XXVIII
Frisez vos blonds cheveux, adoucissez vos yeux, De propos enchanteurs vostre bouche soit plaine, Lâchez des soupirs feints, dressez la veuê aux deux, Pleurez, contraigrnez-vous, vostre espérance est vaine.
Je n'y retourne plus : tant de cris furieux, Tant de jours consommez en angoisseuse paine. Pour le poignant regret de vous voir si soudaine. Feront qu'à l'advenir je me garderay mieux.
L'expérience apprend, mon mal m'a rendu sage. 0 malheureux qui aime une dame volage Et de ses feints propos se laisse décevoir 1
Non, non, si jamais plus vostre douceur m'abuse. Je ne veux ny pitié ny pardon recevoir; Car la seconde erreur n'est pas digne d'excuse.
Ces discours enchanteurs par mes vers tant prisez Ne sont que bas propos d'une folle jeunesse; Ces yeux pronts en regards, trompeurs et d^isez, N'ont pas tant de clarté, d'attraits ny de rudesse.
Geste vive couleur, qui ravit et qui blesse Les esprits des amans, de la feinte abusez, Ce n'est que blanc d'Espagne, et ces cheveux frisez Ne sont pas ses cheveux : c'est une fausse tresse.
Trompeur aveugle-né, tu m'as long^tans deçeu, Mais en fin le dédain pour conseil j'ay reçeu; Tu m'aveuglois les yeux, et il m'ouvre la veuê.
Adieu, volage enfiînt, adieu, vaine beauté! Vostre légère foy, que trop tard j'ay connue, Ne fait rompre mes fers pour vivre en liberté.
CHANSON
Ah Dieu! que la flamme est cruelle Dont Amour me foit consumer!
Je sers une dame infldeUe, Et ne puis cesser de l'aimer.
La marine est plus arrestée,
Et du ciel les hauts mouvemens; Bref, tout ce qu'on Ut de Prothée Ne s'égale à ses changemens.
Ores je suis seul en sa grâce :
Ce n'est qu'amour, ce n'est que feu ; Un autre aussi-tost prend ma place, Et feint ne m'avoir jamais veu.
Ce nouveau, fier de mon dommage, Qui se forge un destin constant, Aussi-tost se trouve en naufrage.
Et me voit au port tout contant.
J'ay fait par art et par nature Tout ce qu'un amant peut penser.
Afin d'arrester ce Mercure, Sans jamais y rien avancer.
Las ! ce qui plus me désespère, C'est qu'avec tout ce que j'en voy, Mon esprit ne s'en peut distraire, Et l'adore en despit de moy.
Si jaloux je franchy sa porte.
Jurant de n'y plus retourner, Mon pié malgré moy m'y rapporte.
Et ne sçauroy l'en destoumer.
C'est toujours accord ou querelle, (0 misérable que je suis 1) Je ne sçauroy vivre avec elle, Et sans elle aussi je ne puis.
Ce mignon si fraisé, qui sert d'homme et de femme, A vostre esprit léger nouvellement surpris; 11 est vostre Adonis, vous estes sa Gypris, Il vous nomme son cœur, vous l'appelez vostre ame.
Souvent entre vos bras il modère sa fiame, Et se mire en vos yeux, qui serf le tiennent pris; Pour luy ceux du passé vous sont tous à mespris, Bref, il n'est point d'amant mieux traité de sa dame.
0 trop crédule enfant ! avant qu'il soit long-tans. Voyant de cette mer les reflus inconstans. Tu maudiras les dieux, ta vie et ta fortune.
Expert j'en puis parler, qui lasche et tout trempe, Du péril fraischement par miracle échappé. Paye au port tout joyeux mon offrande à Neptune.
400 DIVERSES ÂMOUKS.
Il faudra bien qu'une femme soit belle, D'œil et de port chastement composé, Et que l'esprit n'en soit trop advisé.
Pour m'abuser et me fier en elle.
II n'y a rien qui soit plus inûdelle, Ny cœur si feint, si traistre et si rusé Que d'une femme, animal déguisé.
Qui jour et nuit ne discourt que cautelle.
A faire mal'gist son entendement; Peu de cervelle et moins de jugement La font superbe, erratique, inconstante.
A quel malheur nous ont soumis les cieux ! La plus fidelle aimeroit beaucoup mieux If avoir qu'un oeil que d'un estre contante.
J'avoy fait mille efforts pour rompre une prison, Où la seule fureur rangeoit ma fantaisie, Sans que le cours des ans, la peur, la jalousie Eussent peu dedans moy reloger la raison.
