STANCES POUR LE ROY CHARLES IX
▲ CALLIRBE
Cesse, Amour, tes rigueurs, mets fin à ta poursuite, Voy que devant ton vol je retarde ma friite. Et retourne au chemin que j'avoy délaissé. Comme un serf fugitif, Tœil en bas, je m'accuse ; Je me jette à tes pieds, les fers je ne refuse. Un dieu doit pardonner, quand il est oflfencé.
J'advouë avoir failly; la faute est excusable. Qu'un roy tel que je suis, courageux, redoutable. Qui sçait bien commander à un peuple indomté, Mais qui ne sçait que c'est de service et de crainte, N'ait peu du premier coup fléchir sous la contrainte, Et se soit essayé de vivre en liberté.
Moy que les deux amis en jeunesse ont fait estre De tant de nations le monarque et le maistre, Se faut-il estonner si, m' estant veu dompter Kt ma libre vertu prisonnière estre mise, Je me sois'efforcé de la mettre en franchise? Tousjours le changement est fascheux à porter.
Je confesse avoir fait d'un rebelle courage Tout ce que peut un prince ennemy du servage : Le repos ocieux en travail j'ay mué, J'ay comblé mon esprit de soucis et d'affaires. Et forcé pour un tans mes regards volontaires. Les privant à regret des yeux qui m'ont tué.
J'ay mille jours entiers, au chaud, à la gelée. Erré la trompe au col par mont et par valée. Ardent, impatient, crié, couru, brossé; Mais en courant le cerf emplumé de vitesse. Tandis moy pauvre serf d'une belle maistresse, J'estoy d'Amour cruel plus rudement chassé.
Ce n'est pas sans raison qu'on te donne des ailes, Un carquois plein de traits et des flammes cruelles ;
Enfant victorieui, je l'essaye au besoin. Tu sçais, lorsque je veux de toy libre me rendre. Comme un oyseau de proye en Tolant me reprendre : Tu as les feux de prez et les flèches de loin.
Tout ce que j'ay tenté pour le bien de mon ame. N'a servy que de gomme et de soulphre à ma flame; Je me suis fait nuisance en me pensant aider. Sus donc, rentrons au joug. Cest estre téméraire De vouloir résister, quand on ne le peut faire ; L'homme sage obeyt, ne pouvant commander.
Mais je suis tout confus, quand il faut que je panse De quels yeux, de quel front et de quelle asseurance Je me presenteray pour demander mercy. Las ! que pourroy-je dire en voyant ma déesse? J'abaisseray la veué et pleureray sans cesse : Les pleurs pourroient caver im rocher endurcy.
La royauté me nuit et me rend misérable; Jamais à la grandeur Amour n'est favorable. Si je n'estoy point roy, je seroy plus contant : Je la ven'oy sans cesse et, par ma contenance, Mes pleurs et mes soupirs, elle auroit connoissance Que je sens bien ma faute et qu'en suis repentant.
Digne objet de mes yeux, qui m'avez peu contraindre Par tant d'heureux efforts, vostre honneur seroit moindre Si j'avois obey dés le commencement :
Deux fois vous m'avez mis en l'amoureux cordage, Deux fois je suis à vous; c'est l'estre davantage Que si vous m'aviez pris une fois seulement.
Il est bien mal-aisé qu'une amour véhémente Soit tousijours eu bonace et jamais en tourmente : Vénus, mère d'Amour, est fille de la mer. Comme on voit la marine et calme et courroucée» L'amant est agité de diverse pensée.
Qui dure en un estât ne se peut dire aimer.
Estre chaud et glacé, s'asseurer en sa crainte. Couvrir mille douleurs d'une allégresse fiiinte, Renouer son lien après l'avoir desfait, Monstrer de n'aimer point lors qu'on est tout en flame, Vouloir en mesme tans bien et mal à sa dame, Ce sont les signes vrais d'un amoureux parfait.
De ces diversitez l'amour est agitée Et par le desplaisir sa joye est augmentée, S'enrichit de sa perte et renaist en mourant ; Les ennuis, les rigueurs, et toute autre amertume D'absence et de courroux font que son fieu s'allume, Qui foible s'esteindroit en repos demeoraiit
Expert j'en puis parler : mon ardeur retenue, Au lieu de s'amortir, plus chaude est devenue Et de ma résistance a pris accroissement, Comme on voit un ruisseau de paisible nature S'accroistre et faire bruit, trouvant une closture Et, n'estant empesché, couler tout doucement.
0 ma seule déesse! ô belle Callirée!
Comme dans vostre temple en mon cœur adorée, llelas ! j'ay trop souffert, esloigné de vos yeux ! Voyez ma repentance et m'ostez hors de paine. Faillir aucunesfois est une chose humaine, Pardonner et sauver, c'est l'office des dieux.
STANCES
POIR MONSIEUR LE DUC D'aNJOD*, ALLANT ASSIEGER LA ROCnELLE, 1571.
Ah Dieu! faut-il partir? est-ce donc l'ordonnance Du ciel trop rigoureux, maistre de ma puissance, Que je doive esprouver un si cruel malheur? Comment pourray-je vivre éloigné de mon ame? Mon, non, si je ne meurs en vous laissant, madame, Jamais fldelle amant ne mourut de douleur.
Je mourrai, j'en suis seur, et mon ame esgarée, Par ce cruel départ de son corps séparée. Me laissera tout froid, palle et sans mouvement, Et si je dure après, ce ne sera pas vie ; Plustost Amour, au lieu de mon ame ravie, Animera mon corps de son feu véhément.
Abusé que je suis I Mais que pensé-je faire? Je pars pour captiver une ville adversaire, Moy qu'Amour tient au joug sans relasche arresté. Si je suis prisonnier, doy-je espérer la prendre? Je vay pour assaillir et ne puy me deffendre Seulement d'un enfant, dont je suis tourmenté.
Que me sert le renom d'avoir dés mon enfance Acquis par mes travaux le repos de la France,
* Le duc d'Anjou, depuis Henri III, alla mettre le siège devant la Rochelle, avec la fleur de la noblesse française, dans les derniers mois de l'année 157S, après la Sainl-Barthélemy. Le courage des huguenots épuisa l'armée royale ; les assiégeants perdirent vingt-deux mille hommes, les assiégés treize cents. Au bout de cinq mois, le duc d'Anjou saisit le prétexte de sa nomination au trône de Pologne pour abandonner rantraprite*
Enfant victorienï, je l'essaye au besoin. Tu sçais, lorsque je veux de toy libre me rendre. Comme un oyseau de proye en Tolant me reprendre : Tu as les feux de prez et les flèches de loin.
Tout ce que j'ay tenté pour le bien de mon ame. N'a servy que de gomme et de soulphre à ma flame; Je me suis fait nuisance en me pensant aider. Sus donc, rentrons au joug. Cestestre téméraire De vouloir résister, quand on ne le peut faire ; L'homme sage obeyt, ne pouvant commander.
