‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 28 sur 259 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le ciel se plaist en elle, et, louant la nature, Les mortels b'ien-heoreux s'égayent de l'avoir.

Si tost que je la vey si divine et si belle. Mon ame incontinant recogneut bien en elle Le parûiit qu'autre-fois elle avoit veu aux cieuz ; C'est pourquoy du depuis saintement je l'adore Pour la divinité qui la suit et l'honore, Et croy qu'en l'adorant je fay honneur aux Dieux.

On dit que nous avons une estoille pour guide, Qui, forte, nous arreste ou nous lasche la bride, Et qui tient de nos jours le terme limité; Mais ma déesse seule est mon astre prospère; C'est la loy de ma vie, et ne pourroy rien faire, Ny ne voudrois aussi, contre sa volonté.

Tous les astres divins qui dans le ciel ont place Sont nourris des vapeurs de ceste terre basse, Et de là puis après ils causent nos humeurs ; C'est tout ainsi de moy : car ma belle planette Se repaist des soupirs et des pleurs que je jette, Puis m'inspire au dessus tant d'ardantes chaleurs.

Et quand aucunesfois sa clarté se retire De dessus moy, chetif, rien plus je ne voy luire ; Une ombre espesse et noire obstinément me suit, Mes yeux, comme aveuglez, demeurent sans conduite; Je n'ay rien que tristesse et malheur à ma suitte, Et si je fay un pas, toute chose me nuit.

Je me pers bien souvent, pensant perdre ma paine, De rocher en rocher, de fontaine en fontaine. Comme il plaist au destin qui me rend malheureux; Mais je pers seulement mes pas et mon estude. Car, parmy le silence et par la solitude, J'ay tousjours à l'oreille un chaos amoureux.

Si je suis par les champs, je reçoy fascherie; Si je suis par les prez, je hay l'herbe fleurie; Si je suis dans un bois, je n'y puis demeurer, Et sa hé[\e verdeur accroist ma doleance; Car on dit que le verd est couleur d'espérance. Et, loin de mon espoir, que sçaurois-je espérer?

En hyver, que je voy les montagnes désertes, Blanchissantes par tout et de neiges couvertes : Las 1 ce dy-je, ma dame a le teint tout pareil. Mais que mon noir destin à la neige est contraire 1 Car la neige se fond quand le soleil éclaire, Et je me fonds si tost que je pers mon soleil.

Quand je voy les torrens qui des roches desçandent, Et d'un cours furieux à bouillons se respandent,

Ils me font souvenir de mes pleurs abondans ; Et dis ea soupirant : Toutes ces eaux ensemble, Ny tout ce que la mer de rivières assemble. N'éteindroient pas le feu qui m'embrase au dedans.

fay mille autres pensers, et mille et mille et mille, Qui font qu'incessamment mon esprit se distile. Mais cesse, ô ma chanson I vainement tu pretans : Conte plus tost, la nuict, les troupes estoilées, Le gravier et les flots des campagnes salées. Les fruitages d'automne et les fleurs du printans.

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