Sentant au creux des os la brûlante poison. Dont mon ame insensée estoit toute saisie» Forcé je m'abandonne à cette nrenaisie, N'espérant jamais plus d'y trouver guarison.
Nais en fin de bon-hcur je sçeu que ma maistresse Favorisoit un sot sans grâce et sans addresse. Durant qu'elle s'en mocque et s'en rit avec moy.
Lors un noble dédain vient gaigner mon courage. Qui m'ainranchit du tout de l'amoureuse loy. Doy-je pas bien aimer le sot qui m'a fait sage?
ODE
Si pour souvent fausser ta foy , Manquant au ciel plustost qu'à moy.
Si pour trahir mon innocence Ton teint s'estoit décoloré, Ou que ton poil fut moins doré, J'avoûroy quelque providence.
Nais quand, les Fureurs implorant.
Tu leur oblige en soupirant Ton con^s et ton ame infidelle,
Tes yeux en ont plus de clartez, Et semblent que les faussetés Te rendent la bouche plus belle.
Ah 1 je veux croire à l'avenir, Pour estre belle et rajeunir, Qu'il faut du ciel ne faire conte, Qu'il faut piper tous ses amans Par des pleurs et de faux sermens.
Sans foy, sans respect et sans honte.
Venus, qui trompoit tout ainsi, S'en mocque, et ses nymphes aussi En ont les grâces plus riantes.
Et son fils, l'archer dangereux, S'y plaist, aiguisant rigoureux Sur nos cœurs ses flèches sanglantes.
Aussi ton pouvoir décevant Tous les jours s'estend plus avant, De nouveaux muguets caressée ; Et les vieux pour s'en dépiter, Forcenez, ne sçauroient quitter Ta porte souvent menacée.
Je ne sçay ce qui m'adviendra, Ne si ma raison reviendra ; Trop chaude est ma flamme ancienne; Mais pourtant, si je me sens bien.
Je ne croiray que je sois tien Autrement que tu seras mienne.
Quand je portoy le joug de vostre tyrannie. Privé, comme de cœur, d'yeux et de jugement. Je vous craignoy si fort, que l'ombre seulement D'un seul de vos dédains m'estoit peine infinie ;
Mais, or* qu'avecques moy la raison s'est unie, J*ay perdu cette crainte, et connoy clairement Que j'estoy bien troublé d'aimer fidellement Celle de qui la foy pour jamais s'est bannie.
Foudroyez maintenant, pleuvez, flammes et dards, D'audace et de courroux aigrissez vos regards, Changez à tous objets votre cœur infldelle,
Et par despit de moy les autres caressez, Jamais vous ne tiendrez mes esprits enlaces, . Soyez ferme ou légère, ou pileuse, ou cruelle.
se
Je l'aimay par dessein, la connoissant volage, Pour retirer mon cœur d'un lien fort dangereux : Aussi que je vouloy n'estre plus amoureux En lieu que le profit n'avançast le dommage.
Je duray quatre mois avec grand avantage, Goustant tous les plaisirs d'un amant bien-heureux; Mais en ces plus beaux jours, ô destins rigoureux I Le devoir me força de faire un long voyage.
Nous pleurasmes tous deux, puis, quand je fii parti. Son cœur n'agueres mien fut ailleurs diverti : Un revint, et soudain luy voilà fâliée.
Amour je ne m'en veux ny meurtrir ny blesser; Car, pour dire entre nous, je' puis bien confesser Que plus d'un mois devant je l'avois oubliée.
Fort sommeil de quatre ans, qui m'as sillé la veu(3, ITassoupissant du tout en la nuict des amours, Où est ce rare esprit? où sont ces hauts discours? Et cette grand' beauté, qu'est-^le devenue?
Or' que la connoissance un peu m'est revenue. Je voy que le sujet de mes douloureux jours If eatoit rien que feintise et qu'impudiques tours D'une que pour mon bien trop tanl j'ay reconnue.
Je rougis de ma honte et voy trop clairement Qu'Amour n'est point aveugle, ains les siens seulement, Puisqu'il leur vend du ford pour des beautés divines.
Je t'embrasse, ô dédain ! fin de tous mes malheurs» Par toy je reconnoy qu'au lieu de belles fleurs Je cuelUoy des chardons et des seiches espines.
Je connoy par essay que nostre esprit s'irrite Et s'aigrit de fureur, quand il est empesché : Ainsi qu'un grand torrent, dont le cours est bouché. Contre l'empeschement s'obstine et se despite.
