‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 68 sur 190 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Je m'estoy dans le temple un dimanche rendu , Que de la mort du Christ on faisoit souvenance. Et, touché jusqu'au eœur de vive repentance. Je soupiroy le tans que j'ai mal despendu.

0 Seigneur! qui des cieux en terre es descendu, Pour guarir les pécheurs et laver leur oITance, Que ton sang, ruisselant en si grande abondance. N'ait point esté pour moi vainement respandu !

Seul Sauveur dps humains, sauve ta créature!

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J'achevoy de prier, quand je vey d'avanture Celle dont les beaux yeux sans pitié m'ont deffail.

Ah! Dieu! (ce dy-je alors, la voyant en prière, Triste et l'œil abaissé) ceste belle meurtrière Se repent-elle point du mal qu'elle m'a fait?

Que maudits soient mes yeux, si pronts à mon dommage, Qui, pour le seul plaisir de voir vostre beauté. Ont laschement trahi ma libre volonté.

Mis mes penscrs en trouble et mon ame en servage !

Mon mortel ennemi par eux a eu passage Dans mon cœur desarmé qu'or' il tient arresté; Et lui, qui- contre Amour s'estoit si bien porté. Sent pour sa recompense un feu qui le saccage.

Car ce Dieu sans pitié, comme un cruel vainqueur. Met en feu ma despoûille et se campe en mon cœur, Dont il ne partira jusqu'à tant que je meure.

Mais, ù maudit Amour! tu n'as point de raison : Car, si tu prens mon cœur pour y faire demeure. Es-tu pas bien enfant de brûler ta maison?

Quand nous aurons passé l'infernale rivière, Vous et moy, pour nos maux, damnez aux plus bas lieux, Moy, pour avoir sans cesse idolastré vos yeux. Vous, pour estre à grand tort de mon cœur la meurtrière,

Si je puis tousjours voir votre belle lumière, Les éternelles nuicts, les regrets furieux, N'estonneront mon ame, et l'enfer odieux N'aura point de douleur qui me puisse estre fiere.

Vous pourrez bien aussi vos tourmens modérer, Avec le doux plaisir de me voir endurer. Si lors vous vous plaisez encor en mes traverses.

Mais, puisque nous avons failly diversement, Vous, par inimitié, moy, trop fort vous aimant, J'ay peur qu'on nous sépare en deux chambres diverses*.

Imilé d'un sonnât italien qui commence par ces vers ;

Poi clie voi ed io varcate haverem 1' onde Dell' alra Slige, e sarem fuor de spene, Dannati ad abilar 1' ardenli arène Délie valli infernali, irne e profonde.

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