LIVRE I
Et voyant, ô regret! sa feintise notoire, La croyant, il se fasche et se hait de la croire; Hais il la croit pourtant, et la doit croire aussi. Bien qu'en s'en souvenant il reste tout transi.
Or, quand ce souvenir à ses yeux se présente, Helas ! c'est fait de luy, il crie, il se tourmente, Il soupire, il sanglote, il est plus qu'au trespas Et despite sa vie ; il chemine à grands pas, Et cherche en ravassant les lieux plus solitaires, Pour maudire à son gré les destins adversaires. 11 va de ses douleurs la terre ensemençant. De ses cuisans soupirs l'air s'eschauffe en passant, Et l'amoureuse Echo, d'aigre douleur contrainte, Parmy les rocs cavez respond à sa complainte.
0 féminin cerveau, dit-il en soupirant, Traistre, feint, sans arrest deçà delà courant, Contraire objet de foy, parjure et variable. Que celuy qui te croit est pauvre et misérable I Je t'ay creu toutesfois, aussi tu m'as fait voir Combien ton naturel est propre à décevoir. Mais, las ! qui ne t'eust creu? cette aspre violance, Ces sermens, ces propos, tant vrais en apparence. Tant enflammez d'amour, tant chauds d'aJGEiection, Ces regards desrobez, brûlans de passion, Ces doux languissemens, ces mignardes caresses. Ces larmes, ces propos et ces longues promesses, Estoicnt~ce les tesmoins d'une légère foy, Et qu'on favorisast les autres comme moy? Ah I traistre et lasche cœur! de quel masque hypocrite As-tu sceu déguiser ta volonté maudite.
Sans que par mon amour, ny par ma fermeté, J'aye peu retenir tant d'infidélité? On dit que Cupidon n'est jamais saoul de larmes. Ni le dieu Thracien de meurtres et d'alarmes, Les abeilles de fleurt, les chèvres d'arbrisseaux. De rivières la mer, et les prez de ruisseaux; Hais qu'on dise aussi-bien que la femme inconstante. De cent mille amoureux ne seroit pas contante. En a-t-elle un acquis, elle en veut un nouveau. Et jamais fermeté n'habite en son cerveau ; Animal plein de ruse, indontable et volage, N'ayant rien dans le cœur qui s'accorde au langage.
Las! je croy que les dieux ardamment courroucez. Un jour que les humains les avoient offensez, Firent naistre icy bas pour punir leur audace Et pour les travailler, la féminine race,
Ainsi que les serpens, les tigres et les loups, Aux mortels mille fois plus courtois et plus doux, Et comme on voit sortir, parmy les bonnes plantes, Des chardons inutils et des herbes méchantes.
Hé pourquoy la nature, et les cieuz n'ont permis Que les hommes par eux, et d'eux mesmes amis. Sans toy, sexe imparfait, peussent avoir naissance. Pour ne te devoir plus ceste reconnoissance? Ainsi que nous voyons qu'un soigneux jardinier Ente sur un prunier les greffes d'un prunier, Un pommier sur un autre, et un chesne sauvage. De ses jeunes rainseaux peupler tout un bocage; Ou comme le phénix, soy-mesme se brûlant, Sans finir par sa fin se va renouvelant. Mais enfin je m'arreste aux effets de nature, Qui tout cet univers conduit à l'avanture, Par hazard, par fortune et par légèreté. Et qui se re^ouyt de sa diversité.
Quelle perfection faut-il espérer d'elle. Puis qu'on sçait que nature est mesme une iSemelle?
Cessez pourtant, cessez, femmes de vous vanter De ce que vous pouvez les hommes oifanter, Et qu'ils naissent de vous, n'en soyez arrogantes; Les lys au teint d'argent naissent d'herbes puantes. On voit sortir des fleurs d'un ftimier tout pourri, Et le bouton vermeil sur l'espine est nourri. Sources de tous malheurs, superbes desguisées, D'orgueil, d'ire, de rage et d'envie embrasées. Qui portez dans le cœur l'inconstance pour loy. Sans amour, sans raison, sans conseil et sans foy, Pleines de trahisons, téméraires, cruelles. Et des pauvres humains les pestes étemelles !
