‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 41 sur 259 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Amour, trie et choisis les plus beaux de ces vers Et raye à ton plaisir ceux de moindre mérite . Qu'à ce fascheux labeur ta louange t'excite, 'est dessous ton beau nom qu*ils vont par l'univers.

Us sont nez de ta flame et des tourmens divers Dont tu me fis présent, quand je vins à ta suite : Ma prise et ta victoire au vray s'y voit décrite; Cest le papier journal des maux que j'ay souifers. •

Ceux qui ne t'ont connu, sinon par ouy-dire. Ne doivent curieux s'arrester à les lire : Aux seuls vrais amoureux ce livre est réservé.

Les autres ne croiroient tant d'estranges alarmes ; Las I si n'ay-je rien dit que je n'aye esprouvé, Et chacun de ces vers me couste mille larmes.

DIALOGUE

Arreste un peu, mon cœur, où vas-tu si courant?

— Je vay trouver les yeux qui sain me peuvent rendre.

— Je te prie, atten-moi. — Je ne te puis attendre, Je sais pressé du feu qui me va dévorant.

— 11 faut bi«i, ô mon cœur I que tu sois ignorant. De ne pouvoir encor ta misère comprendre : Ces yeux d'un seul regard te réduiront en cendra : Ce sont tes ennemis, t'iront-ils secourant?

--levers 8(89 «lUMmii si doiicMMat on n'usa

64 DiANE.

L'un (é, Tautre delà, chacun à qui mieux mieux-, De ses cuisans regrets le ciel il importune, Il resve, il se despite, il maudit sa fortune, Voyant toute espérance au torrent de ses yeux.

S'il s'endort quelquesfois, aggravé de tristesse, Helas I par le dormir sa douleur ne prend cesse, Mais plus fort que devant il se sent travailler ; Car au premier sommeil les songes l'espouvantent, Et mille visions à ses yeux se présentent, Qui le font en sursaut rudement éveiller.

Ou si le corps vaincu du travail et du somme Ne se réveille point, et qu'un dormir l'assomme. Le cœur qui n'a repos ne fait (pie soupirer. L'esprit tremble et frémit de la frayeur horrible, L'ame crie et se plaint pour sa douleur terrible, Et les yeux eitr'ouvers ne cessent de pleurer.

Le jour est-il venu? sa douleur recommence, Il déteste le bruit, il cherche le silence; La clairté lui desplaist, et la voûte des cieux. Le murmure des eaux, la fraischeur des ombrages. Herbes, rives et fleurs, forests, prez et boccages; Et ne sçauroit rien voir qui contente ses yeux.

Amour, quiconque fût qui te mit de la race De ce débat confus, lourde et pesante masse *, Il parloit sagement et disoit vérité, Car, las ! qui veit jamais confusion si grande Qu'aux misérables Ueux où ton sceptre commande, Tousjours rouge de sang, d'ire et de cruauté?

C'est pitié que d'ouïr les estranges merveilles, Les miracles divers, les douleurs nompareilles Et les cris de ses foux travaillez sans repos : L'un dit que l'esprit seul a gaigné sa pensée. L'autre accuse des yeux, l'autre a l'ame insensée Pour des cheveux trop beaux ou de trop doux propos.

L'un sera captivé par une larme feinte. Et à l'autre un beau teint donne mortelle atteinte; L'un transira de froid, l'autre mourra de chaud ; L'un compare aux rochers celle qui le tourmente. L'autre fait de sa dame une lune inconstante ; L'un se plaint d'aimer bas, l'autre d'aimer trop haut.

Ainsi, dans les enfers, les ombres criminelles Se pleignent vainement de leurs paines cruelles Et des tourmens divers qu'il leur faut supporter ; Mais, las ! je croy qu'Amour plus de tourmens assemUe

* Qui conqite rassimili au chaos.

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