Mais je suis tout confus, quand il faut que je panse De quels yeux, de quel front et de quelle asseurance Je me presenteray pour demander mercy.
Las ! que pourroy-je dire en voyant ma déesse? J'abaisseray la veuê et pleureray sans cesse : Les pleurs pourroient caver im rocher endurcy.
La royauté me nuit et me rend misérable; Jamais à la grandeur Amour n'est favorable. Si je n'estoy point roy, je seroy plus contant : Je la verroy sans cesse et, par ma contenance, Mes pleurs et mes soupirs, elle auroit connoissance Que je sens bien ma faute et qu'en suis repentant.
Digne objet de mes yeux, qui m'avez peu contraindre Par tant d'heureux efforts, vostre honneur seroit moindre Si j'avois obey dès le commencement :
Deux fois vous m'avez mis en l'amoureux cordage, Deux fois je suis à vous; c'est l'estre davantage Que si vous m'aviez pris une fois seulement.
Il est bien mal-aisé qu'une amour véhémente Soit tousijours eu bonace et jamais en tourmente : Vénus, mère d'Amour, est fille de la mer. Comme on voit la marine et calme et courroucée. L'amant est agité de diverse pensée. Qui dure en un estât ne se peut dire aimer.
Estre chaud et glacé, s'asseurer en sa crainte, Couvrir mille douleurs d'une allégresse fàinte, Renouer son lien après l'avoir desfait, Monstrer de n'aimer point lors qu'on est tout en dame, Vouloir en mesme tans bien et mal à sa dame, Ce sont les signes vrais d'un amoureux parfait.
De ces diversitez l'amour est agitée Et par le desplaisir sa joye est augmentée. S'enrichit de sa perte et renaist en mourant ; Les ennuis, les rigueurs, et toute autre amertume D'absence et de courroux font que son fèu s'allume, Qui foible s'esteindroit en repos demeoraiit.
Expert j'en puis parler : mon ardeur retenue, Au lieu de s'amortir, plus chaude est devenue Et de ma résistance a pris accroissement, Comme on voit un ruisseau de paisible nature S'accroistre et faire bruit, trouvant une closture Et, n'estant empesché, couler tout doucement.
0 ma seule déesse! ô belle Callirée!
Comme dans vostre temple en mon cœur adorée, Helas ! j'ay trop souffert, esloigné de vos yeut ! Voyez ma repentance et m'ostez hors de paine. Faillir aucunesfois est une chose humaine, Pardonner et sauver, c'est l'office des dieux.
STANCES
POUR MONSIEUR LE DUC D'aNJOU*, ALLANT ASSIEGER LA ROCnELLB, 1571.
Ah Dieul faut-il partir? est-ce donc l'ordonnance Du ciel trop rigoureux, maistre de ma puissance, Que je doive esprouver un si cruel malheur? Comment pourray-je vivre éloigné de mon ame? Non, non, si je ne meurs en vous laissant, madame, Jamais ûdelle amant ne mourut de douleur.
Je mourrai, j'en suis seur, et mon ame esgarée. Par ce cruel départ de son corps séparée. Me laissera tout froid, palle et sans mouvement. Et si je dure après, ce ne sera pas vie ; Plustost Amour, au lieu de mon ame ravie, Animera mon corps de son feu véhément
Abusé que je suis 1 Mais que pensé-je faire? Je pars pour captiver une ville adversaire, Moy qu'Amour tient au joug sans relasche arresté. Si je suis prisonnier, doy-je espérer la prendre? Je vay pour assaillir et ne puy me deffendre Seulement d'un enfant, dont je suis tourmenté.
Que me sert le renom d'avoir dés mon enfance Acquis par mes travaux le repos de la France,
* Le duc d'Anjou, depuis Henri III, alla meltre le siège devant la Rochelle, avec la fleur de la noblesse française, dans les derniers mois de l'année iS7S, après la Sainl-Bartiiélemy. Le courage des huguenots épuisa l'armée royale ; les assiégeants perdirent yingt-deuz mille hommes, les assiégés treize cents. Au bout de cinq mois, le duc d'Ai\jou saisit le prétexte de sa nomination au trône de Pologne pour abandomier rtntreprite.
408 blVEKSKS AMOURS.
Et l'effort des mutins inutile rendu, S'il faut que pour son bien à mon mal je consente, Et que de vos beaux yeux si souvent je m'absente? Rep<» de mon pays, tu m'es trop cher vendu !
J'aimeroy beaucoup mieux que le ciel m'eust fait naistre Sans nom et sans honneur, pourveu que je pousse estre Tousjours auprès de vous doucement langoureux, Baiser vos blonds cheveux et vostre beau visage, Et n'avoir autre loy que vostre doux langage. J'auroy assez d'honneur si j'estoy tant heureux!
Que le monde estonné vante ma renommée. Qu'elle soit par le ciel comme une astre allumée, Que sur mon jeune front cent lauriers soient plantez. Que j'eleve un trophée à jamais perdurable : L'honneurest moins que rien quand l'homme est misérable ; Mon heur et mon honneur gist tout en vos beautez.
Ceux des siècles passez, amoureux de la gloire, Avec arcs triomphans consacroient leur victoire. Ou la Caisoient durer par de doctes escrits ; Et moy, vaincu de vous, rien plus je ne demande. Sinon qu'à vostre honneur ma desfaite s'entende Et qu'on sçache comment de vos yeux je fus pris.
0 beaux yeux I mes vainqueurs, doux flambeaux de ma vie, Vostre belle clarté s'en va m'estre ravie! Je vous laisse, 6 beaux yeux ! contraint de m'avancer. Mais je suis transporté de ma fureur extrême, Je ne vous laisse point, je me laisse moy-mesme : Laissant l'ame et le cœur, n'est-ce pas me laisser?
Je n'emporte de moy qu'une charge mortelle, Pleine de passions et d'angoisse cruelle, Que je n'espère pas supporter longuement; Mais, quand mon corps mourra, ma foy restera vive, Car l'esprit par la mort de l'amour ne se prive : Gelny n'aime pas bien qui le croit autrement.
COMPLAINTE
POUR MONSIEim LE DCC d'aNJOU. BLBU KOT DE POL065E, lorsqu'il partit de FRANCE. 1S75.
Yen wtaxulnu.
Qui fera de mes yeux une mer ondoyer.
Afin qu'à ce départ je m'y puisse noyer? Et quel dueil assez pront me fera trépasser, U France! entre tes bras, avant qœ te Uisaer?
Quel dieu plein de pitié me faut-il reclamer, Qui me vienne en rocher maintenant transformer, Non pour estre sans ame et pour ne rien sentir, Mais plnstost pour jamais de ce lieu ne partir.
Pensers trop inhumains, douleurs qui me troublez, Desespoirs violans en mon ame assemblez, Travaux, soucis, regrets, je vous invoque tous. Ne voulant plus avoir d'autre suite que vous !