Une Alcine impudique en tous charmes instruite, Par vengeance du ciel et pour quelque péché, Kn ses foibles liens me tôioit attaché, Bien qu'elle n'eust discours, ny beauté, ny mente.
Par pitié seulement je l'aimoy quelque peu,
DIVERSES AHODRS. 40S
En fin sans y penser mon cœur devint en feu,
La voyant toute en proie à mainte amour nouvelle.
Ce despit furieux m'a travaillé quatre ans, Essayant d'arrester ses pensers inconstans, Et n'en eusse fait cas s'elle eut esté fidelle.
CHANSON
Trompé d'attraits subtils et déguisez, Long tans mon ame en vous fist sa demeure, Et ne pensoy voir oncq' arriver l'heure Que nos esprits fussent moins embrasez.
Puis il vous pleut de changer sans raison, A tous les vents tournant vostre courage : Dont je senti tant d'aigreur et de rage Que j'en rompy mes fers et ma prison.
Il est bien vray que souvent du depuis Avec regret j'en ay eu souvenance Et, blasphémant vostre aveugle inconstance, Sans reposer j'ay passé maintes nuits.
Mais cet ennuy peu à peu m'a laissé, Bien plus de vous en l'esprit ne me passe; Et maintenant je vous rends plus de grâce Du changement que du plaisir passé.
Car vos douceurs fort long tans m'ont deçeu, Dans leurs filés ma liberté fut prise; Et le dédain m'a remis en franchise.
En m'apprenant ce qu'onc je n'avois sçeu.
Franc maintenant je chante et vay disant Que le dédain est un jus salutaire.
Propre à la vue et qui la rend plus claire, Purgeant d'Amour le venin plus nuisant.
Est-il vray qu'aulresfois j'aye tant enduré Pour des yeux que je voy sans plaisir et sans peine ? Où sont tant d'hameçons dont elle estoit si pleine ? Qu'est devenu ce poil crespenâent blond doré?
Je regarde esbahi son teint décoloré, Dont l'éclat autrefois la rendoit si hautaine; Kt me mocque-à part moy de ma poursuite vaine. Remerciant le tans qui m'en a retiré.
Ce que de mes amis le conseil salutaire, L'absence et les dédains en moy n'avoient sçeu faire, Le cours du tans l'a fait, de mon amour vainqueur.
Je Taimay par dessein, la connoissant volage, Pour retirer mon cœur d'un lien fort dangereux : Aussi que je vouloy n'estre plus amoureux En lieu que le profit n'avançast le dommage.
Je duray quatre mois avec grand avantage, Constant tous les plaisirs d'un amant bien-heureux; Mais en ces plus beaux jours, ô destins rigoureux! Le devoir me força de faire un long voyage.
Nous pleurasmes tous deux, puis, quand je fii parti. Son cœur n'agueres mien fut ailleurs diverti : Un revint, et soudain luy voilà raliée.
Amour je ne m'en veux ny meurtrir ny blesser; Car, pour dire entre nous, je puis bien confesser Que plus d'un mois devant je l'avois oubliée.
Fort sommeil de quatre ans, qui m*as sillé la veuî^, ITassoupissant du tout en la nuict des amours. Où est ce rare esprit? où sont ces hauts discours? Et cette grand' beauté, qu'est-^elle devenue?
Or' que la connoissance un peu m'est revenue, Je voy que le siig^t de mes douloureux jours Ifevtoit rien que feintise et qu'impudiques tours D'une que pour mon bien trop tanl j'ay reconnue.
Je rougis de ma honte et voy trop clairement Qu'Amour n'est point aveugle, ains les siens seulement. Puisqu'il leur vend du fiird pour des beautés divines.
Je t'embrasse, ô dédain! fin de tous mes malheurs. Par toy je reconnoy qu'au lieu de belles fleurs Je cueiUoy des chardons et des seiches espines.
Je connoy par essay que nostre esprit sMrrite Et s'aigrit de fureur, quand il est empesché : Ainsi qu'un grand torrent, dont le cours est bouché. Contre l'empeschement s'obstine et se despite.
Une Alcine impudique en tous charmes instruite, Par vengeance du ciel et pour quelque péché, Kn SCS foibles liens me tenoit attaché, Dion qu'elle n'eust discours, ny beauté, ny mente.
Par pitié seulement je l'aimoy quelque peu,
En fin sans y penser mon cœur devint en feu,
La voyant toute en proie à mainte amour nouvelle.
