‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 79 sur 190 · LE COURS DE L'AN · texte numérisé non relu

LE COURS DE L'AN

L'an, comme un cercle rond qui tout en soy iclourne, En soy-mesme revient tousjours en monvemcnf. Et du point de sa fin reprend commencement. Courant d'un pié glissant qui jamais ne séjourne.

Ma peine en est ainsi, peine, helas! trop cruelle! Qui change à son plaisir mes saisons et mes jours;

LKS AMOLKS bllllTOLYTE. 15'

Cai' au l'O-nt qu'elle arrive à la fin de son coui-s. Comme l'an, par sa fin, elle se renouvelle.

Que l'an donc à son gré diversement tounioye, Et que le clair soleil marche par ses maisons; Amour dedans mon cœur fera quatre saisons, Et mon cruel touniient tiendra la mesme voye.

Quand le bel œil du citl, clair d'une douce flame, Entrant au Mouton d'or les fleurs reverdira. Amour, fils du Printans, dans mon cœur entrera, Faisant naistre et fleurir les soucis en mon ame.

Et comme on voit alors cotiler toute fondue L'eau que le froid by\er en glaçons resserroit. Amour, touchant mon cœur, qui glace demeuroit, Le fera fondre en eau par mes yeux cspanduè.

Si du porteur d'Europe aux Jumeaux il arrive, Et sortant du printans il croisse les chaleurs. Amour renforcera ma peine et mes malheurs. Sans que je sorte, helas ! du joug qui me captive-

Et s'il laisse, arrivant au Lyon effroyable, Le Cancre ardant de chaud, et de soif altéré. Lors mon cœur, tout brûlant d'un feu démesuré. Sentira malheureux un esté trop durable.

Durant cette saison le laboureur s'appreste A cueillir le doux fruit des travaux endurez. Moissonnant tout joyeux les espis blons-dorer. Dont la mère Cerés va couronnant sa teste.

Et moy, pour tant de peine, helas! trop mal semée Au terroir infertil de vostre cruauté.

Je n'espère cueillir en l'amoureux esté. Sinon perte de tans et de ma renonmiée.

Si, passant par la Vierge, il entre en la Balance, Et qu'aux jours tempérez il égale les nuits. Amour, sans modérer mes durables ennuis. Rendra ma peine égale à ma persévérance.

Comme en cette saison la verdure s'efface. Que l'hyver puis après fait mourir en passant, Ainsi l'Amour cruel rend mon teint palissant. Attendant que la mort de tout point me deface.

Et quand du Scorpion courant au Sagittaire, Vei-s le cercle hyvemal Phœbus s'adressera, Amour de mille peurs mon espoir glacera, Ayant pour mon hper vostre rigueur contraire.

Passant le Chévre-come et l'enfant de Phngie, S'il va d'un mesme cours les Poissons traverser, Qiiel tropique assez froid lors pourray-je passer, Amour, pour rendre en moy ta chaleur amortie''

lo8 LES AM0LH6 D lllPPOLi'lE,

Durant ces mois derniers que la terre est gelée, Portant neige et frimats au lieu de belles Heurs, Les vens par leurs soupirs, et le ciel par ses pleurs Uegrettcnt la richesse au printans eslalée.

Et moy, versant des yeux une éternelle pluye. Et laschant maint soupir par les vens emporté, Je me plains, ne voyant la divine beauté, Qui, comme un doux printans, faisoit fleurir ma vie.

Autour du Zodiac le soleil se promeine, Tousjours en mouvement légèrement dispos,' Madame, autour de vous, je tourne sans repos, Et du point de sa fin recommence ma peine.

Ayez le cœur d'un tigre ou d'une ourse cinielle, Soyez, s'il se peut faire, aussi fiere que belle, Riez de tant de pleurs sans profit respandus Et des pas qu'après vous si souvent j'ay perdus ; Que vos yeux, dont les traits ma jeunesse ont desfaite, Se dédaignent de voir la prise qu'ils ont faite. Comme basse conqueste, et ne méritant pas Que si brave guerrière en doive faire cas ; Envenimez ma playe, et durez inhumaine.

Avec tant de rigueurs, c'est perdie vostre paine, De penser qu'à la fin mon cœur, d'ennui lassé, Cesse de poursuivir le chemin commencé.