Tout plaisir désormais loin de moy soit chassé; Et, s'il me reste rien du bien que j'ay passé. Que c'en soit seulement l'étemel souvenir, Pour toujours ma douleur plus vive entretenir.
0 France ! où j'ay receu tant d'honnem's méritez. Tant planté de lauriers, tant d'ennemis domtez, Je te voy, me perdant, tout en pleurs te baignner; Je veux donc de mes pleurs les tiens accompagner.
Comme un cruel lyon, par les bois traversant, A la biche trop foible un fan va ravissant. Le destin, que les dieux ne sçauroient empescher. Me vient d'entre les bras forcément arracher.
Mais, bien qu'un tel ennuy presse assez ma vertu. Si ne m'eust-il jamais de tout point abatu; Et la douleur des miens, qu'or' il me faut quitter, Pouvoit bien m'affoiblir, non pas me surmonter.
Ainsi qu'un haut sapin par les vens menacé, Bien qu'il soit esbranlé, n'est pourtant renversé. Mais, quand le fer cruel vient son pié destrancher, Malgré sa résistance est contraint de broncher.
Mon cœur creu par la peine, en ce point résistant Aux plus rudes efforts, estoit tousjours constant. Et quand quelque douleur me pensoit esmouvoir, Tousjours pour l'empescher j'opposoy mon devoir.
Mais si grand desespoir ma raison va forçant, Que pour y résister je me trouve impuissant. Et me laisse aux ennuis par contrainte emporter. N'ayant rien que les pleurs pour me reconforter.
Amour, l'aveugle enfant, m'avoit ouvert les yeux Pour me faire connoistre un chef-d'œuvre des cieux ; Mais, si tost que mon cœur s'est mis à l'adorer, Le malheur me le cache et m'en fait séparer.
Tout ce que pour mon bien j'avoy voulu choisir. L'espoir de mes travaux, la fin de mon désir. Par un cruel orage, helas I se va perdant. Et dé? le point du jour je voy mon occidant.
Que deviendra mon cœur esloigné de son bien? Que fcrez-vous, mes yeux? Vous ne verrez plus rien.
408 DIVEKSKS AMOUKS.
Et l'effort des mutins inutile rendu, S'il faut que pour son bien à mon mal je consente, Et que de yos beaux yeux si souvent je m'absente? Repos de mon pays, tn m'es trop cher vendu !
J'aimeroy beaucoup mieux que le ciel m'eust fait naistre Sans nom et sans honneur, pourveu que je peusse estre Tousjours auprès de vous doucement langoureux, Baiser vos blonds cheveux et vostre beau visage, Et n'avoir autre loy que vostre doux langage. J'auroy assez d'honneur si j'estoy tant heureux!
Que le monde estonné vante ma renommée. Qu'elle soit par le ciel comme une astre allumée. Que sur mon jeune front cent lauriers soient plantez, Que j'eleve un trophée à jamais perdurable : L'honneurest moins que rien quand l'homme est misérable ; Mon heur et mon honneur gist tout en vos beautez.
Ceux des siècles passez, amoureux de la gloire, Avec arcs triomphans consacroient leur victoire, Ou la Caisoient durer par de doctes escrits ; Et moy, vaincu de vous, rien plus je ne demande. Sinon qu'à vostre honneur ma desfaite s'entende Et qu'on sçache comment de vos yeux je fus pris.
0 beaux yeux I mes vainqueurs, doux flambeauxde ma vie, Yostre belle clarté s'en va m'estre ravie! Je vous laisse, ô beaux yeux ! contraint de m'avancer. Mais je suis transporté de ma fureur extrême. Je ne vous laisse point, je me laisse moy-mesme : Laissant l'ame et le cœur, n'est-ce pas me laisser?
Je n'emporte de moy qu'une charge mortelle. Pleine de passions et d'angoisse cruelle, Que je n'espère pas supporter longuement; Mais, quand mon corps mourra, ma foy restera vive, Car l'esprit par la mort de l'amour ne se prive : Geluy n'aime pas bien qui le croit autrement.
COMPLAINTE
POUR MONSIEUR LE DCC d'aNJOU. ELBU ROT DE POL06KE, LORSQC'lL PARTIT DE FRA!tCE. 1575.
Vers wioxulHU'
Qui fera de mes yeux une mer ondoyer.
Afin qu'à ce départ je m'y puisse noyer? Et quel dueil assez pront me fera trépasser, U France! entre tes bras, avant qœ te '
Quel dieu plein de pitié me faut-il reclamer, Qui me vienne en rocher maintenant transformer, Non pour estre sans ame et pour ne rien sentir, Mais plustost pour jamais de ce lieu ne partir.
Pensera trop inhumains, douleurs qui me troublez, Desespoirs violans en mon ame assemblez, Travaux, soucis, regrets, je vous invoque tous, Ne voulant plus avoir d'autre suite que vous !
Tout plaisir désormais loin de moy soit chassé; Et, s'il me reste rien du bien que j'ay passé. Que c'en soit seulement l'étemel souvenir. Pour toujours ma douleur plus vive entretenir.
0 France ! où j'ay receu tant d'honneui*s méritez. Tant planté de lauriers, tant d'ennemis domtez, Je te voy, me perdant, tout en pleurs te baignner; Je veux donc de mes pleurs les tiens accompagner.
Comme un cruel lyon, par les bois traversant, A la biche trop foible un fan va ravissant. Le destin, que les dieux ne sçauroient empescher. Me vient d'entre tes bras forcément arracher.
Mais, bien qu'un tel ennuy presse assez ma vertu, Si ne m'eust-il jamais de tout point abatu; Et la douleur des miens, qu'or* il me faut quitter, Pouvoit bien m'affoiblir, non pas me surmonter.
Ainsi qu'un haut sapin par les vens menacé. Bien qu'il soit esbranlé, n'est pourtant renversé. Mais, quand le fer cruel vient son pié destrancher, Malgré sa résistance est contraint de broncher.
Mon cœur creu par la peine, en ce point résistant Aux plus rudes efforts, estoit tou^'ours constant, Et quand quelque douleur me pensoit esmouvoir, Tousjours pour l'empescher j'opposoy mon devoir.
Mais si grand desespoir ma raison va forçant, Que pour y résister je me trouve impuissant, Et me laisse aux ennuis par contrainte emporter, N'ayant rien que les pleurs pour me reconforter.
Amour, l'aveugle enfant, m'avoit ouvert les yeux Pour me faire connoistre un chef-d'œuvre des deux ; Mais, si tost que mon cœur s'est mis à l'adorer. Le malheur me le cache et m'en fait séparer.
Tout ce que pour mon bien j'avoy voulu choisir, L'espoir de mes travaux, la fin de mon désir, Par un cruel orage, helasl se va perdant. Et dé!» le point du jour je voy mon occidant.