Ainsi crioit Philandre, «mbrasé justement. Donnant air par soupirs à son feu véhément. Et faisant de ses yeux deux bouillantes fontaines. Qui distilloient sa vie en distillant ses paines. Les bestes d'alentour s'arrestoient pour l'ouyr. Les oiseaux tous ravis demeuroient sans fuir, Attentifs à ses plaints, et par un doux murmure Les rivages prochains plaignoient son advanture; Les rochers et les monts de pitié se fendoient. Et jusqu'au plus haut ciel ses regrets s'entendoient. Regrets demesurez qui n'avoient point de trêve, Fust au point du matin, quand l'aurore se lève, Fust au plus chaud du jour, quand le soleil srdant, A moitié de son cours, nous brûle en regudant,
Ou fast qnandf'tMt tnaat chmoir co«« te n laiwaiirOoMnitdiewlHrafelODde; • Ou futC en plem n^wiit, qviBd toi homnet 11 Sont plus profondément d'ut fort tomiMa fn
DISCOURS
Si rÂmoar est un dieu, c^ett un dien dl^lnittotb Reconnoissant le moins cens qni haïf font fenriee; Un aveugle en nos maux, un enfont inooHttnt, Au jouet du haitrd ses foieurt depirtant, Qui s'abreuve de sang ei de larmes farâUattt, Et qui perce les coBorf de flèelies diftrantea» Afin que nos esprits, errani diversement, Sans jamais reposer soient toaB|{<mrs en townMBt. Tous qui de ses rigueurs n*avei la oomoiasanee» Me vous esclaves point, foites luy resistanee; Les plus loyaux amans sont moins reeompenaw. Mon mal peint en ces vers le foit eomioistn atiflt.
Cet enflsnt invaincu, Dieu de sang et deHania, Un jour, pour mon maUieur, me fist voir «n»dttnb- Qui de ses chauds regards tant le del aHumOit; Et les petits amours comme roeea «emoit* Si tost que je la veif, mon «me en ftit eaanié, Et l'Amour ansaitost flamboyant en la veni, Comme un esdair subtil par un ferre ttaneé, ... Passa dedans mon ccsur, ^a'il n*à jamaii lafaiié. Je Tadoray depuis comme dwie divine, Et rien qu'un feu si beau n'esehanlfoit IM poitrine; ' En ses yeux seulement tout mon beur a'atsemUolt, Et tout autre plaisir emmyeux me aembtoit. Mais pour premier maibeur de ma triste «vaUtioèi ' Un mary déifiant, de jalonie nature, Comme un dragon veillant de la voir m'empeiciMft/ Et son riche threaor avarement cneboit.
Tout ce qu'on dit d'Argus de Iny se peut bien aire: ' Jamais le doux sommeil, quand Phebns ae lelfi^ Ne luy ferme les yeux; il veille incessammant^' Ou, s'il dort, il l'entend et la voit en dormaat ; Et, quand un papillon voile antovr de U beUab'. ' ' ' .„' 11 crie et veut sçavoir e'il est maUe en femetté^ '
De ce maodit jaloux mon mal est preeedé; Car depiMt» la trouvait, eent fois j'ay retardé (Tropdiiqfetpeurm«ibien)dehiyiiMg»y»iMlwtii
Ainsi que le brazier sous la cendre caché. Ou comme un grand ruisseau quand il est empesché. Hais, plus que mon malheur, je plaignoy le serrage De la jeune beauté, roine de mon courage, Qui sous im joug si dur faiblement languissoit. Et sans aucun plaisir sa jeunesse passoit. Souvent de ce regret ayant l'ame blessée, A part contre le ciel j'ay ma plainte dressée, De ce qu'il assembloit, sans ordre et sans raison, Avec un froid hyver cette belle saison ; Et bien souvent aussi, plein d'amoureuse rage, Comme s'il fut présent, j'usoy de ce langage :
0 mary trop cruel pour si douce beauté, Que penses-tu gaigner gesnant sa liberté ? Ton extrême rigueur son vouloir ne retarde. Si tu gardes le corps l'ame est hors de ta garde. Tu rens par tant de soin l'amant plus enflammé : Un plaisir trop permis n'est jamais bien aimé. Le malade aime l'eau qui luy est deffendué. Et l'amour par contrainte est plus chaude rendue. Argus avoit cent yeux. Amour les enchanta, Et le palais d'airain Jupiter n'arresta. Celle pèche le moins qui a plus de licence. Et ce qui desplaisoit pst cher par la deffénae. Mais, si ton cœur félon ne peut estre adoucy. Au moins de la garder laisse rooy le soucy. Me te travaille point ; je veux que l'estincelle Qui luit en mon esprit tous les autres deoelle; Je liray dans leurs cœurs, quand plus ils se feindront. Et te descouvriray ce qu'ils entreprendront.
De mille autres propos j'accusoy sa rudesse, ITefforçant quelquefois de luy faire caresse. Et pour mieux déguiser le mal qui me tenoit, Je destoumoy les yeux quand sa femme venoit ; Et, de peur seulement de la voir maltraitée. Ma chaleur d'un soupir n'osoit estre esventée. Sage discrétion, tu m'as bien cher cousté.l Sans tant de vains respects j'eusse plus profité. Ainsi durant long-tans je languis misérable, Espérant que l'Amour, quelque jour favorable, S'ennuyant de mes maux, prend roit de rooy pitié. Et qu'il falloit sans plus couvrir mon amitié. Las 1 qu'un nuage espais couvre l'esprit de Thomnie ! .
Durant qu'en ces desseins mon cerveau je ^ Et que je pers le tans, cet archer rigoureux, Voulut qu'un jeune prince en devint i