Amour pour mon malheur croist sa persévérance ; Ihiis de faire autrement je n'ay plus de puissance, Semblable au marinier par les vents emporté. Qui ne peut retourner au port qu'il a quitté; Ainsi ma course, helas ! ne peut estre arrestéc, Le trait est décoché, la chance en est jettée. Et sans espoir de mieux, il faut persévérer : C'est heur au malheureux de ne rien espérer.

Lors que de vos regards mon ame fut éprise. Et que j'osay penser la superbe entreprise De vous offrir mon cœur, si je m'estoy promis Quelque douce faveur de vos yeux ennemis, J'auroy juste raison d'accuser sa promesse. Rechargé coup sur coup de nouvelle tristesse; Mais lors que je vous vey, ce grand maistre des dieux, l'our mieux vous contempler, me débanda les yeux, Et voyant que mon ame erroit toute égarée l'army tant de beauté de luy-mesme adorée. Pour retenir mon cœur tout prest à déloger,

LtS AMOLKS D UIPPULYIE. [ÔO

Me flst voir aussi-tost mon apparent danger,

Mon malheur tout certain, mon audace et ma perle.

Et ma prochaine mort de vos beautez couverte.

• Voy bien ce que tu fais (dit cet aveugle enfant) <]ar si ses deux beaux yeux vont ton ame échauffant, Et malgré la raison te forcent de me suivre, Chasse au loin tout plaisir, n'espère plus de vivre, Banny-toy de toy-mesme, et, triste desoi-mais, Ne pense plus gouster de repos ny de paix; Et pour comble de mal, en prison si cruelle. Désespère plus fort, plus tu seras lidoUe. •

Assez d'autres propos Amour me sçeut tenir, Amour, prophète seur de mes maux à venir; Mais il n'avança rien. Ma volonté forcée Suivit obstinément sa course encommencée, Résolu d'endurer tout ce qu'on peut penser, Et lasser les tourmens plustost que me lasser.

Aussi, belle Hippolyte, au milieu du martire Un soupir seulement de mes flancs je ne tire, Je ne me plains jamais de tant de cruautez; Mais, quand vous me tuez, je chante vos beautez, Et ne vous blasme point de m'estre si rebelle. Car je me suis promis cpie vous me seriez telle, Et n'atten pas de vous un plus doux traitement, Oue mourir sans pitié senant lidellement.

Quand le soleil doré laisse nostre hémisphère, Toumact ailleurs le cours de ses chevaux allez. S'il paroist peu souvent, si les jours sont gelez, Le désir des humains par l'espoir se modère.

Mais après son retour, qu'on s'attend qu'il éclaire. Si d'un nuage épais ses rayons sont voilez. Hommes, bestes, oiseaux, en sont tous désolez; Et les champs trop baignez ne font que se déplaire.

-Ainsi, quand loin de moy mon soleil se tenoit, Bien que mon mal fût grand, l'espoir me soustenoit. Et, souffrant constamment, j'attendoy sa présence.

Mais, voyant qu'au retour il m'est tousjours caché, Je me noyé en mes pleurs, languissant et fasché, Et plus je vay avant, moins j'ay de patience.

Deux tlaus Mjleils, la nuict estincelan^. Et une main trop belle et trop cruelle

140 LtiS AMULl;S DHll-POLVlE.

Me font ensemble une guerre immortelle, Comblant mon cœur de désirs violans.

Las ! je n'estcins par mes pleurs ruisselans De ces beaux yeux une seule estincelle ; Et ceste main dont la blancheur me gesle, N'échauffe point par mes soupirs brùlans.

Si je suis près, la main de près m'enserre, Et les beaux yeux de loin me font la guerre, Perçans mon cœur comme un blanc qui est mis.

Belle Hippolyte, ardeur de mon courage, Vous me prenez trop à vostre advantage. Me combattant avec trois ennemis *.

En pire estât ma fortune est venue, 0 tristes yeux, helas ! qu'elle n'esloit. Lors que le ciel, bénin, vous permcltoit Voir la beauté de moy tant reconnue.

Car si l'ardeur où mon ame est tenue.

S'en approchant, d'heure en lieure augmenloit, Son œil pileux mon mal reconfortoit, Rendant ma vie en espoir maintenue.

0 tans heureux! quand je peu, la servant, Luy découvrir mes ennuis si souvant.

Pleurer, crier, blasmer sa rigueur forte !

Las! maintenant je ianguy sans confort.

Et de la mort qu'absent d'elle je porte. Rien ne me peut délivrer que la mort.

Jamais foible vaisseau, deçà, delà porté, Par les fiers aquilons ne fut tant agité L'hyver en plaine mer, que ma vague pensée Est des flots amoureux haut et bas élancée.