Que deviendra mon cœur esloigné de son bien? Que fcrez-vous, mes yeux? Vous ne verrez plus rien.
Vostre soleil s'en va, fermez-vous désormais ; Geste absence aussi bien vous aveugle à jamais.
Pourquoy, maudit Amour, l'as-tu voulu graver Si belle en mon esprit, pour soudain m'en priver? Puisque je ne pouvoy long-tans la regarder, Tu devois, par pitié, comme toy, me bander.
D'avoir veu sa beauté tout mon mal est venu. Mais je me plains d'Amour, et je luy suis tenu; L'heur de voir une fois tant de perfections Ne se peut acheter d'assez de passions.
Comme un nouveau printans sa jeunesse florist» Sa grâce au mesme point nous blesse et nous guarist, Et tant d'astres au ciel la nuict ne sont plantez. Qu'on voit luire en son front d'admirables beautez.
Amour par ses beaux yeux son empire maintient ; Il y donne ses loix, s'y retire et s'y tient, Et luy mesme d'amour s'est si bien a£folé, Que pour n'en plus partir son plumage a brûlé.
De là ce grand vainqueur, tirant visiblement, Ne blesse que les dieux et les rois seulement, Gomme digne conqueste, et ne veut employer Les beaux traits de ces yeux pour un moindre loyer.
Gonune de l'Océan tous fleuves ont leurs cours. Puis y vont retournant après divers destours; Aiasi de sa beauté toute beauté provient. Et, commençant par elle, en elle elle revient.
Ou comme le soleil, honneur du fimament. Va de ses clairs rayons toute chose allumant, A toutes les beautez son œil sert de flambeau Et, quand il ne luit point, rien n'apparoist de beau.
Ceux qu'un si cher thresor a rendu désireux Ne font plus cas de rien, tout est trop bas pour eux ; Leur esprit seulement vers le ciel est porté. Et leur ciel n'est ailleurs qu'avec sa deïté.
Gomment donc, malheureux, enduray-je en vivant Que d'un tel paradis le ciel m'aille privant? Et, pour une grandeur qu'on vient me présenter, Puy-je, helasl de ses yeux à jamais m'absenter?
Misérable grandeur, source de tous malheurs, La bute des soucis, du soin et des douleurs, Helas ! pourquoy si fort t'allops-nous adorant. Pour un songe d'honneur nos esprits martyrant?
L'honneur tant désiré n'est qu'une vision. Qui, troublant nos esprits par son illusion. Fait quitter l'heur présent, pour follonent chercher Une ombre qu'on ne peut voir, sentir ny toucher.
Quel royaume assez grand, quels ports, quelles citez, Pourront plaire à mes sens de douleur transportez? J'aimeroy beaucoup mieux moins de commandement: Que sert l'authorité qui n'a contentement?
Comme un que le soleil sans lumière a laissé Dans un bocage espais, de buissons hérissé, Le chemin qu'il tenoit ne sçauroit plus choisir, Et ce qui luy plaisoit luy cause déplaisir.
Ainsi, ne voyant plus l'œil du mien adoré, Je seray, misérable, à toute heure égaré; Et ce qui plus contente un esprit curieux, Loin de vous, mon soleil, sera triste à mes yeux.
Prenant congé de vous, je le veux prendre aussi De tant de beaux pensers conservez jusqu'icy ; Je veux de tous plaisirs pour jamais me bannir. Et le seul desespoir avec moy retenir.
Adieu, traits et regards si doux et rigoureux I Adieu, seul paradis des esprits amoureux! Adieu, divins propos dont le ciel m'est jaloux I Las! faut-il pour jamais prendre congé de vous?
Adieu, rares beautez dont mon cœur est blessé! Vais que pensé-je faire? 6 moy, pauvre insensé! Pourquoy vous dy-je adieu pour cet esloignement, Puis qu'helas ! je ne pars que de moy seulement?
Je ne pars que de moy, puis qu'il me faut laisser En vos yeux mon esprit,, mon cœur et mon penser; Et que je n'ay plus rien qui me rende animé Que Tardant feu d'Amour, dont je suy consommé.
POUR LUT MKSIIE ESTANT EN POLOGIfB. 1874.
De pleurs en pleurs, de complainte en complainte, Je passe, helas ! mes languissantes nuits, Sans m'alleger d'un seul de ces ennuis, Dont loing de vous ma vie est si contrainte.
Belle princesse, ardeur de mon courage.
Mon cher désir, ma paine et mon tourment, Que mon destin, las! trop soudainement Par vostre absence a changé dé visage.
0 tans heureux, quand le ciel favorable Me faisoit voir vos divines beautez !
0 doux propos 1 ô biens si peu goustez I Un si grand heur n'a guère esté durable.
Vostre soleil s'en va, fermez-TOus désormais ; Geste absence aussi bien vous aveugle à jamais.
Pourquoy, maudit Amour, l'as-tu voulu graver Si belle en mon esprit, pour soudain m'en priver? Puisque je ne pouvoy long-tans la regarder, Tu devois, par pitié, comme toy, me bander.
D'avoir veu sa beauté tout mon mal est venu. Mais je me plains d'Amour, et je luy suis tenu; L'heur de voir une fois tant de perfections Ne se peut acheter d'assez de passions.
Comme un nouveau printans sa jeunesse floristi Sa grâce au mesme point nous blesse et nous guarist, Et tant d'astres au ciel la nuict ne sont plantes, Qu'on voit luire en son front d'admirables beautez.
Amour par ses beaux yeux son empire maintient ; II y donne ses loix, s'y retire et s'y tient. Et luy mesme d'amour s'est si bien affolé. Que pour n'en plus partir son plumage a brûlé.
De là ce grand vainqueur, tirant visiblement. Ne blesse que les dieux et les rois seulement, Gomme digne conqueste, et ne veut employer Les beaux traits de ces yeux pour un moindre loyer.
Gomme de l'Océan tous fleuves ont leurs cours, Puis y vont retournant après divers destours; Ainsi de sa beauté toute beauté provient. Et, commençant par elle, en elle elle revient.
Ou comme le soleil, honneur du fifmament, Va de ses clairs rayons toute chose allumant, A toutes les beautez son œil sert de flambeau Et, quand il ne luit point, rien n'apparoist de beau.
Geux qu'un si cher thresor a rendu désireux Ne font plus cas de rien, tout est trop bas pour eux; Leur esprit seulement vers le ciel est porté. Et leur ciel n'est ailleurs qu'avec sa deité.
Gomment donc, malheureux, enduray-je en vivant Que d'un tel paradis le ciel m'aille privant? Et, pour une grandeur qu'on vient me présenter, Puy-je, bêlas ! de ses yeux à jamais m'absenter?
Misérable grandeur, source de tous malheurs, La bute des soucis, du soin et des douleurs, Helas ! pourquoy si fort t'allo|kS-nous adorant, Pour un songe d'honneur nos esprits martyrant?
