‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 23 sur 259 · DUN · texte numérisé non relu

DUN

Je m'esgayois au feu qui me brûloit; Mais, quand je Yoy que tu veux le contraire, Je m*en éloigne, et, pour te satisfisiire, J*oste à mon cœur l'heur qui le consoloit.

En t'éloignant j'éloigne aussi ma vie.

Puis, toutesfois que telle est ton envie. Je ne me plains de mourir en ce point.

Las 1 je te rens entière obéissance, Fors que tu veux que j§ ne t'aime point; ' Mais les destins m'en ostent la puissance!

LXVU

J*accompare ma dame au serpent furieux, Que le divin Thebain surmonta par k flame; Ce serpent eut sept chefe, et ma cruelle dame A sept moyens vainqueurs des hommes et des Dieux :

Le teint, le firont, la main, la parole et les yeux. Le sein et les cheveux qui retiennent mon ame; Avec ces sept beautés les rochers elle entame. Et tousjours son pouvoir revient victorieux.

De chacun de ces chefe, sept autres nouveaux sortent : La mort, les traits, le feu, les désirs qui transportent. L'espoir, la desflanîce et l'aspre déconfort

Ils sont de ce seul point di£Férens de nature : Cest qu'aveoque du feu l'Hydre fut mis à mort. Et l'autre de mon feu prend vie et nourriture.

Ma nef passe au destroit d'une mer courroucée, Toute comble d'oubly, l'hiver à la minuict; Un aveugle, un enfuit, sans souci la conduit, Désireux de la voir sous les eaux renversée.

Elle a pour chaque rame une longue pensée Coupant, au lieu de l'eau, l'espérance qui fUit; Les vents de mes soupirs, ef£royables de bruit. Ont arraché la Voile à leur plaisir poussée.

De pleurs une grand' pluie, et l'humide nuage Des dédains orageux, détendent le cordage, Retors des propres mains d'ignorance et d'erreur

De mes astres luisans la flame est retirée. L'art est vaincu du tans, du bruit et de l'horreur. Las ! puis-je donc rien voir que ma perte asseurée?

LITRE I

PLAINTE

Helas! je meurs en présence de celle Dont les beaux yeux avancent mon trespas! Je puis m'aider, et je ne le fay pas ; Je veux guarir, et mon mal je lui celé.

De chaud cristal elle arrouse sa face, Voyant ma peine, et s'enquiert de ma mort ; Mais j'aime mieux mourir sans reconfort. Qu'en m'allegeant confesser mon audace.

Las! je pensois, pource qu'elle est divine, Que mes désirs luy seroient evidans.

Et que son œil veist dehors et dedans. Et de mon mal découvrist l'origine.

Un feu cruel me dévore et saccage.

Il boit mon sang, il desseiche mes os. Las 1 je l'estoufie et le veux tenir clos. Mais sa fureur me paroist au visage.

Monstrons-le donc : ma dame est pitoyable. Hais, ô mon cœur 1 garde de t'abuser, Car ce seroit de ma mort l'accuser, Bien qu'elle en soit innocemment coupable.

Non, il n'est point de gesnes si cruelles, De feux si chauds, ny de si grieCs tourmens. Dans les enfers pleins de gemissemens, Pour les péchez des âmes criminelles.

Si la douleur y peut faire ses plaintes. Et qu'on s'y lasche aux regrets et aux cris, Consolez-vous (misérables espris).

Vos passions ne sont que douleurs paintes.

0 Cieux cruels I si j'ay fait quelque offence, Dressant au ciel mon vol précipité, Punissez-moy, je l'ay bien mérité.

Mais à ma faute égalez ma souffrance.

0 durs rochers 1 ô déserts solitaires!

Où mes ennuis je soulois évanter, , Ce n'est plus vous qui m'orrez lamenter. Mes seuls pensers seront mes secrétaires.

Car mon ardeur est d'une telle sorte.

Qu'en la souffrant je crains de soupirer : Comme insensible on me voit endurer; Ma peine est vive, et ma parole est morte.

Ce seul espoir adoucist mon angoisse, Qu'un feu retiaint qui cuit si vivement

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