Mais que vous servira ceste lleur de beauté, De jeunesse et d'amour richement couronnée, Si, sans estre cueillie, elle devient fennée Et perd sa désirable et chère nouveauté?
Il ne suffist d'avoir un champ gras et fertile. Car, s'il n'est labouré, c'est un friche inutile ; La terre en devient dure et ne rapporte rien.
Celle qui ne se sert de sa belle jeunesse Fait comme un usurier, qui cache sa richesse Et se laisse mourir sans user de son bien.
Si vous m'aimez, madame, helas! si vous m'aimez. Et si le trait d'Amour comme moy vous entame. Donc ainsi comme moy vous sentez dedans l'ame, Aux esprits et au cœur, cent fourneaux allumez.
Hé ! pourquoy souffrez-vous que soyons consumez, Servans de nourriture à l'amoureuse flame? N'est-ce une grand' rigueur, si \ous pouvez, madame, Modérer cette ardeur qui nous tient enflamez?
Nous sentons bien tous deux une égale souffrance, Mais de nous en sortir seule avez la puissance ; Encor vous ne voulez nos langueurs secourir !
C'est estre en mesme tans cruelle et misérable, De nourrir un tourment dont on se peut guarir, Et. pom' n'aider autruy, ne sestre secourable.
Hé! que n'est-il permis, aussi bien qu'à mes yeux, A tous mes autres sens d'exercer leur puissance? L'accez qui m'affoiblit perdroit sa violence,
LIVHE II. 83
Et sans plus dépiter je beniroy les cieux.
0 jour bien fortuné ! jour clair et radieux, Où de tant de beautez mon œil eut jouyssance, Que le seul souveuir chasse au loin ma souffrance, Et d'un homme mortel me rend égal aux dieux.
Je vey dans un beau sein, sur deux fraises nouvelles, Amour, comme une abeillo, errer d'un vol soudain, Laissant dedans les cœurs mille pointes mortelles.
Je le vey, le méchant, le meurtrier, l'inhumain ! Oh! si l'on m'eust penjiis d'y mettre un peu la main. Je leusse bien puny de mes peines cruelles.