‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 7 sur 190 · PHILIPPE DESPORTES. XXV · texte numérisé non relu

PHILIPPE DESPORTES. XXV

Pendant que le duc d'Anjou cherchait à négocier le mariage de la Chàteauneuf, il portait au cou, devant tout le monde, le portrait de la princesse de Condé; le roi d'ailleurs ne se gênait point pour annoncer publiquement qu'il ferait tuer le mari. Ce dernier, loin de fuir la mort, semblait plutôt la chercher : au siège de la Roclielle, il avait montré un courage téméraire, qui annonçait le désir de trouver le repos à six pieds sous le gazon *.

Durant le séjour momentané du nouveau roi de Pologne dans la capitale, Philippe mit sous presse le recueil de ses vers, pour lequel le duc lui avait fait un si riche cadeau. Le privilège est du 2S juillet. Cette première édition, publiée en format in-i', éclipse par son luxe toutes celles qui virent le jour plus lard. La beauté du papier, le soin de l'exécution, la rendent précieuse: la bibliothèque de l'Arsenal en possède un exemplaire magnifique. L'aspect du livre confiime donc le rapport de Claude Garnier. Cette édition princeps a encore cela de curieux qu'elle renferme les œuvres capitales de Desportes, sauf un très-petit nombre de morceaux; il y manque les Aiiiours de Lléonice, le deuxième li\Te des Elégies, quelques pièces détachées; mais on y trouve ses meilleurs sonnets, ses plus belles chansons, ses peintures de la campagne les mieux touchées, son éloquente diatribe contre le mariage. A vingt-sept ans, Desportes avait donc franchi presque toute sa carrière poétique.

Du Piadier a fait de grands efforts pour décomTir quelles étaient les maîtresses chantées par Desportes sous des noms fictifs, l a première était indubitablement Diane de Cossé-Brissac, femme du prince de Mansfeld. Dans cette cour dissolue, on ne tenait plus compte des rangs, comme le prouvent si bien les Daiws galantes de Brantôme, peintre joyeux de désordres inouïs. Desportes d'ailleurs était un homme influent ; le bruit cornait même qu'il avait pour amie intime la sœur de Henri 111, la femme du roi de iSavarre, cette ilarguerite que nous avons vue figurer dans une scène très-leste. Pour le rapprocher de la caste nobiliaire, on affectait d écrire son nom en deux mots. Une liaison avec Diane ne laissait pas d'avoir ses périls. Les Mansfeld étaient des hommes violents et implacables. L'un d'eux, bâtard de leur maison, avait joué un rôle sinistre pendant la guerre de Trente Ans, et saccagé le nord de la France. Le mari de Diane ne montra pas un caractère plus facile : ayant surpris sa femme avec un autre amant, le comte de Maure, qui avait supplanté

* L'Estoile, inûue volume, p. 62 et 65.

XXVllI PlilLlPPE DESPORTES.

Desportes, il les tua l'un et l'autre dans un accès de fureur '. Le poète rima l'épi laphe de la volage et charmante victime, mais sans faire allusion à son genre de mort. II gémit en outre sur sa fin tragique dans une pièce de cent trente-six vers -.

Les deux livres des Amours de Diane, au surplus, ne renferment pas uniquement les sonnets, chansons, allégories, complaintes et dialogues adressés à l'inconséquente et malheureuse priacesse. L'auteur y a évidemment inséré une foule de morceaux composés pour Charles IX et le duc d'Anjou, suivant un désir bien naturel aux écrivains de réunir leurs travaux épars.

Le sonnet A mademoiselle Jeanne de Brisiac se trouve dans cette édition et à la suite on lit des stances, que les imprimeurs en ont séparées depuis, mais qui lui servent de commentaires. Elles débutent ainsi :

Lorsque j'écris ces vers, il ne faut que l'on pense

Que, trop audacieux, je n'aye connoissance

Et de votre grandeur et de ma qualité;

Car je jure vos yeux et leur puissance sainte,

Que je garde en ceci le respect et la crainte,

Dont il faut révérer une divinilé.

Je veux bien croire à l'humble adoration du poêle, mais ces deux morceaux n'en prouvent pas moins qu'il courtisait une parente de Diane, pendant que celle-ci agréait ses hommages et l'enivrait de caresses.

Du Radier forme des conjectures assez vagues sur la seconde maîtresse chantée par Desportes. Il croit que c'était Hélène de Surgéres, la même que Ronsard a si hautement célébrée. Comme le sonnet dont il s'autorise termine les Amours de Cléonice, il ne peut se rapporter qu'à cette dernière. Aussi le critique, dans son incertitude, parait-il encore dispose à voir en elle Hippolyte Bouchard, vicomtesse d'Aubeterre, nièce de Brantôme et alliée à la maison de Vivonne; mais il n'appuie d'aucune preuve cette nouvelle hypothèse. Or des indications précises, détaillées même, auraient seules de l'intérêt, en éclairant la biographie de Desportes, en nous initiant aux mœurs de la cour, en faisant revivre pour nous ces aimables créatures, qui se sont depuis longtemps évanouies dans la région des fantômes.

Desportes se plaint souvent des rigueurs ou des infidélités qu'il éprouve. Sa figure contribuait sans le moindre doute à ces infortunes amoureuses. Il n'avait pas la beauté qui séduit ou en-

* Dj Radier, loc. cit.

» Voyez à la lin du volume, p. i84.

Page 1