‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 81 sur 190 · laindre · texte numérisé non relu

laindre

■ i • I >•■' I-- rJr«ii

Je nay de uum amour aucun fruit espéré : Si je n'esiK.'re rien, rien ne nit> fera craindre.

Axuir pour toute guide un désir téméraire. Et comme les Titans au ciel vouloir monter, ^ur un mont de pensers res[»erance planter, l'uis Noir tout renverser par fortune contraire ;

Connoistre assez son mal, ne s'en pouvoir di&liaire, Chercher obstinément ce qu'on doit éviter, >^ nourrir de douleurs, nuict et jour lamenter, Kt, fuyans ses amis, croire à son advcisaire;

Our'lir pour s'empestrer mille nouveaux litiis, Cstre serf d'un tyran qui rit du mal des siens, Et jamais à leur foy, trop ingrat, ne regarde;

Ce sont les lois qu'Amour de ses traits écrivit ■^ur le roc de mon cœur, le jour qu'il m'asservit, Et sans espoir de grâce il faut que je les garde.

A pas lens et tardifs tout seul je me promaine, Et mesure en ré\ant les plus sauvages lieux : Et. pour n'eslre apperreu. jf choisi de mes yeux Les endroitd nou ûayez d'aucune trace humaine.

lis LES AMOLUS d' II I PTOL YT E.

.le ii'ay que ce rampait pour deffeudre ma pauic, Ll cacher mon désir aux esprits curieux, Qui, \oyans par dehors mes soupirs furieux, Jugent combien dedans ma Hamme est inhumame.

fl n'y a désormais ny rivière ny bois, riaine, mont, ou rocher, qui n'ait s.;eu par ma voix. La trampe de ma vie à toute autre celée.

Mais j'ai beau me cacher, je ne puis me sauver Eu désert si sauvage, ou si basse valée, Qu'Amour ne me découvre, et me vienne trouver.

\spre et sauvage cœur, trop fiere volonté, Dessous une douce, humble, angehque ligure, Si par vostre rigueur plus longuement j endure. Vous n'aurez grand honneur de m avoir surmonte.

Car soit quand le prinlans découvre sa beauté, Soit quand le froid hyver fait mourir la verdure. Nuit et jour je me plains de ma triste advan me, De ma dame et d'Amour sans repos lo»!™*^"!^-^^^^^

Je vy d'un seul espoir, qui naist lors que je pense Qu'on loit qu'un peu d'immeur par longue accoustumance Cave la pierre ferme et la peut consumer.

Il n'v a cœur si dur. qui i.ar constante preuve. Pleurant, priant, aimant, à la fin ne s'esmeuve, Ny vouloir si glacé qu'on ne puisse ennamcr.

Je crois que tout mon lict de chardons est semé Ou'il es rude rt mal fait. Ué Dieu! suis-je si tendre, 0 e e n'v pnis durer? je ne fay que m'es endre Et nb sens point venir le somme accoustume. 11 est après mv-nuit, je n'ay pas l'œil ferme a mes membres lassez repos ne P;^"ven pm.dre. <us Phœbus, leve-toy, ne te fay plus attendie, ^^^tnl^^S-n^^t^^'S et contraire:

Mab pourtant c'est en vain, ô Phœbus que j'espere D'avo^ ïlus de clarté par ton nouveau retour,

Car lierai couvert d'une effroyable nue. Tant qu'un plus beau soleil, .^i lue cache sa vcu.. vie luire ùr-ris et m'apporte le JOUI.

I KS AMOURS r» HirroivTF,

0 champs, cniels volleurs du bien qxii me toumicnlr- 1 I prez, qui sous ses pas vous peignez de couleurs! ' ' bois, qui fus tesraoin de mes griéves douleurs, L'heureux soir que j'ouvry ma poitrine brùlanti- !

0 vent, qui fais mouvoir cette divine plante, Te jouaut amoureux parmy ses blanches lleurs! 0 canaux tant de fois desbordez de mes pleurs, r.t vous, lieux écartez où souvent je lamante î

I*uis qu'un respect craintif m'a de vous sepan'-. Puis que je ne voy plus l'œil du mien adoré, l'uis que seuls vous avez ce que seul je désire.

S'il ne m'est pas permis par la rigueur des cieux, Cliamps, prez, bois, vent, canaux, et vous, sauvages lieux, Faites luy voir pour moy l'aigreur do mon mari ire.