L'honneur tant désiré n'est qu'une vision. Qui, troublant nos esprits par son illusion. Fait quitter l'heur présent, pour follement chercher Une ombre qu'on ne peut voir, sentir ny toucher.
Quel royaume assez grand, quels ports, quelles citez, Pourront plaire à mes sens de douleur transportez? J'aiineroy beaucoup mieux moins de commandement: Que sert l'authorité qui n'a contentement?
Gomme un que le soleil sans lumière a laissé Dans un bocage espais, de buissons hérissé, Le chemin qu'il tenoit ne sçauroit plus choisir, Et ce qui luy plaisoit luy cause déplaisir.
Ainsi, ne voyant plus l'œil du mien adoré. Je seray, misérable, à toute heure égaré; Et ce qui plus contente un esprit curieux, Loin de vous, mon soleil, sera triste à mes yeux.
Prenant congé de vous, je le veux prendre aussi De tant de beaux pensers conservez jusqu'icy ; Je veux de tous plaisirs pour jamais me bannir. Et le seul desespoir avec moy retenir.
Adieu, traits et regards si doux et rigoureux ! Adieu, seul paradis des esprits amoureux! Adieu, divins propos dont le ciel m'est jaloux 1 Las! faut-il pour jamais prendre congé de vous?
Adieu, rares beautez dont mon cœur est blessé! Mais que pensé-je faire? ô moy, pauvre insensé I Pourquoy vous dy-je adieu pour cet esloignement, Puis qu'helas ! je ne pars que de moy seulement?
Je ne pars que de moy« puis qu'il me faut laisser En vos yeux mon esprit,, mon cœur et mon penser; Et que je n'ay plus rien qui me rende animé Que Tardant feu d'Amour, dont je suy consommé.
COMPLAINTE
POUR LUT MKSIIE ESTANT IN POLOGIfB. 1874.
De pleurs en pleurs, de complainte en complainte, Je passe, helas 1 mes languissantes nuits, Sans m'alleger d'un seul de ces ennuis, Dont loing de vous ma vie est si contrainte.
Belle princesse, ardeur de mon courage.
Mon cher désir, ma paine et mon tourment. Que mon destin, lasl trop soudainement Par vostre absence a changé dé visage.
0 tans heureux, quand le ciel favorable Me faisoit voir vos divines beautez !
0 doux propos 1 à biens si peu goustez I Un si grand heur n'a guère esté durable.
Comme la rose à l'espine est prochaine, Comme le jour par la nuit e&t rary, Comme l'espoir de la peur est suivi, L'humain repos est voisin de la paine.
Le dieu volant, qui pour moy n'a point d'ailes. Tant de faveurs m'avoit fait recevoir, Non pour mon bien, mais pour me faire voir Qu'il garde aux grands les douleurs plus cruelles.
Que j'avoy d'heur, vivant en sa presanoe I Que j'ay d'ennuy, m'en trouvant égaré!
Lequel des deux est plus démesuré, Le bien de voir ou le mal de l'absanoe?
Je n'en sçay rien; le dueil qui me commande De jugement trop fort me va privant; Mais je sçay bien, et sens en l'esprouvant, Qu'il ne peut estre une angoisse plus grande.
Helas! pourquoy le mal qu'Amour me donne Ne finist-il comme a fait mon plaisir?
Que ne s'esteint mon violant désir, Lôrs que l'espoir de tout point m'abandonne?
Je m'esbahy qu'estant loin de Marie Mon feu cruel ne cesse aucunement, Si toute flamme a besoin d'aliment, Et si la mienne en ses yeux fut nourrie.
Je m'esbahy comme je puis tant vivre Sans mon esprit, dont je suis séparé; Je m'esbahy comme j'ay tant duré En ces tourmens qu'une absence me livre.
Je n'ay penser qui n'outrage mon ame.
Je ne voy Ti&a qui ne soit déplaisant ; Le bien perdu me va tyrannisant, Le souvenir de cent pointes m'entame.
Fier souvenir, importune mémoire. Pour mon repos veuillei un peu cesser, Ne foites plus passer et repasser Par mon esprit les beaux jours de sa gloire.
0 douces nuits! ô gracieuses veilles, De cent plaisirs ma vie entretenant!
0 jours si cours, las! si longs maintenant! 0 chauds regards! ô beautés nompareilles!
Si pour jamais une terre inconnue Me doit cacher ses thresors précieux.
De grâce. Amour, aveugle-moy les yeux : Pour autre objet je n'aime pas ma veaé.
Ah ! pauvre moy ! pendant que je soupire, Tonte espérance en mes larmes noyant.
Quelqu'un peut-estre, à son gré la voyant, Feint l'amoureux et plaint un faux martire.
Quiconque sois, mets fin A ta poursuite, Et reconnois que c'est trop présumer ; 11 n'appartient qu'à moy seul de l'aimer. Toute autre amour pour elle est trop petite.
Et vous, déesse, heureux feu de ma vie, S'il est ainsi que YOstre grand' beauté N'ait rien d'égal que ma fidélité, Ne permettez d'une autre estre servie.
STANCES
Amour guide ma plume et me donne l'adresse, Pour vivement pourtraire une jeune déesse, Qui prend les deïtez aux filés de ses yeux. Qui rend les plus hautains sous son obéissance, Estallant icy-bas par sa douce presance Ce qu'on voit de plus rare au cabinet des deux.
Angélique beauté, je sacre à la mémoire Ces vers, avantureux courriers de vostre gloire. Qui n'atteindront pourtant au ciel de vostre honneur; Pour aspirer si haut ma force est trop petite, Je sçay mon impuissance et vostre heureux mérite. Et sçay qu'il vous faudroit un plus divin sonneur.
Que le grand œil du ciel, quand il fait sa carrière, S'arreste à contempler et devant et derrière, En terre, au firmament, d'un et d'autre costé. Il dira qu'il ne voit tant de beautez ensemble. Que tout le plus parfait en vous seule s'assemble. Et mesme que vos yeux font honte à sa clarté.
Celuy qui délibère et qui ferme s'obstine De ne loger jamais l'Amour en sa poitrine. Qu'il s'espreuve à vos yeux seulement une fois, Puis qu'il restive après, s'il en a la puissance. Faisant comme devant à l'Amour résistance. Et ne reconnoissant son empire et ses loix !
Vous avez pour compagne une grâce amiable, La chasteté vous suit doucement vénérable, Et pourvoit que l'Amour ne vous fait soupirer; L'attrayante rigueur, la grave courtoisie. Les beautez, les vertus, tontes vous ont choisie Et se font icy-bas en vous seule adorer.
En ces tans si troublez, qui voit vos yeux reluire, 11 peut dire qu'il voit, quand le jour se retire, La lune qui rayonne et fend l'air obsçurcy;
Comme la rose à l'espine est prochaine» Comme le jour par la nuit e&t rary, Gonmie l'espoir de la peur est suivi, L'humain repos est voisin de la paine.