Ce despit furieux m'a travaillé quatre ans, Essayant d'arrester ses pensers inconstans, Et n'en eusse fait cas s'elle eut esté fidelle.
Trompé d'attraits subtils et déguisez, Long tans mon ame en vous flst sa demeure. Et ne pensoy voir oncq' arriver l'heure Que nos esprits fussent moins embrasez.
Puis il vous pleut de changer sans raison, A tous les vents tournant vostre courage : Dont je senti tant d'aigreur et de rage Que j'en rompy mes fers et ma prison.
Il est bien vray que souvent du depuis Avec regret j'en ay eu souvenance Et, blasphémant vostre aveugle inconstance, Sans reposer j'ay passé maintes nuits.
Mais cet ennuy peu à peu m'a laissé.
Bien plus de vous en l'esprit ne me passe; Et maintenant je vous rends plus de grâce Du changement que du plaisir passé.
Car vos douceurs fort long tans m'ont deçeu, Dans leurs filés ma liberté fut prise; Et le dédain m'a remis en franchise.
En m'apprenant ce qu'onc je n'avois sçeu.
Franc maintenant je chante et vay disant Que le dédain est un jus salutaire.
Propre à la vue et qui la rend plus claire. Purgeant d'Amour le venin plus nuisant.
Est-il vray qu'autresfois j'aye tant enduré Pour des yeux que je voy sans plaisir et sans peine ? Où sont tant d'hameçons dont elle estoit si pleine ? Qu'est devenu ce poil crespement blond doré?
Je regarde esbahi son teint décoloré, Dont l'éclat autrefois la rendoit si hautaine; Et me mocque-à part moy de ma poursuite vaine. Remerciant le tans qui m'en a retiré.
Ce que de mes amis le conseil salutaire, L'absence et les dédains en moy n'avoient sçeu faire, Le cours du tans Ta fait, de mon amour vainqueur.
404 DIVERSES AMOCRS.
Et guarissant mon ame en fin m*a rendu sage : Car, lors qu'il vous osta les roses du visage, Lors même il m*arracha les espines du cœur.
De tout point maintenant libre je me puis dire, Le fer de la raison mon cordage a tranché ; Celle par qui mon oeil n*estoit jamais séché, Ore en la contemplant m'est un sujet pour rire.
Ce que d'elle autrefois Amour me fit écrire, Lorsque son trait de flamme au cœur m'estoit caché, Sont tous propos d'un homme à la gesne attaché, Qui dit ce qui n'est point, forcé par le martyre.
Le bruit de ses beautei, volant par l'univers, N'est qu'un conte i plaisir que j'ay feint en mes vers. Pour voir si je pourroy bien chanter une fable;
Bref, je n'y reconnois un mot de vérité, Sinon quand j'ay parlé de sa légèreté.
Car lors ce n'est plus conte, ains discours véritable.
Cette fureur d'amour, de raison la maistresse. Aveugle, impatiente et qu'on ne peut cacher. Veiller, pleurer, jurer, s'appaiser, se fascher. Lettres, foveurs, regards, ce sont tours de jeunesse.
Ten ay fiiit le voyage, et font que je confesse Que jamais jeune cœur ne se veit mieux toucher. Et n'eusse jamais creu qu'on mepeust arracher L'aiguillon qui dix ans m'a tourmenté sans cesse.
Nais six lustres si tost n'ont mon flge borné, Que du chemin passé je me suis destoumé. Tout honteux que si tard j'aye esté variable;
Et dy quand de quelqu'une à tort je suis repris : Qu'amour à l'homme meur n'est que perte et mépris, Au lieu que sa folie au jeune est profitable.
Ceux qui liront ces vers qu'en pleurant j'ay chantez, Non pour gloire ou plaisir, ains forcé du mutire, Yoyans par quels destroits Amour m'a açea condoire» Sages à mes despens, fuiront ses cruantex.
Quels esprits malheureux, nuid et jour tourmentes, Souffirent nn mal si grand que le mion ne toit pire?
DIVERSES AMOURS. Aùti
H ne se peut penser, comment le veax-je dire, Ou peindre en du papier si grandes nouveautei ?
Je cherchois obstiné des glaçons en la flamme, Foiblesse au diamant, constance en une fenmie. Pitié dans les enfers, le soleil en la nuit.
Tay joué tout mon âge à ce vain exercice, J'ay recueilly des pleurs et semé du service. Et de mes longs travaux repentance est le fruit.