‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 34 sur 259 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Qui jusqu'à un tel point m*ont bien voulu contraindre, Qu'aimant vos yeux divins je dois aimer ma mort. Vrayment je l'aime aussi ; car pront et volontaire, Voire avecque plaisir, je voile à mon trespas ; Et, lorsque la Raison me remonstre au contraire Et m'en veut retirer, je ne l'escoute pas.

Si croy-je aucunesfois qu'il est bon que j'évite, Pour adoucir mon mal, le feu de vos beaux yeux, Je le fay, mais en vain ; car rien ne me profite. Et pour vous esloigner je ne m'en trouve mieux. Le cerf qui sent d'un trait sa poitrine entamée, Esluignant le chasseur, n'amoindrit sa douleur ; Aussi pour vous fuir, l'ardeur trop allumée, Qui fait bouillir mon sang, n'a pas moins de chaleur.

Si donc je ne voy rien qui me soit secourable. Que ne fay-je dessein de mourir malheureux, *

Sans espoir que le ciel, quelque jour favorable, Change en bénin aspect mon astre rigoureux ? Voila tout le loyer où il faut que j'aspire, Pour avoir si longtans servi fldellement ; Toulesfois c'est loyer, quoy que l'on vueille dire, Car il meurt bien-heureux qui meurt en bien-aimaul.

CHANSON

L'Amour qui loge en ma poitrine.

Qui mes sens divise et mutine Et les fait bander contre moy.

Le traistrc est de l'intelligence De ceux qui révoltent la France, Ennemis de leur jenne roy.

Comme eux il est grand en cautelle, Travaillant de guerre immortelle Mon cœur qui l'a si bien reçeu ; Et d'une modeste feintise Ses cruels projets il déguise.

C'est ainsi comme il m'a deçeu.

Il m'a fait changer de pensée, J'ay ma foy première laissée.

Et la loy des bons pères vieux ; (h' pour toute deïté sainte.

J'adore en honneur et en crainte La belle clairté de vos yeux.

Les mutins surprennent les vill&», Et par leurs discordes civiUes Comblent tout de sang et de fisu ;

Son pouvoir! qu'ay-je dit? Helas ! j'ay liait offence, (Test le vostre, Diane, auquel je suis soumis, Et ne reconnoy plus Amour ny sa puissance, Puis que je vois qu*Amour est de tos ennemis.

Vostre œil seul me commande, et mon cœur tributaire Ne connoist autre amour, autre empire, autre loy; Je supporte ce joug comme un mal nécessaire, Et plus j'en suis contraint, plus s'augmente ma foy; Pour tant d'assauts divers, dont mon ame opressée S'est veuë en tous servant sans pitié recharger, Jamais je ne changeay ceste ferme pensée : La mort mesme et le tans ne la pourroient changer.

Je ne déguise point, mon cœur n'est point volage; Vous sçavez la grandeur de ma fidélité. Car les rays de vostre œil lisent dans mon courage ; Puis on ne peut tromper une divinité.

Si donc vous le sçavez, et qu'ayez connoissance Que je n'espère rien pour ma ferme amitié, Au moins faites semblant, pour toute recompanse. Que vous plaignez ma peine et qu'en avez pitié.

Las ! je sçays que le mal, dont mon ame est saisie, Vient de m'estre à vos yeux follement hazardé ; J'en ai perdu la veuë ainsi que Tirésie ; Le décret de Saturne est pour moy trop gardé. Toutesfois je ne puis ny ne veux me distraire De ces flambeaux divins, mon aimable tourment. Et me plais de languir en si belle misère, Puizant du malheur mesme uû vray contentement.

Vous pouvez bien juger mon amour estre extresine, Puis que le desespoir ne la peut ofiencer. Et que pour vous aimer je fay guerre à moy-mesme, Secondé salement de mon triste penser.

Geluy qui bien aimant d'espoir se reconforte. Ne se peut dire aimer s'il m'est accomparé, Veu que sans reconfort ma douleur je supporte, Et que je suis constant estant désespéré.

Les herbes que l'on voit au printans désirable Ont leurs effets divers et leur propriété. Et de tant d'animaux l'un est doux et traitable, L'autre se bagne au sang et à la cruauté. Or la propriété que le ciel m'a donnée, Cest d*adorer vos yeux, leur faveur poursuivant ; El la vostre au contraire est de m'estre obstinée Et croistre en cruautez mieux j*iray vous servant.

De vous donc je ne puis justement me complaindre» Mais du ciel inhumain et du marbeoreux tort,

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