Ainsi qu'un patient, dont l'esprit est troublé Par l'effort rigoureux d'un accez redoublé. Flotte en songes divers; l'humeur qui le tourmente Fait chanceler son ame, et la rend inconstante;

Imité d'un sonnet italien qui commence par cette stroplie :

Due vaglii occhi et una man belia, ma cruda. D'accordo son per far mia vita loeve ; Quei con fuoco mi fan, auella con neve Guerra, onde il corpo afilitto aggliiaccia e suda-

Un tiebat apre> l'aulic en l'esprit lui revient. Ainsi je rêve, helas' quand ma fièvre me tient, Chaude fièvre d'Amour inhumaine et contraire, Dont je ne veux guarir quand je le pourroy fairo.

J'erre égaré d'esprit, furieux, inconstant. Et ce qui plus me plaist me desplaist à l'instant; J'ay froid, je suis en feu, je m'asseure et défie, Sans yeux je voy ma perte, et sans langue je crie. Je demande secours, et m'élance au trespas; Or' je suis plein d'amour, et or' je n'aime pas, Et couve en mon esprit un discord tant extrême, Qu'aimant je me veux mal de ce que je vous aime

Il faut, en m'efforrant, cette pointe arracher Qu'Amour dedans mon cœur a sreu si bien cacher ; Esteignons toute ardeur en nostre ame allumée, tt n'attendons pas tant qu'elle en soit consumée.

Desjàje connoy bien que je sers vainement, C'est de ma guarison un grand commencement; Mais las! qu'en foible endroit j'assié mon espérance! Aux extrêmes périls peu sert la connoissance. Si je connoy mon mal je n'en pers la douleur ; Connoistre et ne pouvoir, c'est un double malheur. J'embrase ma fureur, la pensant rendre étainte, Et voulant n'aimer plus, j'aime, helas! par contrainte; Mais, si je pers mon tans sous l'amoureuse loy, Quel autre des humains l'employé mieux que raoy?

L'un à qui le dieu 3Iar5 aura l'ame enflammée, Accourcissant sa vie, accroist sa renommée; L'autre moins courageux, d'avarice incité, Cherche aux ondes sa mort, fuyant la pauvreté; L'autre en la cour des roys brûlé de convoitise. Pour un espoir venteux engage sa franchise; L'autre fend ses guerets par les coultrr-s Irenchans, Et n'estend ses désirs plus avant que si?s champs. Bref, chacun se travaille, et nostre vie humaine N'est que l'ombre d'un songe et qu'une fable vaine.

Je suis donc bien-heureux d'avoir sçeu mieux choisir, Sans loger icy bas mon céleste désir : Un puissant dieu m'arreste et, pour gloire plus grande, 11 me met sous le joug d'une qui luy commande: Si;achant ne pouvoir rendre autrement captivé Mon esprit, qui tousjours au ciel s'est élevé.

L'aigle, courrier du foudre et ministre fidelle Du tonnant Jupiter, roy des oyseaux s'appelle, Pourcc que sans fléchir il sous tient de ses yeux Les traits éblouissants du soleil radieux.

112 LES AMOURS d'hIPPOLYTE.

Et q\ie d'une aile pronte, au travail continue, S'élevant sur tout autre il se perd dans la nue.

Mov donc, qui dresse au ciel mon vol avantureux, Doy-je pas me nommer l'aigle des amoureux .' Car, si l'aigle regarde un soleil plein de llame, Je soustien fermement les deux yeux de ma dame, Deux soleils (lambloyans de rayons éclaircis, Et qui d'ombreuse nuit ne sont jamais noircis.

Lorsque sans y penser par fortune j'advise Ces amans abusez, qui ont l'ame surprise De quelque autre beauté, je me sens bien-heureux D'cstre ainsi que je suis pour ses yeux langoureux, Et plains leur passion comme mal despenduë, Croyant qu'en autre part toute peine est perdue ; Et dy en m'estonnant : Dieu! quel aveuglement Trouble si fort leurs yeux et leur entendement Qu'ils n'aiment pas ma dame! Amour, qui les ofTnacc, Se monstre en leur endroit enfant sans connoissance.