La mort, qui porte envie aux plus rares beautez, Couvrant toute clarté d'un ténébreux nuage, Voulut fermer les yeux qui m'ont mis en servage, Et punir d'un seul coup cent mille cniautez.

Amour, qui dans ses yeux prend ses traits indontez. Tout aveugle qu'il est, conneut bien son dommage: 0 mort! s'escria-t-il, si tu fais cet outrage. Tu nous rendras tous deux cent fois moins redouiez.

Laisse-moy dans ces yeux qui font que je commande, Je feray désormais ta puissance plus grande. Et rendray par mes traits ton bras victorieux.

La mort s'arresta court, oyant cette promesse : Et le cruel Amour du depuis n'a eu cesse, Faisant mourir tous ceux qui regardent vos yeux.

CHANSON

Blessé d'une playe inhumaine, Loin de tout espoir de secours, Je m'avance à ma rnort prochaine. Plus chargé d'ennuis que de jours.

Celle qui me brûle en sa glace.

Mon doux fiel, mon mal et mon bien, Voyant ma mort peinte en ma face, Feint, helas' n'y connoistre rien.

Comme un roc à l'onde marine, Ello r«t dure aux flots de mos pleurs :

150 LES AMouns D hippolytf:.

El (.lest, de peur d'eslre l)enino, L'oreille au son de mes doideurs.

D'autant qu'elle poursuit ma vie.

D'ennuis mon service payant, Je la diroy mon ennemie, Mais je l'adore en me hayant.

Las ! que ne me puis-je distraire, Connoissant mon mal, de la voir?

0 ciel rigoureux et contraire!

C'est toy qui contrains mon vouloir.

Ainsi qu'au clair d'une chandelle Le gay papillon voletant, Va grillant le bout de son aile, tt peiil la vie en s'esbatant;

Ainsi le désir qui m'affole, Trompé d'un rayon gracieux, Fait, lielas' qu'aveugle je voile Au feu meurtrier de vos beaux yeiix.

CHANSON

Que n'ay-je la langue aussi pronte.

Lors qu'en tremblant je vous raconte L'ardeur qui me lait consumer, Que je fus pront à vous aimer?

Quand vostre œil de moy se retire, Je conte si bien mon martire Et l'effort de vostre rigueur, Qu'il n'y a rocher si sauvage, Bois si dur, ne si sourd rivage.

Qui n'ait pitié de ma langueur.

Mes yeux deux rivières coulantes, Mes paroles toutes brûlantes.

Mes soupirs menus et pressez, Ma douleur tesmoignent assez.

Mais, dés que de vous je m'approche, Mon cœur se gelle et devient roche ; Devant vos attraits gracieux Je pers esprit, voix et haleine ; tt, voulant vous conter ma peine, Je ne sçay parler que des yeux .

STANCES

Si je languy d'un martire inconnu, Si mon désir jadis tant retenu,

LE> AMOlllS D niPPULYTL.

Ores sans bride à son gré me transporte. Me doy-je plaindre ainsi comme je fais? In nouveau mal fait de nouveaux effets, Plus de beauté plus de tourment apporte.

Fn ma douleur c'est pour me consoler Que j'aye osé si hautement voler, Et que la peur mon courage ne change; Par les hazai-ds l'honneur se doit chercher. <)uand le malheur me fera trébucher, L'avoir osé m'est assez de louange.

L'homme grossier, en la terre arresté.

Me peut nommer plein de témérité; Taime trop mieux estre veu téméraire, Que de cœur lasche et d'esprit abbatu.

Un seul sentier n'est clos à la vertu, Et au couard rien n'est facile à faire.

Les grands palais sont plus battus de vans. Et les hauts monts, vers le ciel s'élevans, Piesque toujours sont frappez de l'orage; Mais c'est tout un; du ciel nous approchant, Cherchon<: la mort, plustust qu'en nous cachant Vivre et monstrer qu'ayons peu de courage.

Bien souvent Hippolyte, à grand tort courroucée, Arme son cœur de glace, et d'éclairs ses regards, Preste à laschcr sur rnoy tant de feux et de dards. Que la mort pour me prendre a la main avancée.

Mais, voyant de frayeur mon audace abaissée, Ma force évanouye et mes sens tous espars, Elle qui fait trophée et d'Amour et de Mars, Dédaigne une de&poûille à ses pieds renversée.