Le dieu volant, qui pour moy n'a point d'ailes, Tant de faveurs m'avoit fait recevoir, Non pour mon bien, mais pour me foire voir Qu'il garde aux grands les douleurs plus cruelles.
Que ^avoy d'heur, vivant en sa presanoe I Que j'ay d'ennuy, m'en trouvant égaré!
Lequel des deux est plus démesuré. Le bien de voir ou le mal de l'absanoe?
Je n'en sçay rien; le dueil qui me commande De jugement trop fort me va privant; Mais je sçay bien, et sens en l'esprouvant, Qu'il ne peut estre une angoisse plus grande.
Helas! pourquoy le mal qu'Amour me donne Ne finist-il comme a fait mon plaisir?
Que ne s'esteint mon violant désir, Lôrs que l'espoir de tout point m'abandonne?
Je m'esbahy qu'estant loin de Marie Mon feu cruel ne cesse aucunement, Si toute flamme a besoin d'aliment, Et si la mienne en ses yeux fut nourrie.
Je m'esbahy comme je puis tant vivre Sans mon esprit, dont je suis séparé; Je m'esbahy comme j'ay tant duré En ces tourmens qu'une absence me livre.
Je n'ay penser qui n'outrage mon ame.
Je ne voy rien qui ne soit déplaisant ; Le bien perdu me va tyrannisant.
Le souvenir de cent pointes m'entame.
Fier souvenir, importune mémoire.
Pour mon repos veuillei un peu cesser.
Ne foites plus passer et repasser Par mon esprit les beaux jours de sa gloire.
0 douces nuits I ô gracieuses veilles.
De cent plaisirs ma vie entretenant!
0 jours si cours, las! si longs maintenant! 0 chauds regards! ô beautés nompareilles !
Si pour jamais une terre inconnue Me doit cacher ses thresors précieux.
De grâce. Amour, aveugle-moy les yeux : Pour autre objet je n'aime pas ma veaé.
Ah ! pauvre moy ! pendant que je soupire, Toute espérance en mes larmes noyant.
Quelqu'un peut-estre, à son gré la voyant, Feint Tamoureux et plaint un faux martire.
Quiconque sois, mets fln à ta poursuite, Et reconnois que c'est trop présumer ; 11 n'appartient qu'à moy seul de l'aimer. Toute autre amour pour elle est trop petite.
Et vous, déesse, heureux feu de ma vie, S'il est ainsi que vostre grand* beauté N'ait rien d'égal que ma fidélité, Ne permettez d'une autre estre servie.
STANCES
Amour guide ma plume et me donne l'adresse, Pour vivement pourtraire une jeune déesse, Qui prend les deîtez aux filés de ses yeux, Qui rend les plus hautains sous son obéissance, Estallant icy-bas par sa douce presance Ce qu'on voit de plus rare au cabinet des cieux.
Angélique beauté, je sacre à la mémoire Ces vers, aventureux courriers de vostre gloire. Qui n'atteindront pourtant au ciel de vostre honneur; Pour aspirer si haut ma force est trop petite, Je sçay mon impuissance et vostre heureux mérite, Et sçay qu'il vous faudroit un plus divin sonneur.
Que le grand œil du ciel, quand il fait sa carrieiT, S'arreste à contempler et devant et derrière. En terre, au firmament, d'un et d'autre costé, 11 dira qu'il ne voit tant de beautez ensemble. Que tout le plus parfait en vous seule s'assemble. Et mesme que vos yeux font honte à sa clarté.
Celuy qui délibère et qui ferme s'obstine De ne loger jamais l'Amour en sa poitrine, Qu'il s'espreuve à vos yeux seulement une fois. Puis qu'il restive après, s'il en a la puissance. Faisant comme devant à l'Amour résistance. Et ne reconnoissant son empire et ses loix !
Vous avez pour compagne une grâce amiable, La chasteté vous suit doucement vénérable. Et pourvoit que l'Amour ne vous fait soupirer; L'attrayante rigueur, la grave courtoisie. Les beautez, les vertus, tontes vous ont choisie Et se font icy-bas en vous seule adorer.
En ces tans si troublez, qui voit vos yeux reluire, 11 peut dire qu'il voit, quand le jour se retire, La lune qui rayonne et fend l'air obscurcy;
414 DIVERSES AHODBS.
Ou qu'il voit du soleil la lumière enflammée, Quand il veut commencer sa course accoustuméei Et que l'eau de la mer le rend plus esdaircy.
Le printans, gracieux mignon de la nature, Ne nous estalle point tant de riche peinture, Tant de roses, d'œillets et de lys blanchissans. Comme vos doux regards font naistre de fleurettes, D'agréables désirs, de douces amourettes, Et de hautains pensers qui nous font languissant.
Telle qu'on voit Diane avec sa chaste suite. Quand aux cerfs plus légers elle donne la fuite. Ayant l'arc dans le poing et la trousse au costé; Bien qu'elle ait à l'entour mille et mille pucelles, Elle apparoist tousjours sur toutes les plus belles, Et leurs perfections font lustre à sa beauté.
Tout ainsi l'on vous voit à la cour apparoistre, Et parmy les beautez vostre beauté s'accroistre, Et rien qu'on puisse voir ne vous peut égaler; Vos propos gracieux doutent le plus sauvage, Et vostre poil doré, c'est le plaisant feuillage Où les petits amours apprennent à voler.
Les hauts monts de Savoye, où vous printes naissance, De vos fieres beautez donnent bien connoissance; Ils sont toujours remplis de neige et de froideur, Devant vostre blancheur toute neige s'efiEàce; Mais, helas 1 vostre cœur est tout serré de glace, Et si de vostre froid vous causez une ardeur.
Quand j'admire estonné tant de grâces parfaites. Dont vous rendez si bien nos franchises sujettes, J'estime Amour heureux d'avoir les yeux bandez, Car, s'il avoit la veuê, il ne se pourroit faire Que de tant de beautez, libre, il se peust distraire, Et se prejidroit luy-mesme aux laqs que vous tendez.
Mais je m*amuse trop; car, voulant entreprendre De pouvoir par mes vers vos vertus faire entendre, J'entreprends de conter les estoiles des cieuz. Les feuilles que l'hyver fait tomber du boccage, Et les flots de la mer au tans d'un grand orage, Et d'Amour les dédains et les jeux gracieux.
PLAINTE
POCa rME DAME
Ma foy mal reconnue. Amour et la fortune Font que le ciel cruel de regrets j'importune ;
Ma foy me rend trop ferme aux assauts du malheur, Et ne me veut souffrir d'alléger ma douleur, Encor que justement je le peusse bien faire, Puis qu'à mon plus grand heur elle est toute contraire.
Amour, d'autre costé, sans égard à ma foy. Foule aux pieds ma lï*anchise et triomphe de moy, Laissant vive en mon ame une immortelle braise; Et ma foy toutesfois ne veut que je Fappaise, Mais plutost que je meure, et qu'en cette verdeur Mon cœur serve d'hostie à l'amoureuse ardeur.
