‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 22 sur 259 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le vant, ta volonté tournant légèrement,

Qui pourtant ne m'émeut, ne me rompt, ne mVncUne;

Puis ton ardant courroux, plein de foible rigueur, Comme un feu dévorant veut consommer mon cœur. Mais, tout ainsi que Tor, dans la braise il s'affine.

Comme un pauvre malade en la couche arresté, Qui, pour sa guarison, prend maint divers bruvage^ Herbes, charmes, billets, mais tout & son dommage, Car son mal incurable en est plus irrité;

En fin, perdu d'espoir, quand il a tout tenté, Remet à Dieu sa vie et n'a plus de courage D'attendre aucun secours, ny que rien le soulage, Que celle qui des maux est le but limité;

De mesme, en mes douleurs, j*avoy pris espérance Que l'oubly, la raison, les dédains ou l'absence, Me pourroient alléger, ou du tout me guarir.

Mais, voyant que sans fruict mon attente se treuve, v J'obéis au destin, et, sans faire autre preuve. Des beaux traits de vos yeux je consens de mourir.

Si ce n'est qu'amitié, c'est la plus enflamée, Et qui mieux tout à coup va gagnant les espris Qu'autre qui fut jamais ; n'en desplaise à Gypris, Les brandons de son fils ne sont rien que fumée.

Expert, j'en puis parler; mon ame, accoustumée Dans les fourneaux d'amour plus ardemment épris, Recognoist à l'essay que tout n'est rien au pris De ceste amitié neuve, en mon sang allumée.

Quoy ! je ne puis dormir ; à Dieu ! quelle amitié. Qui, comme une ftireur, me poursuit sans pitié, Et qui du desespoir les désirs fait renaistre :

Bref, qui fait qu'à tous vants mon vaisseau je remets ! Non, ce n'est amitié : t L'amitié n'est jamais Du prince à son sujet, de l'esclave à son maistre. »

J'ay par long-tans, comme amour m'affolloit, Suivi ton œil, dont la flamme est si claire; Et mon regard, papillon volontaire, Tousjours autour voUoit et revoUoit:

Page 1