Elle appaise son ire et rend l'un de ses yeux Aussi doux et serein que l'autre est furieux. Faisant luire une paix au travers de ma guene.

Puissé-je un jour au ciel ce miracle envoyant. Apprendre à Juppiter le grand Dieu du tonneiTe, Comme il peut estre doux mesme en nous foudroyant.

L'eau tombant d'un lieu haut goûte à goule a puissance Contre les marbres durs, cavez finablernent; Et le sang du lion force le diamant, Bien ffu'il face à l'enclume et au feu résistance.

La llamme retenue enfin par violance Brise la pierre vive, et rompt l'enipescliemenl; 1-es aquilons mutins, soufllans honiblement, Tombent le chesne vieux, qui fait plus de delTance.

Mais moy, maudit Amour, nuict et jour soupirant, Et de mes yeux meurtris tant de larmes tirant. Tant de sang de ma playe, et de feux de mon ame;

Je ne puis amollir une dure beauté.

Qui, las! tout au contraire accroist sa cruauté Par mes pleurs, par mon sang, mes soupirs et ma flame.

LU

Bien que le mal d'Amour, qui me rend furieux, Passe tout desespoir d'un amant misérable. Si ne m'en plains-je point, et le trouve agréable. Car ce qui vient de vous m'est tousjours gracieux.

Je reçoy plus de bien à mourir pour vos yeux, Qu'à vivre au gré d'une autre à mes vœux favorable; Tant peut l'alfection d'une chose honorable, Qui fait aimer sa perte et en estre envieux!

Mais si, vous adorant d'un obstiné courage, Vous ne croyez, madame, à mon palle visage, A mes pleurs, à mes vers, et à mon déconfort;

Quel espoir désormais faut-il plus que je suive, Fors mourir devant vous ! Mais la preuve est tardive, Quand le mal seulement se connoist par la mort.

STANCES

Quand au matin le grand flambeau descieux. Père du jour, commence sa carrière, La nuit s'envole, et sa belle lumière Mille thresors omTe devant nos yeux.

Quand au premier le flambeau de mon ame. Mon beau soleil à mes sens éclaira, Tout bas désir de moy se retira, Ravi de voir les beautez de ma dame.

Mais, comiTw? on voit Phœbus en s' avançant Sur le midy plus de chaleur espandre, Les vens cesser et la terre se fandre Aux rais du chaud, nostre œil esblouyssant.

Ainsi la flamme éprise en mon courage.

Aux premiers jours blûettant doucemant, F.st creûe en force et me va consumant. Troublant ma veuP au cours de mon vovage.

LES AMOURS D HIPFOLYTE.

Enlin la nuict, à son tour commandant, Par sa fraichenr esteint l'ardeur cuisante, Couvre de noir toute chose plaisante.

Et le sommeil va sur nous respandant.

-Ainsi la mort, de' ma flamme cruelle, Flamme d'Amour, la fureur esteindra ; Et ]iour jamais le sommeil me tiendra, Couvrant mes yeux d'une nuit étemeUe.

LUI

Bien qu'une fiè\Te tierce en mes veines bouillonne, De cent troubles divers mon esprit a^'itant. Médecins abusez, ne dites pas pourtant «^xi'une humeur cholericq' ces tempestes me donne.

Je suis trop patient, je n'offence personne, Et vay de mes amis le counoux supportant, Tout paisible et tout coy, sans qu'en me despitant Je remasche un venin, qui le cœur m'empoisonne.

Celle dont l'influence altère mes humeurs, Qui fait par sa rig^ueur qu'avant l'âge je meurs, Est cause de ma fièvre, et non pas la colère.

Las! je n'ay point de fiel! car je voudroy donner Cent baisers, en mourant, à ma belle adversaire, Pour monstrer que ma mort je sçay bien pardonner.

S'il n'y a rien si froid ne si glacé que celle Qui me fait par ses yeux sans pitié consommer, IVoù peut-elle en nos cœurs tant de flammes semer, Veu que le sien est pris d'une glace éternelle?

C'est un estrange cas que l'ardeur immortelle Qui a source en ses yeux, ne la puisse allumer; Semblable au beau soleil qui peut tout enflamer, Bien qu'il n'ait point en soy de chaleur naturelle.

Seroit-ce point Amour, le tvTan sans mercy. Qui, frappant de ses traits sur son cœur endurcy, Fist saillir tout ce feu pour consommer nos arnes?

