‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 33 sur 259 · LIVRE 1. hl · texte numérisé non relu

LIVRE 1. hl

De Raison, qui vers nous son regard addressa : Vostre débat, dist-elle, est de chose si grande, Que pour le bien juger plus long terme il demande. Et, Unis ces propos, en riant nous laissa.

CHANSON

Helas I que me faut-il faire Pour adoucir la rigueur D'un tyran, d'un adversaire Qui tient fort dedans mon cœur?

Il me brûle, il me saccage, 11 me perce en mille pars.

Puis m'abandonne au pillage De mille outrageux soldars.

L'un se loge en ma poitrine, L'autre me succe le sang, El l'autre, qui se mutine.

De traits me pique le flanc.

L'un a ma raison troublée, L'autre a volé mes espris.

Laissant mon ame comblée De feux, d'horreur et de cris.

Tous les moyens que j'essaye. Au lieu de me profiter, Ne font qu'enaigrir ma playe Et ces cruels irriter.

En vain je respan des larmes Pour les penser émouvoir, Et n'y puis venir par armes.

Car ils ont trop de pouvoir.

Puis ils ont intelligence A mon cœur qui s'est rendu ; Cil où j'avoy ma fiance M'a vilainement vendu.

Mais ce qui me reconforte En ce douloiu*eux esmoy.

C'est que le mal que je porte Luy est commun comme à moy.

COMPLAINTE

Je veux maudire Amour, dieu de sang et de flame, Et du ciel contre luy la justice esmouvoir, Outré des passions qui traversent mon ame, Depuis qu'elle est réduite aux fers de son pouvoir.

Son pouvoir! qu'ay-je dit? Helas ! j*ay fait offence, (Test le vostre, Diane, auquel je suis soumis, Et ne reconnoy plus Amour ny sa puissance. Puis que je vois qu*Amour est de vos ennemis.

Vostre œil seul me commande, et mon cœur tributaire Ne connoist autre amour, autre empire, autre loy; Je supporte ce joug comme un mal nécessaire. Et plus j'en suis contraint, plus s'augmente ma foy ; Pour tant d'assauts divers, dont mon ame opressée S'est veuê en vous servant sans pitié recharger, Jamais je ne changeay ceste ferme pensée : La mort mesme et le tans ne la pourroient changer.

Je ne déguise point, mon cœur n'est point volage ; Vous sçavez la grandeur de ma fidélité. Car les rays de vostre œil lisent dans mon courage ; Puis on ne peut tromper une divinité.

Si donc vous le sçavez, et qu'ayez connoissance Que je n'espère rien pour ma ferme amitié, Au moins faites semblant, pour toute recompanse. Que vous plaignez ma peine et qu'en avez pitié.

Las ! je sçays que le mal, dont mon ame est saisie, Vient de m'estre à vos yeux follement hazardé ; J'en ai perdu la veuê ainsi que Tirésie ; Le décret de Saturne est pour moy trop gardé. Toutesfois je ne puis ny ne veux me distraire De ces flambeaux divins, mon aimable tourment. Et me plais de languir en si belle misère, Puizant du malheur mesme ufi vray contentement.

Vous pouvez bien juger mon amour estre extresine, Puis que le désespoir ne la peut ofTencer, Et que pour vous aimer je fay guerre à moy-mesme, Secondé seulement de mon triste penser.

Geluy qui bien aimant d'espoir se reconforte. Ne se peut dire aimer s'il m'est accomparé, Veu que sans reconfort ma douleur je supporte, Et que je suis constant estant désespéré.

Les herbes que l'on voit au printans désirable Ont leurs effets divers et leur propriété. Et de tant d'animaux l'un est doux et traitable. L'autre se bagne au sang et à la cruauté. Or la propriété que le ciel m'a donnée, Cest d'adorer vos yeux, leur faveur poursuivant ; El la vostre au contraire est de m'estre obstinée Et croistre en cruautez mieux j'iray vous servant.

De vous donc je ne puis justement me complaindre, Mais du ciel inhumain et du mal'beareux tort,

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