De moy, rien que cet œil ne m'eust sçeu faire aimer. L'ardeur d'autre désir ne pouvoit m'entlamer, Un trait moins acéré n'eust mon ame blessée. Et de moins blonds cheveux ne l'eussent enlacée : Autre amoureux propos ne m'eust pas enchanté. Et n'eusse point languy pour une autre beauté : Amour, je te pardonne, et ne fay plus de plainte. Puis que si belle flèche en mon sang tu as tainte. Car, pris en si haut lieu, j'aime tant mon tourment. Qu'en l'assaut des douleurs je me plains seulement Que si tard sa beauté mon ame ait retenue, Et porte envie aux yeux qui devant moy l'ont vue.

Ah ! qu'Amour m'a fait tort de m'avoir tant celé L'heur où le ciel in'avoit en naissant appelé ! Amans désespérez qui l'avez tant servie. Chargez de mille ennuis, que je vous porte envie! Las ! pourquoy, malheureux, ai-je tant attendu ? Je voudroy, comme vous, m'estre plustost perdu. Sans avoir si long-tans fait errer mon courage Au gré de mille amom^s, inconstant et volage.

Mais je me plains à tort : mon bon-heur a souffert Que j'aye aimé devant, pour estre plus expert, Et sçavoir mieux couvrir mon amoureuse flame. Quand les yeux d'Ilippolyte auroient forcé mon ame : L'expérience apprend. En ce commencement, Pour estre un jour parfait j'apprenoy seulement : Helas ! pour mon malheur j'en ay sçeu trop apprendre ! Heureux qui n'y sçait rien, et n'en veut rien entendre!

LES AMOURS D HIPPOLYIE. 1 Cï

Or ji^ sray reconnoistre Amour pour mon vainqueur, Tomme on vit en aimant sans esprit et sans cœur, Comme on peut receler une douleur mortelle : Je sçay brûler de loin et geler auprès d'elle: Je sçay comme le sang, vers le cœur s'amassant, De honte ou de frayeur rend un teint pallissant : Je st^ay de quels filés la liberté s'attache, Je sçay comme un serpent parmy les Heurs se cache, Comme on peut sans mourir mille morts esprouver. Chercher mon ennemie et craindre à la trouver.

Je sçay comme l'amant en l'amante se change. Et comme au gré d'autruy de soy-mesme on s'estrange, Comme on se plaist au mal, comme on veille en dormant, Comme on change d' estât cent fois en un momant : Je sçay comme Amour voile, errant de place en place, Comme il frape les cœurs avant qu'il les menace, Comme il se paist de pleurs et de soupirs ardans. Enfant doux de visage et cruel au dedans. Qui de traits venimeux et de (lames se joué, Et comme instablement il fait tourner sa roue. Je sçay des amoureux les changemens divers. Leurs pensers incertains, leurs désirs plus couvers. Leur malheur asseuré, leur douteuse espérance, Leurs mots entre rompus, leur pronte meffiance, Leurs discordans accords, leurs regrets et leurs pleurs. Et leurs trop cours plaisirs pour si longues douleurs.

Bref, je sçay pour mon mal, comme une telle vie, Inconstante, incertaine, à tous maux assenie, S'égare au labyrinth de diverses erreurs. Sujette à la rigueur de toutes les fureurs. Et comme un chaud désir, qui l'esprit nous allume, Enfielle un peu de miel de beaucoup d'amertume.

Amour, à qui j'ay fait tant de fois sacrifice De mon cœur tout sanglant réduit sous ton pouvoir. Si la voix d'un mortel peut les dieux esmouvoir, Tens l'oreille à la mienne, et te monstre propice.

Je ne demande pas que mon mal s'adoucisse, Que tu blesses ma dame ou change mon vouloir. Je s<;ay qu'un si grand heur je ne puis recevoir, Et que jusqu'à la mort il faut que je languisse.

Pour fruit de mes labeurs donne moy seulement Que son nom glorieux vive éternellement. Et que mes vers plaintifs, courriers de son mérite,

Ul LES AMOURS d'hIPPOLYTE.

Façent qu'après mille ans les François estonncz Gardent le souvenir d'une helle Ilippolyte, Plaignant les coups mortels que ses yeux m'ont donnez.

Ce jour un pauvre amant triste et désespéré, L'ame en feu, l'œil m pleurs, le cœur plein de tristesse. Et la bouche en regrets, éloigne sa déesse, Forcé du ciel cruel contre luy conjuré.

Helas! à ce départ s'il se voit séparé De ce qui l'a fait vivre heureux en sa destresse : Que ne meurt-il soudain sous le faix qui l'oppresse, S'affranchissant du mal trop long-tans enduré?

Aussi seroit-il mort : une si triste absance Eust finy prontement sa vie et sa souffrance : Mais le grand dieu d'Amour, juste vangeur du tort.