Et la fortune encor, sans raison mutinée, Rends, las ! plus que ces deux ma vie infortunée ; Car c'est par sa rigueur que je me vois priver Des fleurs de mon printans par un fâcheux byver. Las ! c'est par sa rigueur que je languy captive, Et me voy jeune et belle enterrer toute vive.
0 cieux fiers et cruels ! ay-je donc mérité. Durant mes plus beaux jours, telle captivité? Que n'avez- vous plustost, si j'avoy fait offence. Mis en poudre mon cœur pour plus douce vengeance ? Helas! que j'eusse eu d'heur, si le cruel flambeau Qui brûloit à ma nopce eust orné mon tombeau. Finissant tant de morts, dont il faut que je meure ! Toutesfois en souff'rant cet espoir me demeure Que la mort, que j'attens, m'ouvrira quelque jour Les prisons de la Foy, de Fortune et d'Amour.
Quoy que fasse le ciel, je seray tousjours telle, On perd tans d'essayer à forcer mon vouloir; Tous les assauts des vens contre un roc n'ont pouvoir, Ma foy, c'est un rocher qui jamais ne chancelle.
J'ay juré saintement d'estre tousjours fidelle Sous l'empire d'Amour; je luy veux faire voir Que je puy pour ma foy mille morts recevoir, Car mourir pour sa foy c'est une chose belle.
Les faveurs, la grandeur, les biens, l'esloignement, La rigueur des parens, leur courroux véhément Do ce ferme vouloir ne me peuvent distraire.
L'or s'affine au fourneau, mon ame en est ainsy : Elle s'affine au feu d'ennuis et de soucy. Et paroist aux malheurs plus constante et plus claire.
CHANSON
Las ! que nous sommes misérables D*estre serves dessous les loix Des hommes légers et muables Plus que le feuillage des bois I
Les pensers des hommes ressemblen l A l'air, aux vens et aux saisons, Et aux girouettes qui tremblent Inconstamment sur les maisons.
Leur amour est ferme et constante Comme la mer grosse de flots, Qui bruit, qui court, qui se tourmante, Et jamais n'arreste en repos.
Ce n'est que vent que de leur teste.
De vent est leur entendement; Les vents encor et la tempeste Ne vont point si légèrement.
Ces soupirs, qui sortent sanspaine De leur estomach si souvent.
N'est-ce une preuve assez certaine Qu'au dedans ils n*ont que du vent?
Qui se fie en chose si vaine, Il semé sans espoir de fruit.
Il vent bastir dessus l'arène.
Ou sur la glace d'une nuit.
Us font des dieux en leur poisée.
Qui comme eux ont l'esprit léger.
Se riant de la foy faussée Et de voir bien souvent changer.
Ceux qui peuvent mieux faire accroire Et sont menteurs plus assenrez, Entr'eux sont eslevei en gloire.
Et sont comme dieux adorez.
Car ils prennent pour grand' louange Quand on les estime inconstants; Et disent que le tans se change, Kt que le sage suit le tans.
Mais, las 1 qui ne seroit éprise, Quand on ne sçait leurs fictions.
Lors qu'avec si grande feintise Ils soupirent leurs passions?
' De leur cœur sort une fournaise.
Leurs yeux sont deux ruisseaux coulans.
Ce n'est que feu, ce n'est que braise,
btVKHSfiS AMOURS. Ht
Mesme leurs propos sont brûlans.
Mais cet ardant feu qui les tuê Kt rend leur esprit consommé, C'est un feu de paille menue, Aussi-tost esteint qu'allumé.
Et les torrens qu'on voit descendre Pour nostre douceur esmouvoir.
Ce sont des appas à surprendre Celles qu'ils veulent décevoir.
Ainsi l'oiseleur au bocage Prend les oyseaux par ses chansons.
Et le pescheur sur le rivage Tend ses filés pour les poissons.
Sommes-nous donc pas misérables D'estre serves dessous les lois Des hommes légers et muables Plus que le feuillage des bois?
COMPLAINTE
Quand je viens à penser à mon cruel malheur \.l au point de.saslré de ma triste naissance, Je me sens si pressé d'angoisseuse douleur, Qu'il faut qu'en soupirant mille plaints je commance. Je fens l'air de regrets, je despite les cieux,
Tout forcené de rage; l'.t les lorrens de pleurs, que desbordent mes yeux,
Me noyent le visage.
Désolé que je suis, à quoy puis^je aspirer? Où faut-il que je tourne? Helas! que dois-je faire, Si je ne connoy rien qui me fasse espérer El si je ne voy rien qui ne me soit contraire? Tout objet me desplaist, toute chose me nuit :
Le ciel, l'air et la terre, La chaleur et le froid, la lumière et la nuit,
A l'envy me font guerre.
Si j'ay quelque plaisir, c'est, helas ! seulement Quand j'invoque la mort duisante à mon oppresse, Pour luy faire pitié je luy dy mon tourment. Et le mal importun qui jamais ne me laisse. Mais j'ay beau raconter ce qui me fait dooloir
A cette inexorable; Car, helas ! je ne puis, je ne puis Tesmouvoir .
A m'estre favorable.
Lors que je la requiers de finir mon esmoy, tlle ferme l'oreille à ma juste prière;
blVKHSfiS AMOURS. Ht
Mesme leurs propos sont brûlans.
Mais cet ardant feu qui les tuê Kt rend leur esprit consommé, C'est un feu de paille menue, Aussi-tost esteint qu'allumé.
Et les torrens qu'on voit descendre Pour nostre douceur esmouvoir, Ce sont des appas à surprendre Celles qu'ils veulent décevoir.
Ainsi l'oiseleur au bocage I^end les oyseaux par ses chansons, Et le pescheur sur le rivage Tend ses filés pour les poissons.
Sommes-nous donc pas misérables D'estre serves dessous les lois Des hommes légers et muables Plus que le feuillage des bois?
Quand je viens à penser à mon cruel malheur lit au point désastre de ma triste naissance, Je me sens si pressé d'angoisseuse douleur, Qu'il faut qu'en soupirant mille plaints je commaïux'. Je fens l'air de regrets, je despite les cieux,
Tout forcené de rage; Kt les lorrens de pleurs, que desbordent mes yeux,
Me noyent le visage.
Désolé que je suis, à quoy puis^je aspirer? Où faut-il que je tourne? Helas! que dois-je faire, Si je ne connoy rien qui me fasse espérer El si je ne voy rien qui ne me soit contraire? Tout objet me desplaist, toute chose me nuit :
Le ciel, l'air et la terre, La chaleur et le froid, la lumière et la nuit,
A l'envy me font guerre.
