LIVRE II. M
Ailleurs on ne la cognoist pas.
Car quel ordre et quelle conduite De voir en ténèbres réduite Une beauté digne des cieux?
Et qu'ainsi soit vive enterrée Colle qui deust estre adorée De tous ceux qui portent des yeux?
Aux ours et aux tigres sauvages, Il faut des treillis et des cages Pour les garder d'estre nuisans :
Mais la rigueur est trop extrême, Qui traite une beauté de mesme Que les animaux mal faisans.
Que nay-je tes guides fidelles, Tes passe» et tes colombelles, Et ton char, divine CN-pris, Afin qu'en despit de l'envie Je peusse voiler à ma vie Et au lieu qui clôt mes espris !
Mais sans fruit j'invoque en ma paine Des amours la rnere inhumaine, Recours peu fidèle aux amans :
Le ciel est sourd à mes complaintes, Et toutes ses deîtez saintes Ne sont que vains amuseraens.
La Parque, aux traits inévitable?, Seule est propre aux maux incurables :
Vien donc, ô palle deîté!
Tu n'as autels ni sacrifices :
Mais, si tes dars me sont propices, Mouraut, je loûray ta bonté.
Mary jaloux, qui me defens la vue De la beauté si bien peinte en mon cœur, De tes fureurs mon désir prend vigueur, Et mon amour plus forte continué.
Plus une place est chèrement tenue.
Plus elle acquiert de louange au vainqueur : Plus tu seras vers rnoy plain de rigueur. Plus je rendray ma constance connue.
Quand on ne peut un cœur froid allumer, 11 faut sans plus luy défendre d'aimer : Tout aussi-losi le vuila plain de tlamme.
Donc, si tu veux vivre bien asseuré,
Ferme les yeux, ne garde point ta femme ; Le bien permis est le moins désiré.
J'excuse le mary de colle qui m'a pris D'estre si défiant, de n'aller point sans elle : Je voudroy deux cens yeux, de peur d'estre surpris, Si j'estoy possesseur d'une chose si belle.
Le gouverneur d'un fort, vigilant et fidelle, Jamais d'un long sommeil n'assoupit ses espris : Il s'éveille en sursaut, change de sentinelle. Et craint toujours qu'on ait sur sa place entrepris.
Le maudit usurier, qui sa richesse adore. Sent, dès qu'il en est loin, qu'un soucy le dévore Et que mille glaçons le transissent de peur.
Hé ! qu'est-ce qu'un trésor, ou qu'une forteresse, Auprès de la beauté qui fait vivre mon cœur ? Son mary fait donc bien gardant telle richesse.
D'où vient qu'une beauté, qui m'est toujours présenta Au cœur et en l'esprit, n'est présente à mes yeux? Et comment fait le ciel, de mon aise envieux, Que sans vous, ma douleur, tant d'angoisses je sente?
Plus je suis loin du feu, plus ma flamme est cuisante, Et mes bouillans désirs plus chauds et furieux : Et n'y a bois, rocher, ny distance de lieux, Qui serve à me sauver d'ardeur si violante.
Tu peux luire à ton gré, soleil du firmament. Pour les autres mortels, mais pour moy nullement : Ma nuict dure tousjours loin de l'œil que j'adore.
Je voudroy que le ciel me permist sommeiller. Durant si longues nuicls qui cachent mon aurore, Puis qu'après son retour il me fist reveiller.
Junon, royne des dieux, de courroux toute plaine, Ainsi que le despit la faisoit enrager, Alla jusqu'aux enfers les Fureurs déloger. Allumant leurs brandons contre Inon la Thebaine.
Une déesse, helas ! beaucoup plus inhumaine, Sans descendre aux enfers pour de moi se vanger, Me poursuit, me tourmente, et mon amc mal saine