‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 17 sur 259 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Ce n'est rien que le teint de l'Aurore vermeille, Ce n'est rien que de voir, aux longues nuicts d'hyver, Parmy le firmament mille feux arriver, Et n'est vray que le ciel cache plus de merveille.

Je la vois quelquefois, s'elle se veut mirer, Esperdûe, estonnée, et long-tans demeurer Admirant ses beautez, dont mesme elle est ravie :

Et cependant (chestif !) immobile et poureux, Je pense au beau Narcis de soy-mesme amoureux, Craigîiant qu'un sort pareil mette fln à sa vie.

Celuy que l'Amour range à son commandement Change de jour en jour de façon différente ; Helas ! j'en ay bien fait mainte preuve apparente, Ayant esté par luy changé diversement.

Je me suis yeu muer, pour le commencement. En cerf qui porte au flanc une flèche sanglante ; Apres je devins cygne, et, d'une voix dolante, Je présagé ma mort, me plaignant doucement.

Depuis je devins fleur languissante et panchée, Puis je fus fait fontaine, aussi soudain sechée, Espuisant par mes yeux toute l'eau que j'avois;

Or je suis salemandre et vy dedans la flame; Mais j'espère bien-tost me voir changer en vois, Pour dire incessamment les beautez de ma dame.

Par vos grâces, madame, et par le dur martire Qui me rend en aimant triste et désespéré, Par tous les lieux secrets où j'ay tant soupiré, Et par le plus grand bien qu'un amoureux désire;

Par ces beaux traits qu'Amour dedans vos yeux retire, Par les lys de vos mains, par vostre poil doré. Et où rien de plus grand pourroit estre juré. Je l'appelle à témoin de ce que je veux dire :

Jamais d'autres beautés mon œil ne sera pris; Doux espoir de mes maux, cher feu de mes espris, Vous serez ma recherche et première et dernière ;

Et mon cœur cessera d'idolâtrer vos yeux Lorsqu'on ne verra plus au soleil de lumière. D'eaux en mer, d'herbe aux prez, etd'estoilles aux cieux.

iG DIANE.

Y tient caché quelque charme amoureux Qui m'ensorcelle et rend mon ame folle. Je veux tousjours la suivre et l'adorer, Et, sans rien voir qui me face espérer. Mon œil s'y tourne et mon penser y voUr.

Je le confesse, Amour, je te suis redevable, ATayant fait aujoufd'huy de tant d'heur jouyssant; Et si tu m'as trouvé ferme en t'obeîssant, J'en suis recompensé d'un heur incomparable.

Sur la plus grand' chaleur de ce jour désirable, La beauté qui me blesse et me tient languissant. Nonchalamment sus moy son beau chef abaissant. S'est laissée assoupir d'un sommeil agréable.

Ah ! Dieu ! que de clartez sur son front relii^soienf ! Que les lys blanchissans de son sein me plaisoient ! Que de fleurs, que d'oeillets, que de roses vermeilles !

Que de cœurs prisonniers dans ses dorez cheveux! Tu devois faire, Amour, favorable à mes vœux, Que je fusse tout œil pour voir tant de merveilles.

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