Si j'ay quelque plaisir, c'est, helas 1 seulement Quand j'invoque la mort duisante à mon oppresse, Pour luy faire pitié je luy dy mon tourment, Et le mal importun qui jamais ne me laisse. Mais j'ay beau raconter ce qui me fait dooloir
A cette inexorable; Car, helas ! je ne puis, je ne puis Tesmouvoir .
A m'estre favorable.
Lors que je la requiers de finir mon esmoy, Elle ferme l'oreille à ma juste prière ;
CHàNSON
Las ! que nous sommes misérables D'estre serves dessous les loix Des hommes légers et muables Plus que le feuillage des bois I
Les pensers des hommes ressemblen l A l'air, aux vens et aux saisons, Et aux girouettes qui tremblent Inconstamment sur les maisons.
Leur amour est ferme et constante Comme la mer grosse de flots, Qui bruit, qui court, qui se tourmante, Et jamais n'arreste en repos.
Ce n'est que vent que de leur teste, De vent est leur entendement; Les vents encor et la tempeste Ne vont point si légèrement
Ces soupirs, qui sortent sans paine De leur estomach si souvent, Ifest-ce une preuve asses certaine Qu'au dedans ils n'ont que du vent?
Qui se fie en chose si vaine, 11 semé sans espoir de fruit.
Il vent bastir dessus l'arène.
Ou sur la glace d'une nuit.
Ils font des dieux en leur pensée, Qui comme eux ont l'esprit léger.
Se riant de la foy faussée Et de voir bien souvent changer.
Ceux qui peuvent mieux faire accroire Et sont menteurs plus asseurez.
Entr^eux sont eslevez en gloire.
Et sont comme dieux adorez.
Car ils prennent pour grand* louange Quand on les estime inconstants; Et disent que le tans se change, Et que le sage suit le tans.
Mais, las I qui ne seroit éprise.
Quand on ne sçait leurs fictions.
Lors qu'avec si grande feintise Ils soupirent leurs passions?
' De leur cœur sort une fournaise.
Leurs yeux sont deux ruisseaux coulans.
Ce n'est que feu, ce n'est que braise,
blVKHSES AMOURS. Ht
Mesme leurs propos sont brûlans.
Mais cet ardant feu qui les tuê Kt rend leur esprit consommé, C'est un feu de paille menue, Aussi-tost esteint qu'allumé.
Et les torrens qu'on voit descendre Pour nostre douceur esmouvoir, Ce sont des appas à surprendre Celles qu'ils veulent décevoir.
Ainsi l'oiseleur au bocage Prend les oyseaux par ses chansons, Et le pescheur sur le rivage Tend ses filés pour les poissons.
Sommes-nous donc pas misérables D'estre serves dessous les lois Des hommes légers et muables Plus que le feuillage des bois?
COMPLAINTE
Quand je viens à penser à mon cruel malheur \.l au point désastre de ma triste naissance, Je me sens si pressé d'angoisseuse douleur, Qu'il faut qu'en soupirant mille plaints je commancc. Je fens l'air de regrets, je despite les cieux.
Tout forcené de rage; Kt les torrens de pleurs, que desbordent mes yeux,
Me noyent le visage.
Désolé que je suis, à quoy puis^je aspirer? Où faut-il que je tourne? Helas! que dois-je faire, Si je ne connoy rien qui me fasse espérer Et si je ne voy rien qui ne me soit contraire? Tout objet me desplaist, toute chose me nuit :
Le ciel, l'air et la terre, La chaleur et le froid, la lumière et la nuit,
A l'envy me font guerre.
Si j'ay quelque plaisir, c'est, helas 1 seulement Quand j'invoque la mort duisante à mon oppresse, Pour luy faire pitié je luy dy mon tourment, Et le mal importun qui jamais ne me laisse. Mais j'ay beau raconter ce qui me fait douloir
A cette inexorable; Car, helas ! je ne puis, je ne puis l'esmouvoù* .
A m'estre favorable.
Lors que je la requiers de finir mon esmoy, fclle fenne l'oreille à ma juste prière;
4IS blVËKSËS AMOUlfS.
Si j'en. veux approcher, reculer je la voy; Si je vay au devant, elle fuit en arrierei Et dit que c'est en vain que d'elle je pretcns
Secoui-s en mon dommage; Car les dieux, qui ne sont de mes malheurs cjnlcns,
3d'en gardent davantage.
Ils veulent que je vive, afin de faire voir Toute rire du ciel dans un homme assemblée, Et tout ce que l'enfer dedans soy peut avoir Tour tourmenter une ame et la rendre troublée; Car l'étemelle nuit ne couve point d'horreur.
De tourmens et de flames.
De pleurs, de peurs, de morts, de remords, de fureur
Qui ne loge en mon ame.
Je ne scay qui je suis, je ne me connoy point, Sinon que pour un homme où tout malheur abon'Ic. Las! je me sens réduit à un si piteux point, Que, me faschant de moy, je fasche tout le monde. Et ce qui plus me trouble et me fait blasphemci*
Nature et la fortune, C'est que je ne sçauroy seulement exprimer
L'ennuy qui m'importune.
Il faut que je le cou\Te et l'estouffe au dedans. Pour ne le pouvoir pas assez tristement plaindre, Dont je viens à sentir mille charbons ardans. Que larmes et soupirs n'ont puissance d'cstaindre^ Seulement je me plais, me mettant à penser
Que tel est mon martire, Que, quand le ciel voudroit plus fort se courroucer,
Je ne puis avoir pire.
S'il advient quelquefois qu'outre ma volonté Du logis où je suis j'abandonne la porte, Je chancelle à tous pas d'un et d'autre costé. Tant l'excez du malheur hors de moy me transporte; Je ne parle à personne et chemine incertain,
Comme il plaist à ma rage ; Si quelqu'un me rencontre, il me prend tout soudain
Pour un mauvais présage.
Bien que je sois comblé de toute aMiclion, Et que mon juste dueil par le tans ne s'appaise. Mes amis seulement n'en ont compassion.
Et semble qu'en mon mal tout le monde se plaise; Nesme aux plus durs assauts de ma calamité,
J'entr'oy comme un murmure De ceux qui vont disant que j'ay bien mérité
Le tourment que fendurp.
bl\KKS£S AUUUftSi 419
C'csl trop^'est trop languy, saiisespoir de sccouiv! Pour finir ma douleur il faut que je me tue ; Jo veux haster la An de mes malheureux jours, M 'outreperçant le cœur d'une lame pointue. Mais, helas! je ne sçay si par ce doux trespas
J'auray banny mes paines, Et crains de les porter (maudite ombre) là-bas
Tousjours plus inhumaines.
C'est assez, ma complainte, il est tans de cesser Kl d'arreslcr le cours de ton dueil larmoyable. Mais en m'abandonnant, où te puis-je addresser, S'il ne s'en trouve un seul tant que moy misérable? Va donc oi'i tu voudras, et me Laisse endurer
La douleur qui m'airolle; Aussi bien c'est en vain que je veux espérer
Que ton chant me console.