Pour plus le tourmenter le fait vivre sans ame; Car l'amant qui se peut éloigner de sa dame, ^'est pas assez puni par une seule mort.

0 mon cœur plein d'ennuis que, trop pront, j'arrache. Pour immoler à une, helas! qui n'en fait conte! 0 mes vers douloureux, les courriers de ma honte. Dont le cruel Amour ne fut jamais touché!

0 mon teint pallissant, devant l'âge seiche. Par la froide rigueur de celle qui me donlel 0 désirs trop ardans d'une jeunesse pronte! 0 mes yeux dont sans cesse un fleuve est espanché !

0 pensers trop pensez, qui rebellez mon ame ! 0 débile raison! ô lacqs! o traits! o flame! Qu'Amour tient en ses yeux trop beaux pour mon malheur.

0 douteux espérer! ô douleur trop certaine! 0 soupirs embrasez, témoins de ma chaleur! Viendra jamais le jour qui doit finir ma peine ?

Durant qu'un feu cruel dedans Rome saccage Tant de palais dorez, tant de superbes lieux, Et qu'un bruit tout confus fait retentir les cieux. Les Romains malheureux lamentant leur dommage,

Néron, fusil de meurtre, et de llamme et de rage, Se rit de leurs regrets, cruel et furieux,

Lt> .\>i<'Li, > il iiiirui lit..

tl i hanle en regardant le feu victorieux , Laissant de sa rigucui' à jamais lenioit:na;-'o.

Celle qui de mon cœur tient le gouveniemenf, Fait ainsi l'inhumaine en mon embrasement: Elle rit de mes pleurs, mon malheur est sa gloire.

Son bel œil s'esjouyt de me voir tourmenté, Et se plaisl de laisser en mes vers la mémoire De ma flamme étemelle et de sa cruauté '.

Loin du nouveau soleil en mes vœux adoré, Qui pour luire autre part sa clarté m'a ravie. Comment puis-je tant vivre éloigné de ma vie, Sans ame et sans esprit, palle et défiguré?

Mille plus foi-s que moy n'eussent pas tant duré, El la mort aussi-tost leur tristesse eut bannie : l'ourquoy donc du trespas n'est la mienne finie, Veu que pour mon secours je l'ai tant désiré?

J'en sçay bien la raison : Ceste mort trop cruelle, Voyant dedans mon ca-ur vostre image si belle, Se retire étonnée et retient son efl^ort.

0 destin rigoureux d'un amant misérable! En peinture et de loing vous m'estes favorable : Mais \Ta\e, et près de vous, vous me donnez la mort.

Si ceste grand' beauté, tant douce en apparence, Ne couvTe, ô ma déesse! un cœur de diamant, Vous plaindrez mes douleurs, quand vous verrez coranianl Amour m'a travaillé loin de vostre présence.

Mais, las! je m'entretiens d'une vaine espérance : Car, si mon foible esprit dure assez longuement Pour vous revoir, madame, une seule influence Du soleil de vos yeux guarira mon tourment.

)fon ame ores tenue en langueur inhumaine, Oubliant sa douleur paroistra toute saine, Et les rais de vos yeux mes pleurs iront seichant.

Voilà comme un bel œil de deux sortes m'ofi'ance, Me blessant à la mort el puis en m'empeschant Que je ne puis monstrer ma mortelle soufl^rancc.

iiujlc d un soimet italien de Jean Mojnnllu qui dvbule ainsi :

Menlre i suf>erbi U lli a ii.uie a parle Ardean di Homa, etc.

lit, Lts. A MO LU s. I> UlU'uL \ 1 L.

Quand premier Hippolyte eut sur inoy la victoire, Et que j'ouvry mes yeux au jour de sa beauté, Je ne syay qu'il madvint, je fus si transporté, Que de moy-mesme, helas! je perdy la mémoire.

Mes sens'estoient ravis en l'amoureuse gloire, Et mon œil esblouy de trop grande clarté, Ci-aignant ses chauds regards, s'abaissoit arrestc Sur son beau sein d'albâtre et sa gorge d'yvoire.

Je senty mal et bien, chaud et IVuid à l'instant : J'esperay sans espoir, j'en peur, j'osay pourtant, El parlay dans mon cœur mainte chose inconnue.

Je le rûrtiliay pour les maux à venir. Et, pour mieux y penser, chassay le souvenir De toute autre beauté que devant j'avoy veuë.

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