Comme on voit un caillou refrapé maintesfois Par force avec du fer, servir d'amorce au bois, Et sans devenir chaud faire jaillir des flames.

Vous n'estes point mes yeux, ô trompeuse lumière ! l'ar qui \p trait d'Vmour dans le cœnr m'est venu ;

Si vous estiez mes yeux, vous n'eussiez mesconnu Celle qui lient mon ame à son gré prisonnière.

Las vous estes mes yeux ! mais la faute première, Et l'ennuy que par vous je sois serf devenu, Rend vostre ardant désir sagement retenu. Et vous fait abaisser pour ne voir ma guerrière.

C'est trop tard, pauvres yeux, c'est trop tard attendu, La sagesse vous vient lors que tout est perdu, Un Conseil tout divers désormais il faut prendre.

Regardez-la sans cesse, admirez ses beaulez. Et flamme dessus flamme en mon cœur apportez. Afin que sans languir je sois réduit en cendre.

Ayant trois ans entiers toute Home asservie L'invincible César, du beau sang de Cypris, Quelques vaillans Romains, à servir mal appris, Trencherent par le fer son empire et sa vie .

Amour depuis trois ans ma franchise a ravie, Régnant comme un tyran, sans peur d'estre repris, Et mes lasches pensers n'ont encore entrepris D'exécuter un meurtre, où l'honneur les convie.

Quand le Triumvirat Irarnoit ses factions, Rome ne veit jamais tant de proscriptions. Tant de saccagemens, tant d'injustes supplices,

Comme Amour dedans moy fait de maux infinis. Ce n'est que sang, que pleurs, que meurtris, que bannis; Il voile, il chasse, il brûle et fait mille injustices.

Autour des corps, qu'une mort avancée Par violance a privez du beau jour, Les ombres vont, et font maint et maint tour. Aimans encor leur dépouille laissée.

Au lieu cruel, où j'en l'ame blessée Et fu meurtri par les flèches d'Amour, J'erre, je tourne et retourne à l'entour. Ombre maudite, errante et dechassée.

Légers esprits, plus que moy fortunez.

Comme il vous plaist vous allez et venez Au lieu qui clost vostre dépouille aimée.

Vous la voyez, vous la pouvez toucher.

Où, las! je crains seulement d'approcher L'endroit qui tient ma richesse enfermée.

fSi

LES AMOURS I) IIII'POLVTE. rs:;

TouiTie, mon cœur, ailleurs ton espérance, Laissant le bien vainement désiré ; four un mortel c'est trop haut aspirr, Il faut couper l'aile à notre arrogance.

Amour ingrat, est-ce la recompance D'avoir souffert, ser\7, prié, pleuré, Et sans lléchir si long-tans enduré.

Qu'on me reproche aiijourd'huy l'inconstance?

Plein de fureur, je ne fay que songer Que je doy faire, afin do me venger Des fiers courroux d'une ame si rebelle.

Cest le meilleur de me donner la mort ; Car je ne puis luy faire plus de tort. Qu'en la privant d'un qui est tout à elle.

^.OMPLALNTE

Quelle manie est égale à ma rage?

Quel mal se peut à mon mal comparer?

Je ne sçauroy ny crier ny pleurer.

Pressé du deuil qui grossist mon courage. Helas! j'estouffe, et la fureur soudaine Me clost l'ouye, et m'aveugle les veux; Mais ce m'est heur de ne voir plus les cieux, Les cieux cruels, coupables de ma paine.

Au vase estroit maintenant je ressemble. Qui, tout plein d'eau, goûte à goûte la rand; Mon oeil aussi larme à larme respand Ce qu'en mon cœur de rivières j'assemble. -Maudit le jour que premier je vey luire. Pour estrc esclave à si forte douleur!

Le ciel alors pleuvant tout son malheur, Versa sur moy ce qu'il avoit de pire.

Astres maudits, qui trop pleins de licence, Maux et plaisirs aux humains destinez.

Puis qu'en naissant de nous vous ordonnez. Que nuist la faute, ou que sert l'innocence? Helas ! de rien ! j'en puis servir de preuve. Qui n'ay jamais un tourment mérité; Et toutesfois par vostre cruauté Plus misérable au monde ne se treuve.

Tout est bandé pour mp faire la guerre, Par mes amis mille ennuis je rerov;

Page 1