‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 60 sur 190 · SONGE · texte numérisé non relu

SONGE

Celle que j'aime tant, lasse d'eslre cruelle, Est venue en songeant la nuict me consoler : Ses yeux esloient rians, doux estoit son parler, Et mille et mille amours voloient à l'entour délie.

Pressé de ma douleur, j'ay pris la hardiesse De me plaindre à hauis cris de son cœur endurcy, Et d'un œil larmoyant luy demander mercy, Et que mort ou pitié mist fin à ma tristesse.

Ou\Tant ce beau coral qui les baisers attire, Me dist ce doux propos : Cesse de soupirer, Et de tes yeux meurtris tant de larmes tirer. Celle qui t'a blessé peut puarir ton martire.

0 douce illusion! o plaisante merveille ! Mais combien peu durable e.st Iheur d'un amoureux. Voulant baiser ses yeux, helas ! moy, malheureux ! Peu à peu doucement je sens que je m'éveille.

Encor long-tans depuis, d'une ruse agréable, Je tins les yeux fermez et feignois sommeiller : Mais, le songe passé, je trouve au réveiller Que ma joye étoit fausse et mon mal véritable.

RYMES TIERCES

Pleurs et soupirs, je vous ouvre la porte. Allez trouver la beauté que j'admire, Plaigniez sa peine et ma douleur trop forte ;

Faites luy voir cr que je n'ose dire : Puis que le ciel envieux et contraire Ne me permet ce que plus je désire.

Plaignez l'ennuy qui fait que je n'espère Pour tout salut qu'une mort souhaitée. Heureux repos de ma longue misère.

Las ! quand mon ame est plus fort tourmentée, C'est quand je suis joyeux en apparence, Couvrant son dueil d'une joye empruntée !

Et toutesfois avec sa violance, Bien que ma paine en ma face soit painte, Aucun pourtant n'en a la connoissance.

Helas ! je n'ose alléger d'une plainte Ni d'un soupir mes malheurs déplorables, Que je retiens d'une force contrainte.

Cessez vos cris, amoureux misérables :

Tous les tourmens de l'amoureuse flame A mes tourmens ne sont point comparables.

C'est un grand mal de couver dedans l'amc Le chaud désir et la vive estincelle, Qui se nourrit des beaux yeux d'une dame. " C'est un grand mal de la servir cruelle, Et toutesfois, pour le mal qu'on supporte, On a plaisir quand on la voit si belle.

C'est un grand mal d'aimer de telle sorte, Qu'on n'ose pas descouvrir son martire.

Pour un respect que la grandeur apporte.

C'est un grand mal, et qui ne se peut dire, Que d'estre serf d'une dame volage.

Qui sans repos la nouveauté désire.

C'est un grand mal, voire une extrême rage, Quand Jalousie avec Amour s'assemble.

Troublant les cœurs d'un violant orage.

Et toutesfois tous ces maux mis ensemble N'approchent point de ma griéve tristesse, Qui seulement à soy seule ressemble.

Las! ma douleur seulement ne me blesse, L'ire du ciel n'en seroit assouvie.

Mais la douleur de ma belle maistresse.

Celle qui m'est plus chère que la vie Est (ô regret!) durement affligée D'un faux jaloux, plein de haine et d'envie.

Et ce qui rend mon ame plus chargée.

C'est que sou mal de mon malheur procède. Sans que je puisse, en la rendant vangée, Vanger ma mort et luy donner remède.

COIPLAINTE

La terre, nagueres glacée.

Est ores de vert tapissée ; Son sein est embelly de fleurs,

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