LIVRE II. t
L'air est encore amoureux d'elle,
Le ciel rit de la voir si belle,
Et nioy j'en augmente mes pleurs.
Les champs sont verds, et le boccage Se pare déjeune feuillage.
Les prez ouvrejit mille trésors ; Et moy, despoûillé de ma gloire, Je n'aime couleur que la noire, La portant dedans et dehors- Dès oiseaux les bandes légères, Renforçans leurs voix ramageres.
Donnent l'ame aux bois et aux champs : Leur doux bruit reveille ma peine, Et les plaintes de Philomene Me sont au cœur glaives tranchans.
Les oiseaux cherchent la verdure, Moy je cherche une sépulture Pour voir mon malheur limité :
Vers le ciel ils ont leur voUée, Et mon arae deconsolëc 8e nourrit en l'obscurité.
Ores l'amant sent, dedans l'ame, Pleuvoir des beaux yeux de sa dame L'espoir, qui plus doucement poind :
Et l'œil dont je pleure l'absance M'a privé de toute espérance.
Las ! j'ai crainte et n'espère point.
Ores les animaux sauvages Courent les champs, bois et rivages.
Comme Amour les rend furieux :
Mais le regret qui me transporte D'une pointe encore plus forte, rVessant, me poursuit en tous lieux.
Or' on voit la rose nouvelle Oui se découvre et se fait belle, Monstrant au jour son teint vermeil :
Où, las! mon pallissant visage Se seiche en \'3\Ti\ de mon âge.
Privé des rais de mon soleil!
Or' on voit d'une tiède halaine, Zephire esraouvoir par la plaine Mollement les bleds verdoyans • Et moy je couve en mon courage Des soupirs, qui font un orage De cent mille flots ondoyans.
0 belle jeunesse du monde !
Des désirs la source féconde, Mère des nouvelles amours, De tout l'univers reconnue.
Que me sert ta douce venue, Si mon hper dure tousjours?
RoiTie des fleurs et de l'année, Tousjours pompeuse et couronnée.
Doux soûlas des cœurs oppressez ; Par tout où tes grâces arrivent.
Les jeux et les plaisirs te suivent :
Les miens, où les as-tu laissez?
Quand je voy tout le monde rire.
C'est lors qu'à part je me retire, Tout morne, en quelque lieu caché :
Comme la veufve tourterelle, Perdant sa compagne fidelle.
Se branche sur un tronc seiche.
Le soleil jamais ne m'esclaire, Tousjours une erreur solitaire Couvre mes yeux de son bandeau:
Je ne voy rien que des ténèbres.
Je n'enten que des cris funèbres, Je naime rien que le tombeau.
La France, en partis divisée, Sent enfin sa rage accoisée Au doux leniment d'une paix :
Las ! pourquoi l'ay-je souhaitée, Si la guerre est plus irritée Entre mes pensers que jamais?
Pensers qui font dedans ma teste Un bruit estrange, une tempeste.
Et dressent cent nulle combats :
Mais quoy qui gaigne l'advantage, Sur moy seul tombe le dommage Et la perte de leurs débats.
Las ! qu'Amour ine rend misérable !
Las ! que la joye est peu durable ; Las ! que constante est la douleur :
Que du sort la roue est légère.
Que l'espérance est mensongère, Que l'homme est sujet au malheur!
Non, non, sous le ciel de la lune, Tout va comme il plaist à Fortune, Elle seule est royne icy bas :
S'il y a quelque providence, Au ciel elle a sa résidence,